Second duc de Vendosme. (R
4. Fille de Henr)- d'Albret, roy de Navarre, et mère de Henr,' IV, roy de France et de Navane. ^R.)
Ronsard. — II. 16
242 Odes.
Que le Ciel composa Plus belle qu'une Grâce y Les princesses de France, Ceintes de lauriers vers, Toutes d'une cadance Luy chantèrent ces vers{a) :
0 hymen , hymenée !
Hymen , ô hymenée !
Prince plein de bon-heur, L'arrest du Ciel commande Qu'on te donne l'honneur De nostre belle bande; D'autant qu'une déesse La passe en majesté, D'autant elle, princesse, Nous surpasse en beauté (^).
0 hymen , hymenée !
Hymen , ô hymenée 1
Plus qu'à nulle autre aussi Parfaite est son attente, Jointe à ce prince icy Qui nostre âge contente.
Comme l'anneau décore Le diamant de chois, Ainsi sa gloire honore
a. Var. (i^o) •
Douze vierges venues Ces beaux vers luy ont dit, En chantant toutes nues A l'entour de son lit.
b. Var. (ijso) :
Telle qu'est une rose Née au mois le plus doux Sur toute pur déclose, Telle elle est entre nous.
QjjATRiESME Livre. ^4^
Les princes et les rois.
O hymen, hymenée!
Hymen , ô hymenée!
Il n'eust pas mieux trouvé Que toy, vierge excellente, Voire eust-il esprouvé La course d'Atalante, Ne la Grecque amoureuse N'eust pas voulu changer Telle alliance heureuse Au pasteur estranger [a).
O hymen , hymenée!
Hymen, ô hymenée!
Le Ciel fera beaucoup Pour tout le monde ensemble, Si tu conçois un coup Un fils qui te resemble, Où l'honneur de ta face Soit peint, et de tes yeux, Et ta céleste grâce , Qui tenteroit les Dieux {b).
O hymen , hymenée!
Hymen , ô hymenée !
Cessez, flambeaux, là haut, Vos clartez coustumieres; Ce soir, mais ce jour, vaut Cinq cens de vos lumières ; Car les amours qui dardent
a. Var. [\ ^50, : ■
A^) ta jeunesse heureuse Ne voudrait pas changer A la gncquf amoureuse Qui suivit r estranger.
b. Var. (i jço :
Divin présent des ciiux
244 Odes,
Icy leur feu qui luit, Plus que les astres ardent L'espesseur de la nuit.
0 hymen, hymenée!
Hymen , ô hymenée !
Maint soir jadis fut bien Du lict des Dieux coulpable.
Mais nul d'un si grand biea Ne fut oncques capable ; Et si tu peux bien croire, Heureux soir, désormais.
Que tu seras la gloire Des soirs pour tout jamais, 0 hymen, hymenée!
Hymen, ô hymenée !
Nymphes, de vos couleurs Ornez leur couche sainte Des plus gentilles fleurs Dont la terre soit peinte.
Que menu Ton y jette Cet excellent butin Que le marchant achette Bien loing sous le matin.
0 hymen , hymenée 1 Hymen, ô hymenée!
Et vous, divin troupeau Qui les eaux de Pégase Tenez, et le coupeau Du chevelu Parnase, Venez, divine race.
Offrir vos lauriers vers, Et, prenant nostre place, Chantez vos meilleurs vers.
0 hymen! hymenée, Hymen , ô hymenée !
Car l'ardeur qui nous tient Nous guide par les plaines Que le Loir entretient
QpATRiESME Livre. 245
De verdeur toujours pleines.
Là, nous ne verrons prée Sans leur faire un autel, N'eau qui ne soit sacrée A leur nom immortel, O hymen , hymenée !
Hymen , ô hymenée î
Cependant consommez Vos nopces ordonnées, Et les feux allumez De vos amours bien-nées- La chaste Cyprienne [i\ Ayant son ceste ceint, Avec les Grâces vienne Compagne à l'œuvre saint- O hymen, hymenée!
Hymen , ô hymenée !
Afin que le nœud blanc De foy loyale assemble De Navarre le sang Et de Bourbon ensemble.
Plus estroit que ne serre La vigne les ormeaux , Ou rimportun lierre Les appuyans rameaux. O hymen , hymecée !
Hymen , ô hymenée !
Adieu, Prince, adieu soir, Adieu, Pucelle encore.
Nous te reviendrons voir Demain avec T Aurore, Pour prier Hymenée De vouloir prendre à gré
I. Car il y a deax sortes de Venus, comme deux sortes d'amours ; or, ceste chaste Venus est en représentation de parfaicte obéissance conjugale, qui suit tousjours la pudiciîé lies femmes. [R.)
246 Odes.
Nostre chanson sonnée Sur vostre lict sacré (tf).
0 hymen, hymenée!
Hymen , ô hymenée 1
AU PAYS DE VENDOMOIS- Ode III.
L'ardeur qui Pythagore En Egypte a conduit , Me venant ardre encore Comme lui, m'a séduit A celle fin que j'erre Par le païs enclos De deux mers ('), et qui serre De Saturne les os.
Terre, adieu , qui première En tes bras m'a reçeu, Quand la belle lumière Du monde j'apperçeut Et toy, Braye, qui roules En tes eaux fortement, Et toy, mon Loir, qui coules Un peu plus lentement!
Adieu , fameux rivages De bel esmail couvers, Et vous , antres sauvages ,.
Délices de mes vers.
a. Var. (1550) :
Pour prier ta haatesse Ne mettre en nonchaloir De nostre petitesse Ce bien humble vouloir^
i. Par l'Italie. (R.)
QjJATRiESME Livre, 247
Et vous , riches campagnes.
Où presque enfant je vy Les neuf Muses compagnes M 'enseigner à l'envy !
Je verray le grand Mince {'), Le Mince tant cognu, Et des fleuves le prince, Eridan le cornu (2).
Et les roches hautaines Que donta l'African (5) Par les forces soudaines Du soulfre et du Vulcan,
De la Serene antique Je verray le tombeau (4), Et la course erratique D'Arethuse (T, dont Peau, Fuyant les bras d'Alphée, Se desrobe à nos yeux, Et Etna, le trophée Des victoires des Dieux.
Je verray ceste ville Dont jadis le grand heur Rendit à soy servile Du monde la grandeur; Et celle qui entr'ouve Les flots à l'environ (6),
j . Fleuve qui passe à Mantoue et est fameux à cause ae Virgile. fR.)
2. Le Po, grand fleuve de la Lombardie R.) }. Les AJpes , à travers lesquelles Hannibal se fit un passage prodigieux. R. ^
4. La ville de Naples, oti est enterrée Parthenope, l'une des Serenes. (R.)
5. La Sicile, oîi est ceste fameu-^e fontaine d'Arethuse, qui fut une belle chasseresse, laquelle, fuyant l'amour d'Alphee, fut changée en fontaine. 'R.
1 . Venise. Au surplus est élégant et ancien de represenier ainsi quelque heu par ses propriété/ particulières. (R.'
248 Odes.
Et riche se descouvre Dans l'humide giron.
Plus les beaux vers d'Horace Ne me seront plaisans, Ne la thebaine grâce, Nourrice de mes ans ; Car ains que tu reviennes, Petite lyre, il faut Que trompe tu deviennes Pour resonner plus haut.
Soit que tu te hazardes D'oser chanter l'honneur Des victoires picardes Que gaigna mon seigneur; Ou soit qu'à la mémoire, Par un vers assez bon , Tu consacres la gloire Des princes de Bourbon.
Heureux celuy je nomme Qui, de savoir pourveu, A les mœurs de maint homme En mainte terre veu , Et dont la sage addresse Et le conseil exquis Du fin soudart de Grèce (i) Le nom luy ont acquis.
Celuy la grand' peinture Du ciel n'ignore pas , Ne tout ce que nature Fait en haut et çà bas.
De Mars la fière face Ne luy fit oncq effroy, Ne l'horrible menace D'un sénat ou d'un roy.
Son asseuré courage,
I. D'Ulysse, que Sophocle, à cause de cela, appelle renard d'Ithaque, en son Ajax. (R.)
Q^UATRIESME LiVRE; 249
Basty sur la vertu , Par nul humain orage Ne fut onc abattu :
Car d'une aile non molle Fuit ce monde odieux Et indompté s'envole Jusqu'au siège des Dieux (a).