A LA ROYNE DE NAVARRE
Ode vu.
P allas est souvent d'Homère Dite fille d'un bon père.
Et vous, la Pallas d'ici.
Par moy serez dite ainsi.
Homère ainsi l'a nommée
Pour estre fille estimée
Du Dieu que les siècles vieux
Nommèrent père des Dieux;
Et moy je vous nomme telle, Fille d'un Roy qu'on appelle Icy bas en tous endrois Le bon père des François.
Pallas et vous, ce me semble, Avez vos mestiers ensemble.
Elle tousjours s'amusoit Aux vers qu'elle composoit :
Souvent vostre esprit s'amuse Aux saints labeurs de la Muse, Qui, en despit du tombeau, Rendra vostre nom plus beau.
Elle addonnoit son courage A faire maint bel ouvrage Dessur la toile, et encor A joindre la soye à l'or :
Vous, d'un pareil exercice, Mariez par artifice Dessur la toile, en maint trait.
L'or et la soye en pourtrait.
Une seule différence *
Vous sépare : car la lance , Les guerres et les combats Estoient ses plus doux esbats ;
Mais vous , aimant la concorde , Chasserez toute discorde, Et le plus beau de vos faits Ce sera d'aimer la paix,
Et , par nouveau mariage , De Mars appaiser la rage , S'il vouloit une autre fois Pousser en armes nos rois.
2o8 Odes.
A LA FONTAINE BELLER' Ode VIII.
E scoute un peu , fontaine vive, En qui j'ay rebeu si souvent, Couché tout plat dessus ta rive , Oisif à la fraischeur du vent ,
Quand l'esté mesnager moissonne Le sein de Gérés dévestu , Et l'aire par compas ressonne Dessous l'épi du blé batu.
Ainsi tousjours puisses-tu estre En dévote religion Au bœuf et au bouvier champestre De ta voisine région ;
Ainsi tousjours la lune claire Voye à mi-nuict, au fond d'un Les nymphes près de ton repaii A mille bonds mener le bal,
Comme je désire, fontaine.
De plus ne songer boire en toy L'esté , lors que la fièvre ameine La mort despite contre moy.