‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 1 sur 266 · Oeuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etc · texte numérisé non relu

Oeuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etc

Quelques explications sur l'économie et l'ordonnance de cette nouvelle édition de Molière sont indispensables. Voici comment a été entendu et distribué notre travail.

Une étude d'ensemble sur la vie et sur les ouvrages de Molière est placée en tête du premier volume. Elle commence par tracer la généalogie de Molière et préparer son entrée en scène, c'est-àdire qu'elle fait connoître ses plus illustres devanciers qui furent d'abord ses maîtres, et qu'elle retrace les destinées de l'art de la comédie en France jusqu'au moment où il parut. On donne ensuite sa biographie, dans laquelle on a soin de faire surtout l'histoire de son génie et de ses créations.

Cette biographie est puisée à des sources nombreuses et pourtant bien insuffisantes. « Lorsque nous venons à nous enquérir de la vie, surtout de l'enfance et des débuts de nos grands écrivains et poètes du xv!!' siècle, dit M. Sainte-Beuve en parlant de Pierre Corneille, c'est à grand'peine que nous découvrons quelques traditions peu authentiques, quelques anecdotes douteuses dispersées dans les ana. » Ce qui est vrai de Corneille est plus vrai encore de Molière, qui n'a pas eu un neveu comme Fontenelle, intéressé à recueillir les souvenirs qui restoient du poëte. Molière n'a pas laissé une ligne écrite de sa main; on n'a découvert de lui, en fait d'autographes, que quelques signatures. Aucun de ses contemporains ne s'est préoccupé de léguer à la postérité I a

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des renseiîrnenicnts un peu précis sur sa personne. Les seuls documents authentiques que nous possédions sont : le registre de La Grange, pour tout ce qui concerne les affaires du théâtre, et la préface de l'édition des œuvres de Molière publiées en 1682 par ce même La Grange, ancien camarade du grand comique , et par Vinot, qui avoit été également son ami. Le premier essai de biographie est de 1705, postérieur de trente-deux ans à la mort de Molière, et il est Tœuvre d'un écrivain dépourvu de critique dont Boileau a dit avec un ton de mauvaise humeur : « 11 se trompe dans tout, ne sachant pas même les faits que tout le monde sait. » Cet auteur de la première vie de Molière, Le Gallois de Grimarest, s'est borné à recueillir sans discernement tous les bruits répandus et conservés par la tradition orale. Il faut bien pourtant •prendre cette compilation telle qu'elle est et s'en servir, puisqu'elle est unique et que Boileau, qui la condamnoit si sévèrement, n'a pas jugé à propos de nous dire lui-même ces faits que tout le monde savoit de son temps.

Il nous semble que, lorsqu'on entreprend d'écrire la' vie de Molière, on doit se garder de deux systèmes également 'dangereux. Si, d'une part, on n'accepte que les renseignements absolument certains, que les faits rigoureusemeift prouvés et dans la mesure où ils sont prouvés, on tombera inévitablement dans la pénurie et la sécheresse. On aura quelques dates, quelques rarês^ indications fournies par la Gazette de Loret et les écrivains de l'époque, mais rien de suivi ni de certain, rien d'intime ni de vivant; un squelette décharné, une charpente nue. Si l'on veut saisir la physioriomie de l'homme, démêler son caractère et son esprit, deviner le sens même de ses œuvres et le lien logique qui les enchaîne, on est obligé d'avoir recours à cette histofre moins avérée, moins irréfragable, composée de mille éléments divers : ana, pamphlets, pièces satiri(^s, romans suspects, chroniques scandaleuses compilées à l'étranger, récits d'un premier biographe qui a pu se laisser séduire par des fables, mais qui n'avoit du moins aucun intérêt à altérer sciemment la vérité.

Il s'est formé en effet, dans le silence de l'histoire positive, une sorte de légende qui s'est eff"orcée de la remplacer. Cette légende, dont tous les détails ne sauroient résister sans doute à un rigoureux examen, laisse apercevoir toutefois un fond réel à

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travers la plupart des anecdotes hasardées dont elle se compose. Elle explique souvent ce qui, sans elle, devient inexplicable; elle éclaircit ce qui, sans elle, reste obscur ; il est impossible de n'en, pas tenir compte. C'est une œuvre faite, reçue et consacrée, de même que le portrait du grand comédien, qui est vulgarisé par le bronze, le marbre et la gravure, ne sera plus modifié, à quelques contestations qu'il puisse donner lieu. Et en effet, les écrivains qui, en retraçant la vie de Molière, ont le plus vivement attaqué et contredit cette légende, ont bien pu la discuter et la combattre, parce que c'est encore la rappeler; ils n'auroient osé la supprimer ni la taire.

Mais d'autre part il faut craindre d'encourir un reproche contraire. Accueillir indifféremment ce qui vient de toutes sources; admettre sur la même ligne les faits pertinemment établis et les commérages indignes de foi, les renseignements auxquels s'attache une légitime autorité et les conjectures plus ou moins téméraires sur lesquelles on va renchérissant depuis près de deux siècles ; entasser les matériaux sans contrôler leur valeur relative ni donner au lecteur le moyen de l'apprécier, seroit imiter tardivement Grimarest et produire une composition défectueuse et informe qui ne répondroit plus h l'attente du public.

On doit, disons-nous, tirer parti de la légende qui supplée à demi à ce que l'histoire laisse ignorer de l'existence de Molière, et non la rejeter dédaigneusement. Mais il y a un choix à faire parmi les traditions plus ou moins spécieuses qu'elle nous fournit. 11 est temps d'en élaguer ce qui est oiseux et puéril, ce qui, au tort de ne reposer sur rien de solide, joint celui de ne produire aucun résultat; il est temps surtout d'en éliminer les niaiseries qui y ont afflué avec une singulière abondance. Il convient, au contraire, de mettre à profit les traditions qui offrent de la vraisemblance et qui paraissent avoir eu pour s'établir quelque fondement réel ; il est utile de chercher à démêler la part dëî^'vérité qui est mêlée même au mensougg". et à l'erreur, et nous croyons que, dans la plupart des cas, il est possible d'arriver à ce discernement. Enfin, il importe de déterminer avec précision la part de crédit que méritent les documents qu'on emploie, et de toujours présenter comme douteux ce qui laisse prise au doute.

Telles sont les règles que nous nous sommes proposé d'ob-

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