LLXILE, ÉRASTE, MARINETTE, GROS-RENÉ
-MARINETTE
Je l'aperçois encor, mais ne vous rendez point.
temps de Molière veut que l'acteur qui fait le personnage du Gros -René indique le plafond pour montrer la cave, et le plancher pour montrer le grenier, ce contre -sens dans les gestes achevant de révéler la confusion dans les idées.
Cette tirade est fort propre, du reste, à exercer le talent des acteurs. Les plus habiles, les maîtres de la scène, par l'art de ménager leur voix, la gaieté et la variété des intonations, la verve et le naturel du débit, y trouvent une occasion de se faire vivement applaudir.
1. Gros-René a raison d'être fier de ce galimatias, que par la suite presque tous les personnages de valets, les Frontin, les Crispin imiteront, et qui ne manquera jamais d'obtenir un franc succès do rire. Disons cependant qu'il en c\istoit déjà plus d'un modèle.
240 LK DKl'IT AMOURKUX.
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i\e me soupçonne pas d'être l'oible à ce point
MARINETTE
Il vient à nous.
ÉRASTE
l\pn, non, ne croyez pas, madame, Que je revienne encor vous parler de ma flamme. C'en est fait; je me veux guérir, et connois bien Ce que de votre cœur a possédé le mien. Un courroux si constant pour l'ombre d'une oiïense M'a trop bien éclairé de votre indifférence,* Et je dois vous montrer que les traits du mépris Sont sensibles surtout aux généreux esprits. Je l'avouerai, mes yeux observoient dans les vôtres Des charmes qu'ils n'ont point trouvés dans tous les autres. Et le ravissement où j'étois de mes fers Les auroit préférés à des sceptres offerts.' Oui, mon amour pour vous, sans doute, étoit extrême: .le vivois tout en vous; et, je l'avouerai même. Peut-être qu'après tout j'aurai, quoique outragé, Assez de peine encore à m'en voir dégagé : Possible que, malgré la cure qu'elle essaie, Mon âme saignera longtemps de cette plaie. Et qu'affranchi d'un joug qui faisoit tout mon bien. Il faudra se résoudre à n'aimer jamais rien.**
■ Var. M'a trop bien éclairci de votre indifférence (1682). ■* Var. Il faudra me résoudre à n'aimer jamais rien ( 1082 ).
1. Ces fers préférés à des sceptres offerts figurent souvent dans les scènes amoureuses de nos vieilles comédies. On trouve dans les Menechmes de
Piotrou :
Mon cœur est tout de flamme, et des sceptres offerts Ne lui plajroient pas tant que l'honneur de vos fers.