‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 231 sur 266 · I . Suivras-tu toujours tes inclinations? Corneille a dit · texte numérisé non relu

I . Suivras-tu toujours tes inclinations? Corneille a dit

Donnez moins dé croj^ance à votre passion.

{Cinna, IV, 3 )

ACTF: Ml. SCi: NR VII. 210

MASCA r.iM.i:.

D'où, diantre, a-t-il pu la savoir?

VA LE RE

Je ne sais point sur qui ma conjecture asseoir; Mais enfin d'un succès cette adaire est suivie, Dont j'ai tous les sujets d'avoir l'âme ravie. Il ne m'en a pas dit un mot qui fût fâcheux; Il excuse ma faute, il approuve mes feux; Et je voudrois savoir qui peut être capable D'avoir pu rendre ainsi son esprit si traitable. Je ne puis t' exprimer l'aise que j'en reçoi.

Et que me diriez-vous, monsieur, si c'étoit moi Oui vous eût procuré cette heureuse fortune?^

Bon! bon !. tu voudrois bien ici m'en donner d'une, -

MASCARILLE

C'est moi, vous dis-je, moi, dont le patron le sait,^ Et qui vous ai produit ce favorable effet.

VALÈRE

Mais, là, sans te railler?

1. On disoiî indifféremment : si c'étoit moi qui vous eût ou qui vous eusse

procuré.

Ce ne seroit pas moi qui se feroit prier. {Sganarelle.)

« Monsieur, n'est-ce pas vous qui vous appelez Sganarelle? — Hé quoi? — Je vous demande si ce n'est pas vous qui se nomme Sganarelle.» (Le Médecin malgré lui.)

Nous voyons trois vers plus bas : « C'est moi qui vous ai produit ce favorable effet. i> Ce point de grammaire étoit encore indécis.

■2. Locution familière que nous avons déjà plus d'une fois rencontrée.

« Patience ! s'écria rhom.me de bien ; quiconque s'est mêlé de ceci en avoit deux, il m'en a donné d'une. » (Noël du FAir,, Contes d'Eutrapel.)

3, De qui ou par qui le patron le sait.

2^0 I.K DÉPIT AIMOIHUUTX.

M A se A H II, m;.

()ue le diable m'emporte Si je lais raillerie et s'il n'est de la sorte!

^ A I. !•; H p; , mettant l'i^iéo à la main.

Et qu'il m'entraîne, moi, si tout présentement Tu n'en vas recevoir le juste payement!*

Ah! monsieur, qu'est ceci? Je défends la surprise. -

VAI.KHi;.

C'est la fidélité que tu m'avois promise? Sans ma feinte, jamais tu n'eusses avoué ,

Le trait que j'ai bien cru que tu m'avois joué. Traître, de qui la langue à causer trop habile D'un père contre moi vient d'échaulFer la bile,

1. On a dit que ce moyen employé par Valère pour faire avouer à Mascarille son indiscrétion avoit été suggéré à Molière par un canevas italien intitulé : Arlecchino muto per paura (Arlequin muet par peur). Ce moyen est le même à peu près qu'a employé Eraste au prtîmicr acte pour faire j)arler rindiscret valet. Il est fort naturel et se pratique par tous ceux qui veulent obtiMiir un aveu, sans qu'ils songent à imiter personne. 11 faut se mettre en garde, avons-nous dit, contre la manie de voir des imitations partout.

2. Expression primesautière. Les enfants s'en servent encore dans leurs jeux.

Mascarille est toujours pris au même- piège. Tout son rôle est d'accord avec les premiers mots qu'il a prononcés :

Non , je ne trouve pas d'état plus malheureux Que d'avoir un patron jeune et fort amoureux

Le premier Mascarille se seroit réjoui au contraire de servir un tel maître. Le second se plaint de sa mauvaise chance, et en effet il est la victime.

Dans l'Intéresse , la scène entre Fabio (Valère) et Zucca (Mascarille) est d'une extrême froideur. Il y a toutefois dans leur dialogue un trait d'élévation morale qui mérite d'être relevé. Fabio s'étonne de ce que son père, liomme colère et intraitable, n'a pas jeté feu et flamme à cette nouvelle si propre à le mettre en fureur. Zucca lui répond : « Il en est ainsi de tous les pères trop irritables et trop sévères; ils crient si fort contre les moindres frasques, les moindres étourderies de leurs enfants, que dans les cas vrai- , ment graves il ne leur reste plus rien à dire.»

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