A SA MAISTRESSE
Ode vil
Cassandre ne donne pas Des baisers, mais des appas Qui seuls nourrissent mon ame, Le^ biens dont les dieux sont fous, Du nectar, du sucre dous, De la cannelle et du bâme,
Du thym, du lis, de la rose Parmy ses lèvres desclose,
1 . Parce qu'il ne le tua pas, le pouvant faire et en ayant suject. (R.)
Ronsard. — II. 10
146 Odes.
Fleurante en toutes saisons, Et du miel tel qu'en Hymette La desrobe-fleur avette Remplit ses douces maisons,
O dieux! que j'ay de plaisir Quand je sens mon col saisir De ses bras en mainte sorte !
Sur moy se laissant courber, Peu à peu la voy tomber Dans mon sein à demi-morte;
Puis, mettant la bouche sienne Tout à plat dessus la mienne, Me mord , et je la remors.
Je luy darde, elle me darde Sa languette fretillarde; Puis en ses bras je m'endors.
D'un baiser doucement long Eli' me suce l'ame adonc, Puis en souflant la repousse, La ressuce encore un coup, La ressoufle tout à coup Avec son haleine douce.
Tout ainsi les colombelles, Trémoussant un peu des ailes, Havement se vont baisant.
Après c^ue l'oiseuse glace A quitte la froide place Au printemps doux et plaisant.
Helas! mais tempère un peu Les biens dont je suis repeu, Tempère un peu ma liesse :
Tu me ferois immortel. Hé ! je ne veux estre tel Si tu n'es aussi déesse.
Deuxiesme Livre. 147