LE COURRIER
Lui rendre seulement la lettre que voici.
TRUFALDIN lit.
» Le ciel, dont la bonté prend souci de ma \ie, <( Vient de me faire ouïr, par un bruit assez doux, (( Que ma fille, à quatre ans par des voleurs ravie, (( Sous le nom de Célie est esclave chez vous.
(( Si vous sûtes jamais ce que c'est qu'être père, (( Et vous trouvez sensible aux tendresses du sang, « Conservez -moi chez vous cette fille si chère, (i Comme si de la vôtre elle tenoit le rang.
« Pour l'aller retirer je pars d'ici moi-même, « Et vous vais de vos soins récompenser si bien.
64 LKTOl l{ 1)1.
u Que pur Notre buiilieiir, (|ue je veux rendre exlrènic, « Vous bénirez le jour où vous causez le mien.i
i( Do Madrid. i^ ■» /^
« Don rKDIÎo DE GUSMAN,
« Mttr(iuis de Miniliilaiiir. »
( U coiitimio.)
OuoK|u"à leur nation h'uMi |)eu de loi soit due,-
ils me l'avoient bien dit, ceux qui nie l'ont vendue,
Que je verrois dans peu quelqu'un la retirer,
Et ({ue je n'aurois pas sujet d'en murmurer;
l^lt cependant j'allois, dans mon im})atience,*
Perdre aujourd'hui les fruits d'une haute espérance.
( Au courrier. )
Un seul moment plus taixl tous vos pas étoient vains, J'allois mettre à l'instant cette fdle en ses mains. Mais suffît ; j'en aurai tout le soin qu'on désire.
{ Le courrier sort. ) (A Mascarille. )
Vous-même vous voyez ce que je viens de lire. Vous direz à celui qui vous a fait venir Que je ne lui saurois ma parole tenir; Qu'il vienne retirer son argent.
-MASCARILLE
Mais l'outrage Que vous lui faites...
TUEEALDI.X.
Va, sans causer davantage.
MASCARILLE, .seul.
Ml! le fâcheux paquet que nous venons d'avoir!
■ Var. Et cependant j'allois, par mon impatience (1G()3.)
1. Dans les comédies du temps, les lettres sont ordinairement divisées en quatrains, comme celle-ci.
'2. 11 faut se souvenir que ce sont des Kgyptiens f|ui ont vendu Célie à Trufaldin. Dans sa préoccupation, Trufaldin, sans voir ceux qui l'environnent, répond à sa propre pensée.