Lucain dit , comme nostre autheur', que ce lac luy donna
202 Odes.
Et ce peuple thebain (') venu Aux amycleannes cyrènes , Et ceux où le bélier cornu Prophétise sur mes arènes (2).
Bref, tous mes habitans seront Vaincus ou morts dessous ta destre, Et tremblans te confesseront A coups de masse pour leur maistre.
Battus , qui tant de mers passa (î) Quand sa voix luy fut racoustrée (4), Ne me pleut tant lors qu'il laissa Pour moy sa native contrée ,
Ny Hannibal, de qui la main Esbranlant ses haches guerrières , En-joncha du peuple romain Tant de champs et tant de rivières,
Ne me fut point si cher que toy (Bien qu'il fust mon fils de naissance), Que toy adopté pour mon roy.
Du Ciel par fatale ordonnance.
Ainsi aisant, elle ferma La parole aux futures choses.
Et de çà et de là sema Sur le berceau dix mille roses.
Puis comme une voix qui se plaint,
le nom de Tritonienne, et que ce fut le premier lieu oii elle arriva après sa naissance. (R.)
1 . Ceux qui habitent la Cyrenaïque, qui semblent estre venus des Thebains. (R.)
2. Car c'a esté là anciennement un fameux oracle, où Jupiter estoit interrogé sous la forme d'un bélier. (R.)
3. Et toutefois sa navigation n'est pas grande, de l'isle de Thera, d'où il estoit, près de Candie, jusqu'au bord d'Afrique, où il bastit la ville de Cyrene. Suidas. (R.)
4. Parce qu'auparavant qu'il passast en Afrique, il estoit muet ; mais y estant venu par l'oracle d'Apollon , et sans y penser s'estant présenté à luy un lion effroyable, la peur qu'il en eut luy deslia la langue. (R.)
Troisiesme Livre. 203
Au soir, dedans un antre ouie, Ou de nuict comme un songe feint, Parmy l'air s'est évanouie.
A MES DAMES, FILLES DU ROY HENRY II Ode VI.
Ma nourrice Calliope, Qui du luth musicien, Dessus la jumelle crope D'Helicon, guides la trope Du sainct choeur Parnassien ;
Et vous, ses sœurs, qui, recreues D'avoir trop mené le bal, Toute nuict vous baignez nues Dessous les rives herbues De la fontaine au cheval ;
Puis, tressans dans quelque prée Vos cheveux délicieux, Chantez d'une voix sacrée Une chanson qui recrée Et les hommes et les dieux !
Laissez vos antres sauvages (Doux séjour de vos esbas), Vos forests et vos rivages , Vos rochers et vos bocages, Et venez suivre mes pas.
Vous sçavez, pucelles chères.
Que, libre onques je n'appris, De vous faire mercenaires, Ny chetives prisonnières, Vous vendant pour quelque pris;
Mais sans estre marchandées, Vous sçavez que librement
204 Odes.
Je vous ay tousjours guidées Es maisons recommandées Pour leurs vertus seulement.
Comme ores, nymphes très-belles, Je vous meine avecques moy En ces maisons immortelles, Pour célébrer trois pucelles (i), Comme vous filles de roy,
Qui dessous leur mère croissent Ainsi que trois arbrisseaux, Et ja grandes apparoissent Comme trois beaux lis qui naissent A la fraischeur des ruisseaux.
Quand quelque future espouse, Aimant leur chef nouvelet.
Soir et matin les arrouse , Et à ses nopces propouse De s'en faire un chapelet.
Mais de quel vers plein de grâce Vous iray-je décorant ^ Chanteray-je vostre race, Ou l'honneur de vostre face D'un teint brun se colorant.?
Divin est vostre lignage , Et le brun que vous voyez Rougir en vostre visage En rien ne vous endommage Que trois grâces ne soyez.
Les Charités sont brunettes , Bruns les Muses ont les yeux, Toutefois belles et nettes, Reluisant comme planettes Parmy la troupe des dieux.
Mais que sert d'estre les filles D'un grand roy, si vous tenez
I , A sçavoir : Elisabet, qui fut mariée au roy d'Espagne , Claude au duc de Lorraine, et Marguerite à Henry IV. (R.)
Troi SI ESME Livre. 205
Les Muses comme inutiles, Et leurs sciences gentiles Dés le berceau n'apprenez ?
Ne craignez, pour mieux revivre, D'assembler d'égal compas Les aiguilles et le livre, Et de doublement ensuivre Les deux mestiers de Pallas.
Peu de temps la beauté dure Et le sang c|ui des roys sort.
Si de l'esprit on n'a cure.
Autant vaut quelque peinture Qui n'est vive qu'en son mort.
Ces richesses orgueilleuses, Ces gros diamans luisans, Ces robes voluptueuses, Ces dorures somptueuses , Périront avec les ans.
Mais le sçavoir de la Muse Plus que la richesse est fort ; Car jamais rouillé ne s'use, Et maugré les ans refuse De donner place à la mort.
Si tost que serez apprises A la danse des neuf Sœurs, Et que vous aurez comprises Les doctrines plus exquises A former vos jeunes mœurs ,
Tout aussi tost la déesse Qui trompette les renoms De sa bouche parleresse Par tout espandra sans cesse Les louanges de vos noms.
Lors s'un roy, pour sa defence, A vos frères repoussez De sa terre avec sa lance , Refroidissant la vaillance De ses peuples courroucez,
2o6. Odes.
Au bruit de la renommée
Espris de vostre sçavoir, Aura son âme enflammée, Et, quittant là son armée, Pour mary vous viendra voir.
Voyla comment en deux sortes Tous roys seront combatus , Soit qu'ils sentent les mains fortes De nos françoises cohortes, Soit qu'ils aiment vos vertus.
Là donq, Princesses divines, Race ancienne des dieux, Armez vos tendres poitrines Des vertus et de doctrines ; C'est le vray chemin des cieux.
Par tel chemin Polixene D'un beau renom a jouy ; Par tel mestier la Romaine De chasteté toute pleine Vit encores aujourd'huy.
Laquelle de son espée Sa vie aux ombres jetta, Et, par soy-mesme frappée, Ayant la honte trompée.
Un beau renom s'acheta.