‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 53 sur 266 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

Nous avons dit, à la page lxxx de rÉtiide sur la vie et les ouvrages de Molière, que le poëte comédien avoit composé, outre ses pièces régulières, des farces dont les titres se trouvent en assez grand nombre sur le registre de La Grange, Deux de ces farces nous ont été conservées, et nous les publions. Il est bon, toutefois, de faire précéder cette publication de quelques observations propres à fixer la valeur de ces documents. La comédie improvisée, « alF improvise», avoit été mise à la mode par les Italiens; elle étoit fort populaire en France, et surtout dans les provinces du Midi, fréqueumient visitées par les comédiens d'au delà des monts. Elle offroit à l'acteur le moyen de déployer toute son originalité en supprimant l'auteur qui, dans les formes moins enfantines et moins libres de l'art, s'interpose entre lui et le public. Les troupes françoises s'efTorçoient de suivre sur ce terrain les Scaramouche, les Arlequin, les Mezzetin, qui y triomphoient : après la grande pièce jouée, et pour finir le spectacle, elles s'y exerçoient sur des canevas imités de la commedia deW arte. Molière, pendant qu'il parcouroit les provinces, s'étoit fait une réputation dans ces jeux comiques. Après son retour à Paris, il continua à donner ces divertissements tant à la ville qu'à la cour. Il paroît avoir toujours joué à l'improvisade. On lit, par

ccxxMv N Oïl ci:.

exemple, sur le registi'e de Lu (iraiige, à lu dute di; 1665: «Le veiulivdi 12 juin, lu troupe est allée à Versailles, par ordre du roi, où Ton a joué U> Favori (tragi-comédie de M""' de Villedieu) dans le jardin, sui" un tiiéàtrc! tout garni d'orangers. M. d^ lière fit un prologue en marquis ridicule (pii vouloit être su? théâtre malgré les gardes, et eut une conversation risible avec une actrice, qui fit la marquise ridicule , placée au milieu de l'assemblée. »

Il est fort probable cependant (pie, à part Molière et quelques autres comédiens d'élite, nos François n'Jniprovisoi(!nt pas aussi couramment que les Italiens, doués de plus de vivacité d'esprit et aid(''s par une langue plus souple. On ne se contentoit pas sans doute chez nous d'un simple canevas ou progranniie. On écrivoit à peu près les rôles, ne fut-ce que pour bien préciser les situations, pour conserver les détails une fois trouvés et pour n'avoir pas à recommencer le travail à chaque reprise. Il n'en restoit pas moins sans doute une assez grande liberté à l'acteur; on pouvoit raccourcir, allonger le dialogue pour les besoins du jour; l'on y ajoutoit, l'on y retranchoit sans doute selon la qualité ou les dispositions de l'auditoire; on prodiguoit aux. uns le gros sel, les plaisanteries grivoises, les libres équivoques, dont on étoit plus sobre pour les autres. Le but qu'on vouloit atteindre en rédigeant ces facéties n'étoit nullement de les fixer d'une manière invariable, mais d'avoir un aide -mémoire bien complet. On ne doit pas s'étonner si les deux crayons de c(^tte sorte qu'il est permis d'attribuer à Molière ne font guère présager l'auteur de Don Junn et de l'Avare. Molière, certainement, ne les auroit jamais de lui-même mis au jour. Aussi nous les présentons à titre de documents intéressants et ne leur donnons point rang parmi les productions avouées ni complètement avérées du grand comique.

Les deux farces (pii sont parv(;nues jusqu'à nous, (!t qui ont été imprimées pour la |)remière. fois en 1819 par Désoer, ?ont : le Médecin volant et la Jalousie du, liarbouillr.

Le Mêdeci/ii volant est l'iiin'tation exacte d'un can(îvas italien : il -Médico volante, ou Arlecchino medico volante. Le mot volante ou volant exprime les toui-s d'agilité (pu; doit faire l'acteur chargé de ce rôle, valet et médecin tour à tour, sautant d'une fenêtre à l'autre, et de la rue dans la maison. L'attribution de cette ébauche

NOTICK. ccxxxv

à Molière a beaucoui) de pi-ohahilitr. On lit dans Ui préface dt;s VëriUibles l^recietisen , de Somaize : «Il (Molière) a imité, par une singerie dont il est seul capabh;, le Médecin volant, et plusieurs autres pièces des Italiens. « Boursault versifia plus tard ce même canevas, et fit représenter sa pièce à l'hôtel de Bourgogne en 1661.

La Jalousie du Barbouillé appartient plutôt à la tradition de la farce francoise; elle ofïVe, comme nous l'avons dit, les premiers linéaments du troisième acte de Georges Dandin. Nous croyons que cette farce est la même que celle qui se trouve fréquemment inscrite sur le registre de La Grange sous le titre de la Jalousie de Gros - René , notamment à la date du 25 décembre 1660.

Le Médecin volant est inscrit pour la première fois sur ce registre à la date du 18 avril 1659. 11 y est indiqué à plusieurs reprises comme ayant été représenté devant le roi , et il paroît avoir partagé avec le Docteur amoureux la faveur du monarque.

Dans l'une et l'autre de ces petites pièces, on remarquera des scènes d'un comique grossier, mais on en trouvera aussi où il y a beaucoup de vivaciTé, de la vigueur même et une raillerie incisive.

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