ACTK IV. SCENE II
Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,
Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes
Les gâtent tous les jours dans le siècle où nous sommes.
ÉRASTE
Pour moi , sur toute chose , un mépris me surprend ; Et, pour punir le sien par un antre aussi grand, Je veux mettre en mon cœur une nouvelle flamme.
GROS-RENÉ
Et moi, je ne veux plus m'embarrasser de femme;
A toutes je renonce, et crois, en bonne foi.
Que vous feriez fort bien de faire comme moi.
Car, voyez-vous, la femme est, comme on dit, mon maître.
Lin certain animal difficile à connoître.
Et de qui la nature est fort encline au mal :
Et comme un animal est toujours animal.
Et ne sera jamais qu'animal, quand sa vie
Dureroit cent mille ans; aussi, sans repartie,
La femme est toujours femme, et jamais ne sera
Que femme, tant qu'entier le monde durera:
D'où vient qu'un certain Grec dit que sa tête passe
Pour un sable mouvant. Car, goûtez bien, de grâce.
Ce raisonnement- ci, lequel est des plus forts:
Ainsi que la tète est comme le chef du corps.
Et que le corps sans chef est pire qu'une bète :
Si le chef n'est pas bien d'accord avec la tète.
Que tout ne soit pas bien réglé par le compas.
Nous voyons arriver de certains embarras ;
tades, mais qu'on lui on saciie gré. Est- il coupable? la mansuétude lui paroît une preuve d'indifférence. Montre-t-on de la rigueur? refuse-t-on de lui pardonner? on saisit un vain prétexte pour rompre une chaîne importune. Voilà le cœur liumain tel qu'il est et tel que Molière a su le peindre. 1 A. Martin.:
238 IJ-: i)K ni' AMor i{ i-; ix.
La partie brutale alors veut prendre empire*
Dessus la sensitive, et l'on voit que l'un tire
A dia, l'autre ;ï liurliaut;- l'un demande du mou,
L'autre du dur,^ iMilin tout \a sans saNoir où :
Pour montrer ((n'ici-has, ainsi qu'on l'interprète,
La tète d'une i'einme est comme la girouette*
Au haut d'une maison, qui tourne au premier vent.*
C'est pourquoi le cousin Âristote souvent
La compare à la mer; d'où vient (|u'ou dit qu'au monde
On ne peut rien trouver de si stable que l'onde. .
Or, par comparaison (car la comparaison
Nous fait distinctement comprendre une raison,
Et nous aimons bien mieux, nous autres gens d'étude,
Une comparaison qu'une similitude).
Par comparaison donc, mon maître, s'il vous plaît.
Comme on voit que la mer, quand l'orage s'accroît.
Vient à se courroucer, le vent souille et ravage.
Les flots contre les flots font un remu-ménage
Horrible; et le vaisseau, malgré le nautonier,
Va tantôt à la cave et tantôt au grenier : ■'
- Vah. La tête d'une femme est comme tote girouette (1073).
1. La partie brutale. Il y a ici une faute de versification. Bret fait observer que Molière auroit évité cette faute en mettant : la partie animale.
2. Dia, cri des charretiers pour faire aller leur cheval à gauche; hurhaut, pour le faire aller à droite.
3. Façon de parler proverbiale. La Fontaine a dit aussi dans son conte de Mazet de Lamporechio :
Car d'espérer les servir à leur guise , C'est un abus : l'une voudra du mou L'autre du dur...
i. L'édition de 1G8'2 indique (|u'il étoit d'usage d'omettre à la scène une \in(itaine de vers, depuis : Et de qui la nature , » jus([irà : » qui tourne au |)n;mier vent. »
■"). Un jeu de théâtre traditionnel et qui remonte probablenuMit jusqu'au
ILE uÈmi: mmM'UEU'K
-r /;' sc.i'M' .
Garnier frères.Ediieurs.
ACÏI' IV, SCIiiNK III. 239
Ainsi, quand une femme a sa tête fantasque,
On voit une tempête en forme de bourrasque,
Qui veut compétiter par ^e certains... propos;
Et lors un... certain vent, qui, par... de certains flots,
De... certaine façon, ainsi ({u'un banc de sable...
Quand... Les femmes enfin ne valent pas le diable.
ÉRASÏE.
C'est fort bien raisonner.
GROS- RENÉ
Assez bien. Dieu merci. ^ Mais je les vois, monsieur, qui passent par ici. '
Tenez -vous ferme, au moins.
ÉRASTE
Ne te mets pas en peine.
GROS-RENÉ
J'ai bien peur que ses yeux resserrent votre chaîne.