‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 202 sur 266 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ASCAGNE, FHOSINE.

l'R(>Sli\E.

Ascagne, je suis lille à secret, Dieu merci.'

ASCAGNE

Mais, pour un tel discours, sommes-nous bien ici? Prenons garde qu'aucun ne nous vienne surprendre, Ou que de quelque endroit on ne nous puisse entendre.

1 "ROSINE

Nous serions au logis beaucoup moins sûrement :

Ici de tous cotés on découvre aisément;

lit nous pouvons parler avec toute assurance.

ASCAGNE

Hélas! que j'ai de peine à rompre mon silence!

FUOSINE.

Ouais! ceci doit donc être un important secret?

ASCAGNE

Trop, puisque je le fie à vous-même à regret,*

Var. Trop, puisque je le dis à vous-même à regret (1682).

I. Ce personnage de Frosine, qui va recevoir les confidences d'Ascagne, a été substitué par Molière au Tebaldo de l'Intéresse. L'auteur françois a montré un plus grand respect pour les bienséances en donnant pour confident à Ascagne une personne de son sexe.

180 l,!' DK l'I 1 A.MOl U K U X .

Va (\nv, si j{> pouvois le cacher davantage, Vous ne le sauriez point.

Ah ! c'est me faire outrage !

Feindre* à s'ouvrir à moi, dont vous avez connu Dans tous vos intérêts l'esprit si retenu l Moi, nourrie avec vous, et qui tiens sous silence Des choses qui vous sont de si grande importance ! Qui sais...

ASCAGNE

Oui, vous savez la secrète raison Qui cache aux yeux de tous mon sexe et ma maison; Vous savez que dans celle où passa mon bas âge Je suis pour y pouvoir retenir l'héritage Que relâchoit ailleurs le jeune Ascagne mort, Dont mon déguisement fait revivre le sort; Et c'est aussi pourquoi ma bouche se dispense'

1. Feindre à, hésiter à. Nous avons déjà vu ce mot à la scène viii de l'acte V de l'Étourdi :

Tu feignois à sortir de ton déguisement.

2. 5e dispense, c'est-à-dire se permet... prend la liberté et le courage de... se laisse aller à... C'est la signification primitive de ce mot, et son emploi le plus>fréquent au xvii*^ siècle.

« Les Allemands se dispensent volontiers à faire des di^icssicjns pour étaler leur lecture. » (Bayle, lettre à M. Minutoli.)

Quand je me dispensois à lui mal obéir.

(Corneille, liodoyuiie.)

On disoit, se dispenser de , dans le même sens. Les mots dispenser, dispensé, dispense, avoient une acception pareille. M. F. Godefroy, dans son lexique comparé de la langue de Corneille, a indiqué toutes les variations de ce verbe dispenser, et comment, après avoir signifié d'abord autoriser, il a signifié ensuite autoriser à ne pas faire, passant ainsi du sens positif an sens négatif qu'il a actuellement.

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