‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 108 sur 356 · POUR LE II* DIMÀIIGHB DE L'ADVENT · texte numérisé non relu

POUR LE II* DIMÀIIGHB DE L'ADVENT

ainsi que dit le grand apostre :

dta sunt mundi elegit Deus ut atsapienles, ei infirma mundi uêtttconfundat fortia.Cesi pour- 18 pourrions dire aussi avec vérité, •eulementies pauvres sont evangeid aussi qu'ils evangelizent, Dieu it d'eux pour porter la verilé de sa ar tout le monde , et quoy qu'il rmY quenostredivinMaistrecstoit ir enseigner aux grands et petits, es et aux ignorans la doctrine du îantmoins on Ta toujours treuvé s plus pauvres et simples du peu- ]ui nous fait voir que l'esprit de bien différent de celuy du monde, lit estât que de ce qui paroist et Fesclat.

iciens philosophes ne vouloient en leurs escholes que ceux qui un bel esprit et un grand juges'iis ne les rencontroienl pas tels, nt librement: Ce n'est pas là On propre à mon pinceau. Et nous ncore maintenant parmylemondc ceux qui ont Tesprit grossier sont s des hommes qui ne prennent rà estre et converser parmy ceux l'esprit beau et subtil , et quoy icnt hautains , fins et superbes , B, Tespritdu monde supporte cela , prit de Dieu fait tout le contraire ; îlle les superbes, et converse avec simples et humbles, et parce que epractique pas volontiers, Nostre-

le met au nombre des miracles, ue les pauvres sont evangelisez :

is evangelisantur, 1 dit . Bien-heureux seront ceux î scandalizerdnt point en moy , El U quinon fuerit scandalizatusin quoy, que dites-vous. Seigneur? t se pourroit-il faire que vous )perer tant et de si grands mirais voyant exercer des œuvres de 5 charité et miséricorde , l'on pust alizcr de vous ? Je seray , dit-il , •0 des hommes et le rebut du Opprobrium hominum el abjec- 's. Je seray scandale aux Juifs et c Gentils , Judœis scandalum , 9 êluUitiam. Mais bien-heureux ;ux qui ne se scandalizeront point

car moy qui suis icy parmy vous,

faisant de si grands prodiges et miracles , je dois cstre crucifié et mourir attaché sur une croix , de quoy plusieurs se sandalizeront. 0 que bien-heureux, mes chères âmes , seront ceux qui ne se scandalizeront point des opprobres et ignominies de Nostre-Seigneur , et qui pendant cette vie se crucifieront avec luy méditant sa passion , portant en eux sa mortification, ne se scandalizant point de voir qu'il a esté fait le rejet , le rebut et la risée du monde !

Certes il est vray que si nous voulons estre sauvez il nous fautatlarher à la croix de Nostre Sauveur , la méditer et porter en nous sa mortification , il n'y a point d'autre chemin pour aller au ciel : Nostre- Seigneur y a passé le premier ; tant d'extases , d'eslevations d'esprit et de ravissemens que vous voudrez, eslevez-vous si vous pouvez jusqu'au troisiesme ciel avec S. Paul ; mais si avec cela vous ne demeurez en la croix de Nostre-Seigneur , et ne vous exercez en la mortification de vousmesme , je vous dy que tout cela n*est rien que vanité , et que vous demeurerez vuides de tout bien, sans vertu, subjets et disposez à vous scandatizer avec les Juifs, de la passion de nostre divin Sauveur. En somme il n'y a point d'autre porte pour entrer au ciel que l'humiliation et la mortification.

Or pour continuer nostre Evangile , les disciples de S. Jean s'en retournèrent vers luy; mais quels pensez -vous qu'estoient les cœurs de ces bons disciples? 6 que grande estoit la suavité et la consolation qu'ils avoient reçeuè' en la compagnie de Nostre-Seigneur, et qu'il leur tardoitd'estre auprès de S. Jean , pour luy dire ce qu'ils avoient veu et entendu de ce divin Sauveur , et qu'ils s'alloient doucement entretenant des grands miracles et des merveilles qu'il avoit faits en leur présence , et des choses qui leur avoient esté dites par les apostres : Ilis autem abeuntibus, cœ^ pit Jésus dicere ad turbas de Johanne : Çuid exislisin desertum videre arundinem vento agitatam : Et comme ils furent partis , Nostre-Seigneur se tournant vers le peuple qui lesuivoit, leur dit: Qu'ôtesvous allez voir au désert? pcut-estre que vous y avez veu un roseau sur un rocher au milieu d'une mer agitée, exposé À êoê

SERMOll

orages et trmpcsics. 0 non certes , S. Jean n'cstoit point un roseau d*inconstance ; car il est toujours demeuré forme et inébranlable nu milieu des vagues et lempcsles des tribulations.

Mais pourquoy , dira quelqu'un, No:?tre- Seigneur ne loua-ril pas S. Jean en la présence de ses disciples? Les anciens pères disonl que ce fut pour deux raisons : la première , parce que ces bons disciples aymoi nt tellement leur Maistre, et i estime qu'ils en avoient csloit si grande, qu'ils l'avoient, ce semble, préféré à Nostre- Seigneur, lorsqu'ils luy dirent: Pourquoy nous et les pharisions jeusnons-nous , et tes disciples no jcusnent point; s'eslonnant do quoy Nostre-Seigneur qui esloit tenu parmi le peuple pour un grand prophète , ne faisoit point jeusner ses apostrescommo S. Jean faisoit ses disciples : il n'esloit donc pas convenable qu'il le loiiast en leur presonre ; car il y avoit danger qu'ils no vinssent à le surestimer à Nostre-Seigneur. Voilà ()ourquoy celte divine sapiencene dit rien de luy en leur présence.

L'autre raison par laquelle Nostre-Seigneur ne loiia point S. Jean en la pKsence de ses disciples, fut parco qu'il n'estoit point flatteur , et s'il eust loUé S. Jean en leur présence , on eust pu juger que c'estoit par flatterie ce qu'il en faisoit, cela luy pouvant estre rapporté par ses deux di>ciples , ce qui ostoit grandement esloignô de l'esprit de nostro divin Sauveur qui est la vérité mesmo , et lequel sçachant que l'esprit humain y pourroit trouver a redire, il ne loua point S. Jean en la présence de ses disciples. Mais quand ils furent partis , ils dit aux Juifs : Quid exi$ii$ in desertum vider e? Qu'estes-vous allei voir au désert? Considérez cet homme que vous avez veu , ou plutost cet ange rovestu d'un corps humain : vous n'avez point trouvé un roseau d'inconstance, qui tourne à tous vents , mais un rocher en fermeté ; vous avez veu un homme qui a une esgalité admirable parmy la variété de divers acci* dens qui luy arrivent , et qui est tel en l'adversité qu'en la prospérité; tel dans la prison et dans les (>ers6culions qu / dans le désert ; tel dans le me>prià que parmy lesapplaudisscmens ; aussi joyeux en Thyver (le l'adversité qu'au printemps de la pro§pehté| il fait lea meamea fonclioan

dans la prison qu'il faisoit dans le deiavt Mais quant à nous , certes nous sommeaii variables , qu'il semble que nous allons sa» Ion le temps et la saison : et il se trouve dea personnes si inesgales , que lorsque I9 temps est beau, il n'y a rien do si joyeux, et quand il est pluvieux, rien de si triste.Tel est fervent , prompt et joyeux en la pros* perité,qui en l'adversité sera foible, abattu et deconforlé qu'il faudra employer le ciel et la terre pour le remettre. Vous en ver^ rez d'autres qui désirent la prospérité | I)arce qu'en ce temps ils font des mer* veilles , ce leur semble , D'autres aymenfr mieux l'adversité d'auUtnt, disent-ils .

qu'elle les fait mieux retourner à Dieu. ÈnOn nous sommes si variables et si bizarres , que nous no savons pour l'ordinaire ce que nous voulons. Il n*y a point d*esgalitô parmy nous , et toulesfois c'est une vertu des plus nécessaires qui soit en la vie spirituelle, Noussommesdes roseaux d'inconstance , qui nous laissons souvent emporter à suivre nos mauvaises humeurs et inclinations.

Finissons ce discours en disant du glorieux S. Ambroise , duquel nous célébrons demain la feste, coque nostrc divin Sauveur dit de S. Jean Baptiste : Vous n'avez point veu un roseau d'inconstance dans le désert : ains un homme qui a une esgalité adutirable. Il est rap]X)rté en sa vie qu'es« tant encore ])etit enfant dans le berceau , un essaim d'ubeilles se vint poser et faire du miel sur ses lèvres, comme un présage do sa future douceur et mansuétude : et le grand S. Augustin raconte , en ses Cod* fessions , que non seulement les doctca prédications de ce sainct , mais encore sa grande debonnaireté ayda beaucoup à sa conversion. Or si nous demandons à ce glorieux sainct qui il est , nous aurons sans doute la mesme response que Nostre-Seigneur ht aux disciples de S. Jean : Dites ce que vous avez veu et entendu , dites que vous avez veu un homme doux, bonin, charitablo et un vigilant pasteur , zélé de la gloire de Dieu , en somme dites que vous avez veu un homme accomply en toute»

sortes de vertus , qui s'acquittoit soigneusement de tous les devoirs de sacharge,et qui avoit les deux parties de l'ame si bien réglées, qu'il n'avoit point de haine que pour le peciié , contre lequel il animoitaoft

POUR LE III« DUIANCBE DE L'ÀDYEIfT.

lele , ny d*amour que pour la diloction de Qoslre divin Sauveur. Mais toulesfois combîen que grandemonl doux et clément , si estoit-il grandement sevcre à punir, et reprendre ce qui estoit digne de reprehcnsioD y sans se laisser flecrchir par aucunes eoosiderations humaines.

Quel zele ne fit-il paroislre en la façon ffD*iI traitia l*empereur Thcodosc , iuy re* lUâant l*entréc de l*£gli$e , et Iuy pariant avec une fermeté admiruble , sans jamais désister jusques à ce qu*ii eust reconnu sa faute? 0 qu'il fit bion paroistre qu'il n*a- Toit esgard ny à roy ny à empereur, pour <A)eyr à Dieu et demeurer ferme à cxei cor eequi estoit du devoir de sa charge. £i la

renommée de ce grand saiuct s*cstcndant par tout, à cause de ses rares vertus et de son grand sçavoir , il venoit des gens fort doctes et expérimentez de bien loin , pour entendre sa doctrine. Vous voyez donc bien maintenant comme il est vray que rbomme se connoist par ses œuvres. Don? si nous voulons sçavoir qui nous sommes, il nous faut regarder quelles sont nos œuvres, reformant ce qui n'est pas bien , et perfectionnant ce qui est bon, aQn qu'imitant ces deux glorieux sainctsen leurs vertus, nous puissions, aprôs cette vie, jouyr avec eux de la gloire éternelle là*haut au ciel. Au nom du Père, du Fils et du Sainct* Esprit, jimet^

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