‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 243 sur 266 · SCÈNE II. i^ ÉRASTE, GROS-RENÉ · texte numérisé non relu

SCÈNE II. i^ ÉRASTE, GROS-RENÉ

É RAS TE

Encore rebuté?

f-'tre omise qu'elle est assez froide et inopportune. C'est ce q\ie Molière, d'après l'indication qu'on vient de relever, semble avoir lui-même senti.

1. Tout le motif, tout le résultat de la scène est dans ces paroles de Frosine : « Il faut que j'aille voir la... » Mais ce sens suspendu a l'inconvénient de n'en point dire assez pour être compris; par conséquent l'auteur n'atteint pas son but, qui est de préparer les révélations de la cinquième scène du cinquième acte. Nous apprendrons seulement alors que ce la... signifioit la pauvre femme qui est censén avoir cédé à la femme d'Albert sa fille devenup Asragne. f Auokp,.)

ACTH FV, SCÈNK II. '235

GROS-REXÉ.

Jamais ambassadeur ne fut moins écouté.

A peine ai -je voulu lui porter la nouvelle

Du moment d'entretien que vous souhaitiez d'elle,

Qu'elle m'a répondu, tenant son quant -à-moi : ^

a Va, va, je fais état de lui comme de toi;

Dis-lui qu'il se promène; » et, sur ce beau langage, -

Pour suivre son chemin, m'a tourné le visage.

Et Marinette aussi, d'un dédaigneux museau

Lâchant un: « Laisse -nous, beau valet de carreau, »

M'a planté là comme elle ; et mon sort et le vôtre

N'ont rien à se pouvoir reprocher l'un à l'autre.

ÉRASTE

L'ingrate! recevoir avec tant de fierté

Le prompt retour d'un cœur justement emporté !

Quoi! le premier transport d'un amour qu'on abuse

Sous tant de vraisemblance est indigne d'excuse?

Et ma plus vive ardeur, en ce moment fatal ,

Devoit être insensible au bonheur d'un rival ?

Tout autre n'eîÀt pas fait même chose en ma place,

Et se fût moins laissé surprendre à tant d'audace?

De mes justes soupçons suis- je sorti trop tard?

Je n'ai point attendu de serments de sa part;

Et, lorsque tout le monde encor ne sait qu'en croire,

1. La Fontaine a dit aussi : « Quand nous avons quelque différend, ma sœur et moi, si je fais la froide et l'indifférente, elle me recherche; si elle se tient sur son quant-à-moi, je vas au-devant d'elle. » {Psyché, II.)

Quelques grammairiens, dans ces sortes de phrases, préféreroient qwantà-soL M. Génin est d'avis que, ce groupe de mots ne formant plus qu'un substantif composé, les éléments doivent en être fixes et invariables, et qu'il faut dire comme Molière et La Fontaine.

ç: 2. « Dis-lui qu'il se promène. » Il y a tout à parier que Gros-René traduit en son langage les paroles de Lucile, et qu'elle ne l'a pas chargé de dire à son maître qu'il aille se promener. (Auger.)

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Ce cœur impatient lui rend toute sa gloire, I! cherche à s'excuser; et le sien voit si peu Dans ce j)rotbnd respect la grandeur de mon feu! l^oii) d'assurer une àine et lui fournir des armes (Contre ce qu'un rival lui veut donner d'alarmes, L'ingrate m'abandonne à mon jaloux transport, Et rejette de moi message, écrit, abord! Ah! sans doute un amour a peu de violence. Qu'est capable d'éteindre une si foible offense ; Et ce dépit si proinj)! à s'armer de rigueur Découvre assez pour moi tout le fond de son cœur, Et de quel prix doit être à présent à mon âme Tout ce dont son caprice a pu flatter ma flamme. Non, je ne prétends plus demeurer engagé Pour un cœur où je vois le peu de part que j'ai ; Et, puisque l'on témoigne une froideur extrême A. conserver les gens, je veux faire de même.'

GROS-RENÉ

Et moi de même aussi. Soyons tous deux fâchés, Et mettons notre amour au rang des vieux péchés. Il faut apprendre à vivre à ce sexe volage, Et lui faire sentir que l'on a du courage. Qui souffre ses mépris les veut bien recevoir. Si nous avions l'esprit de nous faire valoir. Les femmes n'auroient pas la parole si haute. Oh ! qu'elles nous sont bien fières par notre faute ! Je veux être pendu si nous ne les verrions *

* Var. Je veux être perdu si nous ne les verrions (1G73 ).

1. C'est la nature même que ce mélange bizarre de dépit, d'orgueil , de transports, qui accompagne les retours involontaires d'une véritable passion. Tout amant jaloux veut non-seulement qu'on lui pardonne ses bou-

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