‹ Œuvres complètes. Nouv. éd. publiée sur les textes les plus anciens avec les variantes et des notesChapitre 68 sur 163 · CONTRE DENISE · texte numérisé non relu

CONTRE DENISE

Sorcière.

Ode XIV.

L'inimitié que je te porte Passe celle, tant elle est forte, Des agneaux et des loups.

Vieille sorcière des-hontée, Que les bourreaux ont fouettée.

Te découpant de coups.

Tirant après toy une presse D'hommes et de femmes espesse.

Tu monstrois nud le flanc, Et monstrois nud parmy la rue L'estomach et Tespaule nue,

Rougissante ae sang.

Mais la peine fut bien petite.

Si l'on balance ton mérite :

Le Ciel ne devoit pas Pardonner à si lasche teste ; Ains il devoit de sa tempeste

L'accravanter à bas.

La Terre, mère encor' pleurante Des geans la mort violante,

Brusiez du feu des cieux (Te laschant de son ventre à peine), T'engendra vieille, pour la haine

Qu'elle portoit aux dieux.

Tu sçais que vaut mixtionnée La drogue qui nous est donnée Des pais chaleureux.

ijS Odes.

Et en quel mois, en quelles heures, Les fleurs des femmes sont meilleures Au breuvage amoureux.

Nulle herbe, soit-elle aux montagnes, Ou soit venimeuse aux campagnes,

Tes yeux sorciers ne fuit, Que tu as mille fois coupée D'une serpe d'airain courbée.

Béant contre la nuict.

Le soir, quand la Lune fouette Ses chevaux par la nuict muette,

Pleine de rage alors.

Voilant ta furieuse teste De la peau d'une estrange beste.

Tu t'eslances dehors.

Au seul souffler de ton haleine, Les chiens , effroyez , par la plaine

Aiguisent leurs abois ; Les fleuves contremont reculent; Les loups effroyablement huilent

Après toi par les bois.

Adonc, par les lieux solitaires Et par l'horreur des cimetaires

Où tu hantes le plus.

Au son des vers que tu murmures, Les corps pâlies tu des-emmures

De leurs tombeaux reclus.

Vestant de l'un l'image vaine , Tu viens donner horreur et peine ,

Apparoissant ainsi A la vetve qui se tourmente, Ou à la mère qui lamente

Sa fille morte aussi.

Tu fais que la lune enchantée Marche par l'air toute argentée^

Luy dardant d'icy bas

Deuxiesme Livre. IJ9

Telle couleur aux joues pâlies

Que le son de mille cymballes

Ne divertiroit pàs.

Tu es la frayeur du village :

Chacun, craignant ton sorcelage,

Te ferme sa maison, Tremblant de peur que tu ne taches Ses bœufs, ses moutons et ses vaches,

Du jus de ta poison.

J'ay veu souvent ton œil senestre, Trois fois regardant de loin paistre

La guide du troupeau , L'ensorceler de telle sorte Que tost après je la vy morte

Et les vers sur la peau.

Bien que Médée fut cruelle, Tant comme toy ne le fut elle :

Ses venins ont servy, Reverdissant d'Eson l'escorce; Au contraire, tu m'as par force

Mon beau printemps ravy.

Dieux! si là haut pitié demeure.

Pour recompense, qu'elle meure.

Et ses oz diffamez.

Privez d'honneur de sépulture.

Soient des corbeaux goulus pasture

Et des chiens aiîamez.

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