I.É ANDRE, MASCARILLE
MASCARILLE
Monsieur, j'ai perdu temps ,' votre homme se dédit.
1. L'originalité du caractère de Mascarille ressort à merveille dans ce monologue. « Il ne veut pas perdre la publique estime en abandonnant la partie, et c'est pour l'honneur qu"il continue à faire des friponneries et qu'il risque les galères. » Ce trait fut conservé par Molière à tous ses valets fripons, les Sbrigani, les Scapin, et passa aux Crispin de Regnard et à tous les autres de la même famille, qui furent si longtemps les meneurs, les coryphées de la comédie françoise.
1. J'ai perdu mon temps. » Donnez-moi, je perds temps, » dit aussi Corneille dans la Suite du Menteur.
72 I/KTOUROI.
LÉANDRl',
Do la chnso lui-nièmo il m'a fait un récit;*
Mais c'est bien plus; j'ai su que tout ce beau mystère
D'im rapt d'Kgyptiens, d'un grand seigneur pour père,
(hii doit i)ar(ir d'Espagne et venir en ces lieux.
N'est (pi'nn pur slratagème, un Irait facétieux.
Une histoire à plaisir, un conte dont Lélie
A voulu détourner notre achat de délie.
MASCARIM-K.
Voyez nn ])eii la fourbe!
LÉANDRr.
Et poui'tant Trnfaldin Est si Lien imprimé ^ de ce conte badin. Mord si bien à l'appât de cette foible ruse, Qu'il ne veut point souffrir que l'on le désabuse.
ilASGARITJ.E.
C'est pourquoi désormais il la gardera bien. Et je ne vois pas lieu d'y prétendre plus rien.
LÉAXDRE.
Si d'abord à mes yeux elle parut aimable, Je viens de la trouver tout à fait adorable; Et je suis en suspens si pour me l'acquérir Aux extrêmes moyens je ne dois point courir. Par le don de ma foi rompre sa destinée Et changer ses liens en ceux de l'hyménée.
MASCARU.y.K.
Vous pourriez l'épouser?
' Vap.. De la choac lui-même il m'a fait le récit (1082).
1. Être imprimé, pour: garder l'impression. La Bruyère a dit de inftme dans son discours de réception à l'Académie : » Quelle facilité est la nuire pour perdre tout d'un coup le sentiment et la mémoire des choses dont nous nous sommes vus le plus fortement imprimés ! >
ACTH III. S ci: NE IF. 73
LKANDRE.
Je ne sais ; mais enfin , Si quekfue obscurité se trouve en son destin, Sa grâce et sa vertu sont de douces amorces. Qui pour tirer les cœurs "^ ont d'incroyables forces.
MASCAUILLE.
Sa vertu, dites-vons?
LÉANDRE
Quoi? que murmures-tu?
Achève, explique-toi sur ce mot de vertu.
MASCARILLE
Monsieur, votre visage en un moment s'altère. Et je ferai bien mieux peut-être de me taire.
LÉANF)RE.
Non, non, pai'le.
MASCARILLE
Hé bien donc, très -charitablement Je vous veux retirei- de votre aveuglement. Cette fille...
LÉAADRE.
Poursuis.
MASCARILLE
\'est rien moins qu'inhumaine; Dans le particulier elle oblige sans peine. Et son cœur, croyez-moi, n'est point roche, après tout, A quiconque la sait prendre par le bon bout. Elle fait la sucrée, et veut passer pour prude. Mais je puis en parler avecque certitude : Vous savez que je suis quelque peu du métier'
Var. Vous savez qtie je suis quelque peu iVun métier [ 1GG3).
1. Tirer, pour attirei', dans le sens italien: la cal ami ta lira il ferro , l'aimant auire le fer. (P. Chasies.)
74 i.KTor in)i.
\ me (le'Miir connoid'c en un pareil ,<;-il)iei'.
i.i: A \ Diii:.
Célie...
M \s(; \ li 1 1,1. i;.
Oui, sa pudeur n'est (pie franche ^'riniace, (hume (uiihre de \ertii ([ni !:i;ar(le mal l;i place, Kt (pii s"é\aii()uit, comnie Ton peut SH\()ir, Au\ rayons du soleil (pi'inie ])oui'se iail xoirJ
Las! fpie dis-tu? (Iroirai-je un discoui's de la sorte?
.M VSC \ Kl l,l,K.
Monsieur, les volontés sont libres; que m'importe? ^on, ne nie croyez pas, suivez votre dessein ; Prenez cette matoise, et lui donnez la main: Toute la ville en corps reconnoîtra ce zèle, lit sous (épouserez le bien public en ellé.-
LEANDRt.
(hielle siu"prise (^t range!
M ASC A Kl l,[,K , à liait.
Il a pris l'hameçon.
Courage! s'il se peut enferrer tout de bon,* Nous nous ôtons du pied une fâcheuse é|)ine.
\.\n. Conrayp ! s'il s' 1/ peut enferre)- loul de bon (1603).
1. Ce vers fait allusion au solcij l'cprésciiti'' sur les louis tl'or du temps tic Louis XIV. Charles IX est le premier de nos rois qui ait fait frapper des moiinoies d'or avec l'effigie du soleil ; Louis XIV est le dernier. (A. M.\iitin.;
2. L'idé-e de cette scène se retrouve dan.s Monsieur (le Pourceaugnac, acte II, scène iv. Sbrigani , par un motif semblable à celui qui fait agir Mascarillc , détourne le gentilhomme limousin du projet d'iipouser la fille d'Oronte, en la lui dépeignant comme une coquette achevée. Sbrigani met plus d'art que Mascarillc dans ses insinuations; il gradue davantage ses fausses confidences; surtout il les exprime avec une retenue plus perfide. Mais .Molière avoit fait alors le Misanthrope, l'Avare et le Tartuffe. '.Vucer.
ACTK III. Sr. KX I-: III.
Oui, (Vwn coup étonnant ce discours m'assassine.
\i \s(, V r.iiJ.K.
Quoi 1 \ous poinricz...
r, ii A \ r) R K .
Va-t'en jusqu'à Ja poste, et voi Je ne sais quel paquet qui doit venir pour moi.
( Seul, après .ivoir rêvé. )
()ui ne s'y tût trompé? .lamais l'air d'un visage. Si ce qu'il dit est vrai, n'imposa davantage.^