PROPHETIE
DU DIEU DE LA CHARANTE Aux mutins de Guyenne.
Ode VL
fj uand la Guyenne errante ^^^S'arma contre son roy, Le dieu de la Charante, Fasché d'un tel desroy, Arresta son flot coy.
Puis, d'une bouche ouverte, A ce peuple sans loy Prophétisa sa perte :
Ja déjà ta desserte Te suit, peuple mutin, Qui ma rive déserte Saccages pour butin; Mais le cruel destin , Que ton orgueil n'arreste, Viendra quelque matin Te foudrover la teste.
Oy de Mars la tempeste, D'escailles revestu, Et Henry, qui appreste Contre toy sa vertu.
En vain espere-tu Tenter son asseurance, Qui dois estre abbatu Par le soldat de France.
44 Odes.
Et l'avare espérance De ton vain appareil Périra par l'outrance D'un qui n'a son pareil.
Ton sang fera vermeil Mon flot, ores esclave, Et tout le verd esmail De ces prez que je lave.
Voicy le seigneur brave, De Guyse {a), qui te suit Et ja son los engrave Sus ton dos qui s'enfuit.
Prince sur tous instruit Aux dangereux vacarmes, Ou soit lors qu'il destruit Les troupes de gendarmes.
Ou quand, par les allarmes De sa pique Teifort Fait bien quitter les armes Au piéton le plus fort.
Ne vois-tu le renfort Que Bonnivet ameine.
Prompt à haster ta mort D'une playe soudaine?
Comme la nue pleine D'un orage odieux Perd du bouvier la peine, Qui prie en vain les dieux, Le soldat furieux Qui ja déjà t'enserre Ton chef si glorieux Perdra d'un grand tonnerre.
Le comte de Sanserre Et le seigneur d'Iliers Te porteront par terre, Indomtez chevaliers.
a. Var. (1550) : Aumale.
Deuxiesme Livre. 145-
Parmy tant de miliers, Tu dois Jarnac cognoistre, Que les dieux familiers Sous bon astre ont fait naistre,
Comme l'ayant fait estre De son haineux' vainqueur Et de soy-mesme maistre (i), Commandant à son cœur; Lesquels, toy, sans vigueur, Tu craindras de la sorte Qu'un loup craint la rigueur Du lion qui l'emporte.
A la fin , la main forte Du grand Montmorenci Rendra ta gloire morte Et ta malice aussi,.
Le Ciel le veut ainsi , Qui ma bouche a contrainte Prophétiser ceci' Pour t'avancer la crainte.