‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 47 sur 163 · I. L'épée de Damodès · texte numérisé non relu

I. L'épée de Damodès

Premier livre. ii

A CASSANDRE

Ode XVII(.).

Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au soleil A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil.

Las! voyez comme en peu d'espace , Mignonne, elle a dessus la place.

Las! las! ses beautez laissé cheoir!

O vrayment marastre Nature , Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir!

Donc, si vous me croyez, mignonne, Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté , Cueillez, cueillez vostre jeunesse :

Comme à ceste fieur, la vieillesse Fera ternir vostre beauté.

A JOACHIM DU BELLAY

Ode XVÎIL

Celuy qui ne nous honore Comme prophètes des Dieux, Plein d'un orgueil odieux

I. Voici les i8 vers qui ont plus servi à la gloire de Ronsard que tout le reste de ses oeuvres.

Odes.

Les Dieux il mesprise encore, Et le ciel, qui nous décore De son thresor le plus beau, Nous mariant au troupeau Que le sainct Parnasse adore.

Une saincte jalousie De leurs présents les plus dous, Se laissant glisser dans nous, Flatte nostre poésie, Qui darde la fantasie De leurs prestres agitez Jusqu'au sein des deitez, Yvres de leur ambrosie.

De-là revolans au monde, Comblez de secrets divers, Vont chantant par l'univers D'une voix où Dieu abonde, Et leur divine faconde Sert d'oracles, et sont faits Les ministres plus parfaits De la deité profonae.

Un démon les accompaigne.

Par sur tous le mieux instruit. Lequel en songes, la nuict, Sans nul travail les enseigne, Et, demy-dieu, ne desdeigne De les aller informant, Afin que l'homme en dormant Toutes sciences appreigne.

Ils cognoissent la peinture De ce grand monde, et cela Qu'il varie çà et là En chacune créature ; Ore par leur escriture Sont pescheurs, sont laboureurs, Maçons, soudars , empereurs, Vrais peintres de la Nature.

Celuy à qui le ciel donne

Premier LIVRE. 119

Un tel présent, il peut bien

Dire à tous qu'il a le bien

Qu'à peu d'hommes il ordonne,

Et sa langue, qui doux sonne,

Quand elle voudra chanter,

Se pourra très-bien vanter

Qu elle est des Dieux la mignonne.

En chaque art jadis maint homme Admirable s'est trouvé, Et admirable approuvé Par l'âge, qui tout consomme.

Quant aux poètes, on nomme Un Homère seulement; Homère éternellement Sur les autres se renomme.

Ce nous est expérience Que Dieu n'est pas libérai A chacun en gênerai D'une si belle science, Qui commença l'alliance De corps et dame entre nous.

Et qui loge par sur tous En tes beaux vers sa fiance.

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