Mithridate s'écrie dans la tragédie de Racine
Tu ne le crois que trop, malheureux Mitliri<late !
Molière et Racine ont parfaitement rendu le niùme inouv(!inenl sans sortir du genre dans lequel ils ont écrit. (A. Martin.)
ACTK I, SCENE IV. l7o
UASCARILLE.
C'est ce qu'il vous plaira : je ne suis pas ici Pour vous rien contester.
ERASTE, tirant son époe.
Veux -tu dire? Voici, Sans marchander, de ([uoi te délier la langue.
MASCARILLE
Elle ira faire encor quelrpie sotte harangue. Hé ! de grâce , plutôt , si vous le trouvez bon , Donnez-moi vitement quelques coups de bâton. Et me laissez tirer mes chausses sans murmure.
KRASTE.
Tu mourras, ou je veux que la vérité pure S'exprime par ta bouche.
Hélas ! je la dirai :
Mais peut-être, monsieur, que je vous fâcherai.
ERASTE
Parle : mais prends bien garde à ce que tu vas l'aire. A ma juste fureur rien ne te peut soustraire. Si tu mens d'un seul mot en ce que tu diras.
MASCARILLE
J'y consens, rompez-moi les jambes et les bras. Faites -moi pis encor, tuez -moi, si j'impose. En tout ce que j'ai dit ici, la moindre chose,
ERASTE
Ce mariage est vrai?
-MASCARILLE
Ma langue, en cet endroit, A fait un pas de clerc dont elle s'aperçoit. Mais enfin cette affaire est comme vous la dites. Et c'est après cinq jours de nocturnes visites.
176 LK Dfti'IT AMOUR KUX.
'raii(li> (1110 vous serviez à mieux couvrir leur jeu,
(hie depuis avaut-hier ils sont joints de ce nœud;
Et Lucile depuis fait encor moins ])aroître
La violente amour quelle porte à mon maître,
Et veut absolument que tout ce qu'il verra,
Et qu'en votre faveur son cœur témoignera.
11 l'impute à l'efiet d'une haute prudence,
Qui veut de leurs secrets ôter la connoissance.
Si, malgré mes serments, vous doutez de ma foi,
Gros-René peut venir une nuit avec moi.
Et je lui ferai voir, étant en sentinelle.
Que nous avons dans l'ombre un libre accès chez elle.
ÉRASTE
Ote-toi de mes yeux, maraud!
MASCARU.I.E.
Et de grand cœur.
C'est ce que je demande.*
1. C'est une situation éminemment comique que celle de Mascarille pris au piège qu'on lui a tendu, ayant révélé ce qu'il devoit taire; «utragé , menacé pour avoir dit la vérité par celui-là môme qui l'exigeoit ; n'osant ensuite ni rétracter ses premiers aveux ni les confirmer, de peur d'attirer sur lui de nouvelles tempêtes; et finissant, puisque le risque est égal des deux côtés, par soutenir ce qu'il a déclaré d'abord et par en off'rir la preuve. Cette situation a été souvent imitée par les successeurs de Molière. L'emportement d'Éraste est l'image la plus parfaite des contrariétés de la passion. Jaloux comme il l'est, il n'est que trop disposé à croire sa maîtresse infidèle; mais son ardent amour pour Lucile et ce qu'il conserve d'estime pour elle, ne lui permettent pas d'entendre sans fureur la nouvelle du mariagr; secret ; il traite d'imposteur le valet qui la lui apprend, et, comme il dit lui-même, il dément un discours dont il n'a que trop peur. Cette peur qui fait son supplice, il ne voudroit pas l'échanger contre une certitude qui tseroit plus cruelle encore: car, lorsque Mascarille lui propose un moyen de l'acquérir, loin de le prendre au mot, il le renvoie sans vouloir l'écouter davantage. Toute cette scène, si courte, est admirable, pleine de passion et de vérité. Le fond en appartient à la comédie de l'Intéresse. Mais Molière l'a fort embelli. Flaminio, qui répond à l'Éraste de la pièce françoise, ne tend pas de piège, comme celui-ci, au valet de son rival, pour en tirer la vérité; il
ACÏK I, SCÈNE VF. 177