‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 53 sur 163 · A SA LYRE · texte numérisé non relu

A SA LYRE

Ode XXII.

Lyre dorée où Phebus seulement Et les neuf Sœurs ont part également, Le seul confort qui mes tristesses tue, Que la danse oit, et toute s'évertue De t'obeyr et mesurer ses pas Sous tes fredons mignardés par compas , Lors qu'en bruyant tu marques la cadance D'un avant-jeu le guide de la danse.

Le feu armé de Jupiter s'esteint Sous ta chanson, si ta chanson l'atteint, Et au caquet de tes cordes bien jointes Son aigle dort sur la foudre à trois pointes , Abaissant l'aile : adonc tu vas charmant Ses yeux aigus, et luy, en les fermant. Son dos hérisse et ses plumes repousse. Flatté du son de ta corde si douce.

Celuy ne vit le bien-aimé des Dieux A qui desplaist ton chant mélodieux.

Heureuse lyre ! honneur de mon enfance ! Je te sonnay devant tous en la France De peu à peu : car, quand premièrement Je te trouvay, tu sonnois durement; Tu n'avois point de cordes qui valussent. Ne qui respondre aux loix de mon doigt peussent.

Moisi du temps, ton fust ne sonnoit point; Mais j'eu pitié de te voir mal en-point, Toy qui jadis des grands roys les viandes Faisois trouver plus douces et friandes. Pour te monter de cordes et d'un fust, Voire d'un son qui naturel te fust.

J28 Odes.

Je pillay Thebe (i) et saccageay la Fouille (2), T'enrichissant de leur belle despouille.

Et lors en France avec toy je chantay, Et, jeune d'ans, sur le Loir inventay De marier aux cordes les victoires Et des grands roys les honneurs et leurs gloires. [Puis, affectant un œuvre plus divin, Je t'envoyai sous le pouce angevin Qui depuis moi t'a si bien fredonnée , Qu'à lui tout seul la gloire en soit donnée.]

Certainement celuy que tes chansons Paissent, ravy du plaisir de leurs sons, Ne sera point haut estimé pour estre Ou à l'escrime ou à la luitte adestre, Ny de laurier couronné ne sera.

Car l'arme au poingt jamais n'abaissera L'orgueil des rois ni la fureur des princes , Portant vainqueur le feu dans leurs provinces.

Mais ma Gastine (3), et le haut crin des bois Qui vont bornant mon fleuve vendomois, Le dieu bouquin qui la Neufaune entourne, Et le saint chœur qui en Braye (4) séjourne , Le feront tel que par tout l'univers Il se verra renommé par ses vers, Tant il aura de grâces en son pouce Et de fredons fils de sa lyre douce.

Déjà , mon Luth , ton loyer tu reçois , Et ja déjà la race des François Me veut nombrer entre ceux qu'elle loue , Et pour son chantre heureusement m'avoue. 0 Calliope, ô Cleion, ô les Sœurs, Qui de ma Muse animez les douceurs ^

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