A PIERRE PASCHAL
Ode XXL
Ne seroy-je pas encore Plus dur qu'un Scythe cruel , Ou le flot continuel Qui ronge le sablon more.
Si je n'emplumoy la gloire De toy, mon Paschal(2), afin •Qu'elle voltige sans fin Dans le temple de Mémoire ?
1 . Il loue Pierre Paschal de parler bien latin et d'estrc digne de l'immortalité de ses vers. (R.)
2 . Il est toutefois accusé d'avoir abusé le public d'une promesse d'histoire dont il ne fit jamais voir qu'un je ne sçay quel dessein sous Henry II, qui luy valust beaucoup. Estienne Pasquier accuse fort ce Paschal dans ses Epistres. 'R
126 Odes.
La chaîne qui entrelace Ton esprit avec le mien, Et mon nom semblable au tien(i), Commande que je le face.
Ce m'est une douce peine Chanter l'homme en qui les cieux Ont renversé tout le mieux De leur influence pleine.
Quand sa clarté merveilleuse Maugré l'obscur se fait voir Par les rayons du sçavoir De sa langue mielleuse,
Certes telle gloire douce Crie qu'elle est seule à toy, Obéissant à la loy De ma lyre et de mon pouce.
[Ne voy tu comme elle vole Ça bas en dix mille lieux, Ains comme elle vole aux cieux Par le vent de ma parole ?]
Jà ton Languedoc se vante D'honorer son nourrisson, Fait immortel par le son Du Vendomois qui le chante.
Quoy! c'est toy qui m'éternise!
Et, si j'ay quelque renom , Je ne l'ay, Paschal, sinon Que par ta vois, qui me prise.
Car jamais le temps n'ameine, Comme aux autres , des oublis , Aux escrits qui sont polis Par ta langue si romaine.