‹ Œuvres complètes. Nouv. éd., trèssoigneusement rev. sur les textes originaux, avec un travail de critique et d'érudition, aperçus d'histoire littéraire, biographie, examen de chaque pièce, commentaire, bibliographie, etcChapitre 61 sur 266 · COR CI 1511 S · texte numérisé non relu

COR CI 1511 S

Monsieur, voikï un fort habile lionnne de mes uiuis, qui souhaiteroit de vous parler et vous entretenir.

Je n'ai pas le loisir, monsieur Gorgibus; il faut aller à mes malades. Je ne prendrai pas la droite avec vous, monsieur. l'avocat.

Monsieur, après ce que m'a dit monsieur Gorgibus de votre mérite et de votre savoir, j'ai eu la plus grande passion du monde d'avoir l'honneur de votre connoissance, et j'ai pris la liberté de vous saluer à ce dessein ; je crois que vous ne le trouverez pas mauvais. Il faut avouer que ceux qui excellent en quelque sdience sont dignes de grande louange, et particulièrement ceux qui font profession de la médecine, tant à cause de sbn utilité, que parce qu'elle contient en elle plusieurs autres sciences , ce qui rend sa: parfaite connoissance fort difficile : et c'est fort à propos qu'Hippocrate dit dans son premier aphorisme : Vita breviSj ars verô longUj, occasio nulem prœceps . experimentum periculosam , jiidicitini difficile.

s G A N A R E L L E , il Gorgibus.

Ficile tanlinapola baril cambustihus.

l'a v oc A T.

Vous n'êtes pas de ces médecins qui ne s'api)liquent qu'à la médecine qu'on appelle rationale ou dogmatique, et je crois que vous l'exercez tous les jours avec beaucoup de succès, experienlin magislra rerum. Les premiers hommes qui firent profession de; la médecine furent tellement estimés d'avoir cette belle science, qu'on les mit au nombre des dieux pour les belles cures qu'ils faisoient tous les jours. Ce n'est pas qu'on doive mépriser un médecin qui n'auroit pas rendu la santé à son malade, puisqu'(>ll(i ne dépend pas absolument de ses remèdes, ni de son savoir; inlerdum doctà plus valel arle malum. Monsieur, j'ai peur de vous être importun : je prends congé de vous, dans l'espérance

SCh:NR X. ccAi.v

que j'ai qu'à la première vue j'aurai l'honneur de converser avec vous avec plus de loisir. Vos hçures vous sont précieuses, etc.

( U sort. )

GORGIBUS

Que vous semble de cet homme-là?

SGANARELLE

Il sait quelque petite chose. S'il fût demeuré tant soit peu davantage, je l'allois mettre sur une matière sublime et relevée. Cependant je prends congé de vous. ( oorgitus lui donne de rargent. ! Hé! que voulez-vous faire?

GOUGIBUS.

Je sais bien ce que je vous dois.

SGANARELLE

Vous moquez-vous, monsieur Gorgibus? Je n'en prendrai pas, je ne suis pas un homme mercenaire. ( u prend rargent. ) Votre très

humble serviteur. (Sganarelle son, et Gorgibus rentre dans sa maison.)

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