AU ROY HENRY IL
Ode I.
e te veux bastir une ode , \p^ La maçonnant à la mode § De tes palais honorez, ^ Qui volontiers ont l'entrée De grands marbres accoustrée Et ae hauts piliers dorez ,
Afin que le front de l'œuvre Du premier regard descœuvre Tout le riche bâtiment; Ainsi, Prince, je veux mettre Au premier front de mon mètre Tes vertus premièrement.
Sur deux termes de mémoire Je veux graver la victoire Dont l'Anglois fut combattu (i),
I . Sous ce prince l'Anglois a cessé de plus rien avoir en France. (R.)
Deuxiesme Livre. i ; i
Et veux encore y pourtraire Les guerres de feu ton père, Soustenu de ta vertu,
Lors que ton jeune courage S'opposa contre la rage De Tempereur (I; despité , Se vantant d'avoir la foudre Dont il devoit mettre en poudre Paris, ta grande cité.
Le conseil et la vaillance, Par une égale balance, Tousjours veillent à Pentour Des affaires qui sont pleines Et de périls et de peines, S'entresuivans à leur tour;
Ce que la faveur céleste Par toy nous rend manifeste , Comme n'ayant desdaigné Dés ta première jeunesse De conseil et de prouesse Tousjours estre accompagné.
Aussi , Prince , ta main forte A fait voir en mainte sorte L'impuissance d'éviter Les efforts de ton armée, Et ta colère enflammée A qui la vient irriter.
Sur la roche thespienne , Des Sœurs la plus ancienne, Qui de tes faits a souci , Me garde une mélodie.
Afin qu'un jour je la die Bien plus haut que celle-ci.
Par les campagnes estranges
I . En ce temps la France fut assaillie de toutes parts , mais en vain : car elle eut des princes vaillans qui la sceurent bien garder et défendre, à Mets, à Thionville et autres lieux. (R.)
M2 Odes.
Je sonneray tes louanges, Lors que ton bras belliqueur Aura foudroyé le monde, Et que Tethys de son onde Te confessera vainqueur
[Et lorsque ta main non chiche M'aura fait heureux et riche, Me faisant sentir combien - La grand' majesté royale D'Auguste fut libérale Vers l'auteur Aemien].
Les Muses ont à leur corde Deux tons divers : l'un s'accorde Avec les guerres des rois; L'autre, plus bas, ne s'allie Qu'avec le luth de Thalie, Touché doucement des dois.
De ce bas ton je te chante Maintenant, et si me vante De ne sonner jamais roy Qui en bonté te ressemble, Ne prince qui soit ensemble Si preux et sçavant que toy.
[Oy donc ma voix , qui s'efforce D'exhorter par douce force Que l'honneur qu'on voit écrit Es oracles poétiques Célébrant les rois antiques Est seul propre à ton esprit.]
Sus donq, France, ouvre la bouche.
Au son du luth que je touche; Dy que le ciel t'a donné Un roy dispost à combatre Et prompt par les loix d'abatre Le pèche desordonné.
Et toy, vendomoise Lyre, Mieux que devant faut eslire Un vers pour te marier,
DeuxiesmeLivre; u
Afin que tu faces croire Que véritable est la gloire Qu'on t'a voulu dédier.
Tu réjouis nostre prince, Tu contentes sa province, Et mille furent espris De contrefaire ta grâce, Et, suivans ta mesme trace, On voulu gaigner le prix.
Mais, ô Phebus, authorise Mon chant et le favorise, Qui ose entonner le loz De ce grand roy qui t'honore , Et ses beaux blasons (') décore De l'arc qui charge ton dos,
Et fait tant que sa Hautesse Daigne voir ma petitesse Qui vient des rives du Loir, Criant sa force et justice , Afin que l'âge qui glisse Ne les mette à nonchaloir,
Et qui doit chanter la gloire De sa future victoire , S'elle avient : car, en tout lieu.
De la chose non tissue L'heureuse fin et l'issue Se cache en la main de Dieu.
1 . Il est à remarquer que chacun de nos roys ordinairement a pris sa devise et des blasons : François 1er une salemandre dans le feu, avec sa devise : Nutrisco et extinguor; Henri II trois croissans, avec sa de\nse : Donec îotum impleat orbem ; François II deux globes , avec sa devise : Unus non sufficit orbis; Charles IX deux colonnes, avec sa devise : Pietâte et justitia ; Henr)' III trois couronnes, avec sa devise : Manet ultima cœlo; Henr}' IV une espée entre deux sceptres, avec sa devise : Duo protegit unus. R.)
Odes.