A CALLIOPE
Ode II.
Descen du ciel, Calliope, et repousse Tous les ennuis de moy, ton nourrisson, Soit de ton luth, ou soit de ta voix douce, Et mes soucis charme de ta chanson.
Par toy je respire,
C'est toy qui ma lyre
Doucement conduis;
C'est toy, ma princesse,
Qui me fais sans cesse
Fol comme je suis.
Certainement, avant que né je fusse, Pour te chanter tu m'avois ordonné.
Le Ciel voulut que ceste gloire j'eusse D'estre ton chantre avant que d'estre né.
La bouche m'agrée
Que ta voix sucrée
De son miel a peu,
Et qui sur Parnase
De l'eau de Pégase
Gloutement a beu.
Heureux celuy que ta folie affole !
Heureux qui peut par tes traces errer 1
Celuy-là doit, par sa douce parole,
Hors du tombeau tout vif se déterrer.
Ton bien sans dessertes
Tu m'as donné, certes,
Qui n'eus jamais soin
D'apprendre la lettre.
Toutefois, mon mettre
S'entend d'assez loin.
Dieu est en nous, et par nous fait miracles
Deuxiesmé Livre. 155
Si qu'un poète et ses vers furieux ,
Ce sont aes dieux les plus secrets oracles,
Que par sa bouche ils montrent à nos yeux {a).
Si , dés mon enfance ,
Le premier de France
J'ay pindarisé (1),
De telle entreprise,
Heureusement prise,
Je me voy prise.
Chacun n'a pas les Muses en partage, Et leur fureur tout estomach ne poind.
A qui le Ciel a fait tel avantage, Vainqueur des ans, son nom ne mourra point.
Durable est sa gloire,
Tousjours la mémoire
Sans mourir le suit;
Comme vent, grand erre.
Par mer et par terre
S'escarte son bruit.
C'est toy qui fais que j'aime les fontaines. Tout esloigné du vulgaire ignorant, Tirant mes pas, sur les roches hautaines, Après les tiens, que je vais adorant.
a. Var. :
Pour l'avoir servie,
Tu as de ma vie
Honoré le train.
Suivant ton escole,
Ta douce parole
M'eschauffa le sein.
Dieu est en nous, et par nous fait miracles , D'accords meslez s'égale l'univers.
Jadis en vers se rendaient les oracles, Et des hauts dieux les hymnes sont en vers.
I . C'est-à-dire : le premier de tous les François , j'ay introduit la façon d'escrire de Pindare, Vode. (R.) En effet , il inventa le mot et la chose.
n6 Odes.
Tu es ma liesse,
Tu es ma déesse.
Tu es mes souhais.
Si rien je compose,
Si rien je dispose.
En moy tu le fais.
Dedans quel antre , en quel désert sauvage , Me guides-tu ? et quel ruisseau sacré A ta grandeur me sera doux breuvage Pour mieux chanter ta louange à mon gré?
[Nous savons bien comme
Roland, de sage homme.
Devint fol d'aimer,
Et comme Angélique,
Vierge mal pudique
Repassa la mer.
Nous connoissons Mandricard à ses armes; Du bon Roger l'histoire ne nous fuit, Ni le vieillard qui, murmurant ses charmes, Avoit d'airain le vain palais construit.]
Ça, page, ma lyre;
Un chant je veux dire
Sur ses cordes d'or.
La divine grâce
Des beaux vers d'Horace
Me plaist bien encor; Mais tout soudain, d'un haut style plus rare(^), Je veux sonner le sang hectorean , Changeant le son du Dircean Pindare Au plus haut bruit du chantre Smyrnean (')•