DE L'ELECTION DE SON SEPULCHRE
Ode IV.
Antres, et vous fontaines, De ces roches hautaines Qui tombez contre-bas D'un glissant pas;
Et vous forests , et ondes Par ces prez vagabondes, Et vous rives et bois, Oyez ma vois.
Quand le ciel et mon heure Jugeront que je meure, Ravi du beau séjour Du commun jour.
Je defens qu'on ne rompe Le marbre pour la pompe De vouloir mon tombeau Bastir plus beau.
a. Var. (1J87) :
Son teint n'est jamais blesme D'un péché dissolu; Tout seigneur de soy-mesme.
Tout sien , et résolu.
250 Odes.
[Je veuil, j'enten, j'ordonne Qu'un sepulchre on me donne, Non près des rois levé Ny d'or gravé,
Mais en cette isle verte Où la course entrouverte Du Loir autour coulant Est accollant.
Là où Braye s'amie
D'une eau non endormie Murmure à l'environ De son giron (';.]
Mais bien je veux qu'un arbre M'ombrage en lieu d'un marbre, Arbre qui soit couvert Tousjours de verd.
De moy puisse la terre Engendrer un lierre M'embrassant en maint tour Tout à l'eniour;
Et la vigne tortisse Mon sepulchr ■ embellisse, Faisant de toutes pars Un ombre espars.
Là viendront chaque année A ma feste ordonnée, Avecques leurs troupeaux.
Les pastoureaux;
Puis, ayans fait l'office De leur beau sacrifice, Parlans à l'isle ainsi.
Diront ceci :
I . Ces trois stances ne se trouvent que dans les odes de 1J50.
Q^UATRiESME Livre. 251
« Que tu es renommée D'estre tombeau nommée D'un de qui l'univers Chante les vers,
« Et qui oncque en sa vie Ne fut brûlé d'envie, Mendiant les honneurs
Des grands seigneurs,
« Ny n'enseigna l'usage De l'amoureux breuvage, Ny l'art des anciens Magiciens,
« Mais bien à nos campagnes Fit voir les Sœurs compagnes Foulantes l'herbe aux sons De ses chansons,
« Car il fit à sa lyre Si bons accords eslire Qu'il orna de ses chants Nous et nos champs!
« La douce manne tombe A jamais sur sa tombe, Et Ihumeur que produit En may la nuit !
(c Tout à l'entour l'emmure L'herbe et l'eau qui murmure, L'un tousjours verdoyant, L'autre ondoyant!
« Et nous, ayans mémoire Du renom de sa gloire, Luy ferons, comme à Pan, Honneur chaque an. »
Ainsi dira la troupe, Versant de mainte coupe
252 Odes.
Le sang d'un agnelet, Avec du lait,
Dessus moy, qui à l'heure Seray par la demeure Où les heureux esprits Ont leur pourpris.
La gresle ne la nége N'ont tels lieux pour leur siège, Ne la foudre oncques là Ne dévala.
Mais bien constante y dure L'immortelle verdure, Et constant en tout temps Le beau printemps.
[Et Zephire y alaine Les myrtes et la plaine Qui porte les couleurs De mille fleurs.]
Le soin qui sollicite Les rois ne les incite Le monde ruiner Pour dominer,
Ains comme frères vivent, Et, morts, encore suivent Les mestiers qu'ils avoient Quand ils vivoient.
Là, là j'oirray d'Alcée La lyre courroucée.
Et Sapphon , qui sur tous Sonne plus dous.
Combien ceux qui entendent Les odes qu'ils respendent Se doivent réjouir De les cuir!
QUATRIESME LiVRE. 2)^
Quand la peine receue Du rocher est decçue, Et quand saisit la faim Tantale en vain.
La seule lyre douce L'ennuy des cœurs repousse, Et va l'esprit flatant De l'escoutant.