‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 204 sur 266 · On supprimoit do même ce vers et les trois qui suivent · texte numérisé non relu

On supprimoit do même ce vers et les trois qui suivent

2. C'est-à-dire : comme il prc'tend vous marier à une fille , il emploie mal SOS paroles.

3. Ce récit est embrouillé, pénible et obscur; voici les faits tels qu'Auger les résume : Un oncle avoit laissé de grands biens à l'enfant qui pourroit naître d'Albert, en cas que ce fût un garçon; et, dans le cas contraire, ces biens dévoient passer dans la famille de Poiidore. Albert eut un fils qui fut nommé Ascagne. Ce fils mourut pendant une absence d'Albert. La femme de celui-ci , craignant la colère de son mari au retour, en voyant sortir de sa maison l'béritage en question , décida la nourrice de son fils à. lui céder sa propre fille qui étoit du même âge, confia cette enfant à la nièrô de Frosine pour qu'elle achevât de la nourrir, et ensuite la prit dans sa propre maison où la fausse Ascagne passa aux yeux de tous pour un garçon et fut élevée comme telle. Cette femme d'Albert, étant morte presque subitement, ne put révéler son secret, et il est possible qu'Albert n'en ait pas connoissance. Cependant il a des relations avec la pauvre femme dont on a acheté la fille, et môme il lui fait du bien.. D'un autre côté, il presse Ascagne de prendre femme; il ignore donc qu'elle est une fille. Peut-être sait-il seulement qu'il y a eu supposition d'enfant, et croit-il que l'enfant supposé est du sexe masculin. Voilà, quant à présent, l'état des choses pour Ascagne et Frosine.

On voit que Molière a renchéri encore sur l'intrigue romanesque de la pièce italienne.

ACTK II, SCK.NK I. 183

Vous aimez !

\sc.Vf;\E.

Prosine, doLicement.

N'entrez pas tout à fait dedans l'étonnenient ; Il n'est pas temps encore; et ce cœur qui soupire A bien, pour vous siu'prendre, autre chose à vous dire.

l'ROSTlVE.

I^t ffuol ?

vscagm:.

J'aime Valère.

ir.osrNE.

Vil! vous aviez raison.* L'objet de votre amour, bii, dont k la maison ' Votre imposture enlève un puissant héritage. Et qui, de votre sexe ayant le moindre ombrage, Verroit incontinent ce bien lui retourner! C'est encore un plus grand sujet de s'étonner.

ASCAGXE.

J'ai de quoi toutefois surprendre plus votre âme : Je suis sa femme.

FROSl NE.

0 dieux ! sa femme !

ASCAGNE

Oui, sa femme.

Vh ! certes celui-là l'emporte, et vient à bout De toute ma raison !

" Var Ah! vous avez raison flG82).

I. Dont à la maison, pour: à la maison de qui; la construction de cette phrase n'est pas correrte.

184 LI-: nï-lMT AMOUHFUX.

ASCAGNE

O. n'est pas pnrnr tout.

Encore ?

ASCAGNE

Je la suis, dis-je, sans qu'il le pense, Ni (ju il ait de mon sort la moindre connoissance.

FROSINE

Ho! poussez; je le quitte,* efne raisonne plus, Tant mes sens coup sur coup se trouvent confondus. A ces énigmes-là je ne puis rien comprendre.^

ASCAGÎNE.

Je vais vous l'expliquer, si vous voulez m' entendre.

Valère, dans les fers de ma sœur arrêté,

Me sembloit un amant digne d'être écouté.

Et je ne pouvois voir qu'on rebutât sa flamme,*

Sans qu'un peu d'intérêt touchât |)our lui mon âme ;

Je voulois que Lucile aimât son entretien;

Je blâmois ses rigueurs, et les blâmai si bien,

Que moi-même j'entrai, sans pouvoir m'en défendre.

Dans tous les sentiments qu'elle ne pouvoit prendre.

C'étoit, en lui parlant, moi qu'il persuadoit;

" \Aii. ./(' ne pouvois souffrir ({u'on rehutât sa flanime (1682).

1. Je quitte la partie, j'y renonce. Le, dans cette locution usuelle, est sans relation grammaticale.

2. La scène devient attachante et plaisante par cette suite d'aveux que fait Ascagne et d'étonnements où tombe Frosine. — «J'aime.» — «J'aime Valère. » — « Je suis sa femme. » — « Je la suis sans qu'il le pense. )> Ce sont là certainement des choses fort extraordinaires. On doit bien observer, d'autre part, qu'Ascagnc, cachée depuis son enfance sous des habits d'homme, n'a pas les scrupules que pourroit avoir une jeune fille ayant reçu l'éducation de son sexe. Cette éducation exceptionnelle est son excuse : aussi ne songe-t-elle pas à justifier son action et la raconte-t-elle fort nettement et pre^-fine du mi'-me ton que le fernit Kraste. C Ait.er et A. MAiiTrN.)

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