‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 250 sur 266 · SCÈNE JV. i · texte numérisé non relu

SCÈNE JV. i

MARI NETTK, C KOS-P.KNK.

M \ Kl m:tti;.

0 la lâche personne!

(IROS-RF, XK.

\h ! le foible courage !

M \RINETTE.

J'en rougis de dépit.

GROS-REMÎ;.

J'en suis gonflé de rage.

.Ne t'imagine pas que je me rende ainsi.

MARINETTE

Et ne pense pas, toi, trouver ta du[)e aussi.

CiROS-REM':.

Viens, \iens frotter ton nez auprès de ma colei-e.

AÏARIXETTE.

Tu nous prends pour une autre, et tu n'as pas affaire

1. Quelle délicatesse et quel charme dans cette manière de dire : Je vous pardonne! Les femmes possèdent seules cet art, si toutefois c'est un art chez elles, de voiler leur pensée, d'en adoucir l'éclat pour on augmenter l'attrait, de placer un aveu dans un mot indifférent, d'attacher un sentiment à l'expression des plus froides choses, enfin de prendre, pour aller à leur but et nous y conduire, de ces détours lieureux qui ne le laissent apercevoir qu'aux yeux intéressés. (Auger.)

Cette scène où chaque vers échappe à la passion , où tout est juste et vrai, où le mouvement est si vif, l'expression si naturelle et si heureuse, est un tableau définitif, une peintnro immortelle, un impérissable chefd'ipuvre.

248 • I. !•: DKPIT A MOU 15 l- l\.

A ma solto maîtresse. Ardez le beau museau,' Pour nous donner envie encore de sa peau ! Moi, j'aurois de l'amour pour ta cliiciUK; de face? Moi, je te clierclierois? Ma l'ni! l'on l'en fricasse î)cs fdles comme nous.-

(. i-.os-i! i;m':.

rini ! lu h; prends par là?

Tiens, tiens, sans y chercher tant de façon, voilà Ton beau ^^aland de neige, ^ avec la nonpareille ; * Il n'aura plus l'honneur d'être sur mon oreille,

MAUrM'TTE.

Va toi, ])0ur te montrer cpie tu m'es à iiH''piis, Voilà ton demi -cent d'épingles de Paris,* Que tu me donnas hier avec tant de fanfare.

GROS-RE\É

Tiens encor ton couteau.' La pièce est riche et rare; Il te coûta six blancs lorsque tu m'en fis don."

MARI\ETTF.

Tiens tes ciseaux avec ta chaîne (U\ laiton.

' Vap.. Voilà ton demi-ceni d'aif/iiille!; de Paria flfl82j.

1. Ardez, pour regardez. Ancionnc forme populaire. Corneille a dit dans la Galerie du Palais, IV, 12 :

Ardez ! vraiment c'est mon, on vous rendurcra !

2. La rudesse de ce style forme un brusque contraste avec lu délicatesse d'expression qu'on trouve dans la scène précédente entre Éraste et Lucilc.

3. Galand signifloit un nœud de ruban. « Je lui montrai un nœud de ruban que l'on appelle à présent çjaland , » dit Scarron dans le Roman comique. — De neige est un terme de mépris. Benserade a dit : » Foin de l'ambassadeur de neige! » et Destouches : " Ah! le beau médecin de neige avec ses remèdes! » Cette locution n'est pas encore tout à fait disparue.

4. Avec ta nonpareille. u La nonpareille, dit M. Chasles, étoit un petit ruban de couleur différente qui atta'hoit le galand. »

.^. L'acteur ne manque pas d'ouvrir ici un couteau plus remarquable par sa dimf'nsion que par son élégance.

<>. Deux sols et demi de notre ancienne monnoie.

Af'.TI- IV. SCK.N'I'; IV. 249

(; i!()S-iii:n k.

J'oLibliois travaiit-liior ton morceau do IVomagn, T'Kîns. Je voudrois pouvoir rejeter le potage ()ue tu me lis manger, poiu' ii'aNoir rien à toi.*

M \ lU NKTl'i:.

.le n'ai point maintenant de tes lettre.s sur moi; Mais j'en ferai du (eu jusques à la dernière.

CHOS-RENK.

Kt des tiennes tu sais ce que j'en saurai faire.

M A lU \ j, |- 1 1; .

Prends garde à ne venir jamais me i-epi-iei'.

GROS-REXK.

Pour couper tout clK^min à nous rapatriei-, Il faut rompre la paille. ïJne paille rompue Piend, entre gens d'honneur, une affaire conclue.' i\e fais point les doux yeux ; je veux être fâché.

* Var. Que lu me fis mançier, pour n'avoir rien de toi (1082).

1. Pour cxpliquor roriginc de cette expression et de cet usage, il faudroit se reporter bien haut et faire une dissertation très-savante. On devroit remonter au droit romain, parler de la stipula qui servoit aux engagements, de la festuca qui servoit aux alVranchissements, aux renonciations, etc. Puis on passeroit au moyen âge: nous verrions qu'alors on se déclaroit, par la paille, délit; de ses oi)ligations. Il y en a un exemple mémorable: Charles le Simj)le ayant traité avec le chef des Normands, ses sujets rejetèrent ou brisèrent la fiaille, c'est-à-dire le répudièrent pour roi. «L'hommage et foi rejetons par le fétu,» disoit-on, exfestucarnus. «Ils prirent des fétus et dépouillèrent leur foi, » exfestucaverunt. Envoyer une paille brisée, c'étoit encore au xii*" siècle dénoncer une rupture. Dans les temps modernes il ne reste plus de ces cérémonies symboliques qu'une locution proverbiale. Elle conserva d'abord quelque force et quelque noblesse. Le comte de Soissons, ayant demandé une grâce à Sully, menaça gravement, s'il ne l'obtenoit, de rompre la paille avec lui. Enfin , elle devint populaire. Une si longue et si solennelle tradition aboutit au jeu de Gros-Iîené et de Marinette.

Contentons-nous de ces indications qu'on trouvera sans doute plus que suffisantes.

*",(» i.i: ni: imt a m or m i:i \.

Ne me Idif^iie |)()inl. toi, j'ai l'esprit trop touch(''.

(.R(»S-RENK.^

Hdinps : voilà le moyen de ne s'en plus dôdiiv: lioinps. Tu fis. l)oiiii(> IxMc 1

Oui , car tu me lais rire.

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