ÉRASTE, MARINETTE, GROS-RENÉ
MARINETTE
Je viens vous avertir que tantôt, sur le soir. Ma maîtresse au jardin vous permet de la voir.
ÉRASTE
Oses -tu me parler? âme double et traîtresse!
l'interroge simplement et en reçoit des réponses qui le mettent en fureur. Ce valet, dans la môme situation que Mascarille, se dément, se contredit comme lui à chaque interpellation nouvelle et s'estime trop heureux à la fin de pouvoir se retirer avec quelques coups de bâton. La dernière proposition que fait Mascarille, proposition qui n'a pas de suites dans le Dépit amoureux, s'exécute dans V Interesse, et 3' forme un incident, non pas en action, mais en récit. (Auger.)
I. Baie, tromperie, mensonge, qui sert à couv^-ir les feux dont l'ingrate le paye. Nous avons déjà vu ce mot à la scène xiii de l'acte II de l'Ëtourdi.
178 iJ-: DKi'ii A MOI 15 i:ux.
^a, SOIS (If ma présence; et dis à ta maîtresse Quavecque ses écrits elle me laisse en paix, Va que voilà l'état, infâme, que j'en fais!
(Il déchire la lettre et sort.
MAIUXETTE.
(iros-Ueue, dis-moi donc quelle mouche le pique.
GRO.S-REAÉ.
M'oses- tu bien encor parler? femelle inique.
Crocodile trompeur, de qui le cœur félon
Est pire qu'un satrape, ou bien qu'un Lestrigon ! '
Va, va rendre réponse à ta bonne maîtresse,
Et dis -lui bien et beau que, malgré sa souplesse.
Nous ne sommes plus sots, ni mon maître ni moi.
Et désormais qu'elle aille au diable avecque toi.
MARINETTE, seule.
Ma pauvre Marinette, es-tu bien éveillée? De quel démon est donc leur âme travaillée? Quoi ! faire un tel accueil à nos soins obligeants ! 01) ! que ceci chez nous va surprendre les gens ! -
1. Leslriijons , peuple de la Sicile dont les ])0i.'tcH anciens ont. fait des anthropophages.
2. Ce premier acte est digne de Molière dans toute la force de son talent. Érastc int(^'resse parce que son amour est ardent et vrai et que sa jalousie est causée par les plus fortes apparences. Valère est de son côté- trop fondé à se croire en possession du cœur comme de la personne de Lucile pour que son assurance indispose le spectateur contre lui. Les rôles de Gros- René et de Mascarille sont très - comiques. Enfin, de scène en scène, l'action marche et l'intérêt croît. 11 est dommage que les deux actes suivants ne répondent pas à un si heureux commencement. Si le reste de la pièce se maintenoit à la hauteur de ce début, le Dépit^moureux devroit être placé au premier rang des chefs-d'œuvre de Molière. (Augeb et A. Martin.)
ACTK II, SCÈNE I. 179