‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 139 sur 266 · Heur, bonheur ; d'où vient heureux · texte numérisé non relu

Heur, bonheur ; d'où vient heureux

2. Cette expression proverbiale vient d'un personnage d"()librius qui figure dans plusieurs de nos anciens mystères, et particulièrement dans le mystère de Sainte-Reine, qui fait partie^de la Bibliothèque bleue. Ce personnage est toujours représenté comme un tyran féroce et fanfaron; c'est le grand persécuteur des saints et des saintes. Du haut de son prétoire, il envoie, dans un langage boursouflé, les vieillards, les vierges et les enfants au martyre; et, tout farouche qu'il est, il ne laisse pas d'être exposé à bien des déboires et des mécomptes, au point d'être souvent affligé et guéri tour à tour de maux horrililes, de la lèpre, de la cécité, par la vertu de ceux dont il a ordonné le supplice. De là le dicton populain-. : Faire l'Olibrius, l'occiseur d'innocents.

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Et par qui son amour s'en étoit presque allé? Non, il a l'esprit franc, et point dissiniulé. Enfin chez son rival je m'ancre avec adresse, Cette fourbe on mes mains va mettre sa maîtresse, Il me la fait manquer avec de faux rapports;* Je veux de son rival alentir les transports, Mon brave incontinent vient qui le désabuse; J'ai beau lui faire signe, et montrer que c'est ruse; Point d'affaire; il poursuit sa pointe jusqu'au bout, Et n'est point satisfait qu'il n'ait découvert tout. Grand et sublime eflbrt d'une Imaginative Qui ne le cède point à personne qui vive ! ^ C'est une rare pièce, et digne, sur ma foi. Qu'on en fasse présent au cabinet d'un roi.

LÉLIE

Je ne m'étonne pas si je romps tes attentes;

A moins d'être informé des choses que tu tentes,

J'en ferois encor cent de la sorte.

MASCARILLE

Tant pis.

Var. //. me la fait manquer; avec de faux rapports Je veux de son rival alentir les transports.

Cette variante, qui consiste dans un changement de ponctuation, n'est donnée ni par l'édition de 1003 ni par l'édition de 1082. Elle appartient seulement à l'éditeur do 1734. Nous la signalons, parce qu'elle a quelque apparence de raison et qu'elle a été adoptée par des éditions récentes. Ces mot-s : avec de faux rapports, s'appliqueroiont bien, en effet, aux soupçons que Mascarille a voulu faire naître sur la vertu de Célie; mais ils peuvent se rapporter aussi à la fable du père qui réclame sa fille, fable inventée par Lélie. Ici la faute d'impression n'est pas évidente, et il faut respecter le texte original.

1. Retour opportun de deux vers prononcés par Lélie à la scène xiv du second acte, et déjà répétés ironiquement à la fin de la même scène par Mascarille.

84 L'KTOrUDl.

l.KI.I li.

Au moins, pour teiiiporter à de justes dépits. Fais-moi dans tes desseins entrer de quelcpu' cliosc. Mais que de leurs ressorts la ])orte me soit close,' C'est ce (|ui \\\i\ toujours ([ue je suis pris sans vert.-

AIASCAHILLK.

Je crois que nous seriez un maître d'arme expert : Vous savez à merveille, en toutes aventures, Prendre les contre-temps et rompre les mesures.*^

\aii. Ail! voilà tout le mal; c'est cela qui nous perd. Ma foi^ mon cher patron, je vous le dis encore • Vous ne serez jamais qu'une pauvre pécore.

Ces trois vers ont été substitués par les éditeurs de 1(J8'2 à ceux ([uc portent les textes imprimés du vivant de Molière.

1. La parle me soit close, la (■onnoissancc nie soit interdite. On a justement critiqué cette expression, ([ui a été amenée là par le mot entrer du vers précédent.

'2. Locution proverbiale qui veut dire : pris au dépourvu. Elle tire son origine d'un ancien usage dont on trouve des traces dans les temps les plus éloignés. Pendant les premiers jours de mai, chacun étoit tenu de se parer d'une branche , d'une feuille, d'un brin de verdure. Si l'on étoit rencontré sans ce préservatif, chacun avoit droit de vous verser de l'eau sur la tête, en disant : Je vous prends sans vert. Après avoir été une coutume générale au moyen âge, cela finit par n'être plus qu'un jeu qui se jouoit entre un certain nombre de personnes ou de familles. Celui qui étoit pris sans vert paj'oit une amende; le produit de ces amendes étoit appliqué à célébrer quelque fête printanièrc. Ce jeu étoit encore en vigueur sous Louis XIV. Le proverbe a seul conservé jusqu'à nos jours le souvenir de l'usagii antique. « Le diable me prendroit sans verd s'il me roncontroit sans dez, » dit Panurgc. (Rabelais, l'antauruel, liv. III, ch. ix.)

Je vous prends sans vert est le titre d'une petit»; comédie attribuée à La Fontaine et insérée dans le théâtre de Champmeslé.

3. L'escrime, qui du temps de Molière étoit un ai't fort pratiqué, avoit fourni au discours familier une foule d'ex[)ressions figurées dont tout le monde se servoit. Corneille, dans le Menteur, n'a pas craint de mettre de ces expressions dans la bouche d'une femme parlant à une autre femme; Claricc dit à Isabelle :

Tu vas sortir ili; garde et rompre tes mesuies.

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LKI,J K.

Puisque la chose est faite, il n'y faut plus penser. Mon rival, en tout cas, ne peut me traverser; Et pourvu que tes soins, en qui je me repose...

MASCARILLE

Laissons là ce discours, et parlons d'autre chose.

Je ne m'apaise pas, non, si facilement;

Je suis trop en colère. Il faut premièrement

Me rendre un bon office, et nous verrons ensuite

Si je dois de vos feu\ reprendre la conduite.

LKLIE.

S'il ne tient qu'à cela, je n'y résiste pas.

As-tu besoin, dis-moi, de mon sang, de mes bras?*

MASCARILLE

De quelle vision sa cervelle est frappée ! Vous êtes de l'humeur de ces amis d'épée^ Que l'on trouve toujours plus prompts à dégainer Qu'à tirer un teston,- s'il falloit le donner.

LÉ LIE

Que puis -je donc pour toi?

MASCARILLE

C'est que de votre père Il faut absolument apaiser la colère.

LÉLIE

Nous avons fait la paix.

* Var. As-tu besoin, dis-moi, de mon sang, de mon bras? (1682.)

1. Amis d'épée, compagnons de duel; comme on dit : amis de table, amis de tripot.

2. Le teston étoit une vieille monnoie valant dix sous tournois. Elle avoit été fabriquée sous Louis XIï, et devoit son nom à la tète de ce prince qui y étoit représentée. Elle eut cours jusqu'au règne de Henri III. Le nom s'en conserva parmi le peuple.

86 i.KTor in)i.

51 A se A ui i.i.i;.

Oui; mais non pas pour nous.

Je l'ai fait, ce inadii. moil [xiiir l'aïuour d(; vous; I.a vision le choque, et de pareilles Teintes Aux vieillards connue lui sont de dures atteintes, Qui sur l'état prochain de leur condition Leur Ibnt faire à regret triste riMlexion. Le bonhomme, tout vieux,' chérit fort la lumière, Et ne veut point de jeu dessus cette matière; 11 craint le pronostic, et, contre moi fâché, On m'a dit (ju'cn justice il m'avoit recherché. J'ai peur, si le logis du roi fait ma demeure, - De m'y trouver si bien dès le premier quart d'heure, Que j'aye peine aussi d'en sortir par après. Contre moi dès longtemps l'on a force décrets; Car enfin la vertu n'est jamais sans envie, Lt dans ce maudit siècle est toujours poui'suivie. Allez donc le lléchir.

T.ÉLIF.

Oui, nous le fléchirons :

Mais aussi tu promets...

MASCARILLE

Ah ! mon Dieu , nous verrons.

(Lélio sort.)

Ma foi, prenons haleine après tant de fatigues. Cessons pour quelque temps le cours de nos intrigues Et de nous tourmenter de même qu'un lutin. Léandre pour nous nuire est hors d(î garde enfin. Et Célie arrêtée avecque l'artifice...

1. Sous -entendu : qu'il est; lorution elli|)tiqiie qu'emploient souvent Molière et Corneille.

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