‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 109 sur 356 · POUR LE TROISIESME DIMANCHE DE L'ADVENT · texte numérisé non relu

POUR LE TROISIESME DIMANCHE DE L'ADVENT

JKiMiHil Jmdmi ak ni^rosoIgmU taeerdoUt et Ifvifat ad Joannêm ui inlêrroçarent «um, lu qui$ #«/ Bi eonfêtnu têt , et non negavii, et eonftstut ai quw non tum êgo Vkritlut. Joan. i.

Im JbUIi envoyèrent de nieruselem des prestres et lévites à 9. Jean pour l'Interroger et sçavoir de Ivy qui il estoit, et il confeisa, et ne nia point qu'il n'estoit pas le Christ.

Certes il faut confesser que la première et plus forte tentation qui soit |)army le iDonde, c'est l'orgueil etrambilion ; elle se treuve en tout lieu, parmy toutes sortes d'arts, de condition et de profession : c'a ^Tambition qui a fait trosbucherdu (ki Lucifer, et qui l'a précipite dans Tenfer. Or ce misérable esprit sçachant par expérience que l'ambition estoit une trèspuissante amorce ))0ur nous faire transgresser les commandemens de Dieu et nous feire descheoir de sa grâce, il s'en servit pour tenter nos premiers parens, leur proposant de manger du fruict deiïendu, avec tant d*artiQce, qu'il les assura que s'ils en mangeoient ils scroient semblables à Dieu, Eritis sicut dii. Il ne leur dit pas qu'ils seroient esgaux à Dieu ; car qui est-ce qui peutesgaler Dieu? Cela est une ciiose du tout impossible, et si le misérable les eust tentez de la sorte, ils eussent facilement coBiiea ea tromperie, et eussent bien-toet

veu que c*estoit leur proposer une chose impossible, parce qu'estant encore en la justice originelle, ils avoiont de grandes lumières et connoissances ; c'ost pourquoy il leur dit seulement : Vous serez semblables à Dieu ; mais comment semblables à Dieu? c'est que mangeant do ce fruict, vous aurez comme Dieu la connoissr.nce du bien et du mH\,Scientes bonum et milum. Et celte ambition donna si avant au cœur de nos premiers parens, que présumant de participer à lu science et sapience de Dieu^ ils se laissèrent séduire par ce tentateur, et deschurenit de la justice originelle, perdant la grâce en laquelle ils avoient esté créez. Les théologiens disputant du subjel de la chute de Lucifer et de ses complices, disent que ce fut une certaine complaisance qu'ils eurent d'eux-m^smes , qui leur causa un tel orgueil en la connois* sance do la beauté et excellence de leur nature, qu'ils voulurent avec une presomp*

lion insapportable ft*esga1er à Dieu en qnelque manière, estre comme luy et mettre leurs sièges à i*esgal de ceiuy de sa divine Majesté.

Les autres disent que la cause de leur chute fut Tenvie; car ces superbes esprits voyant comme Dieu vouloit créer l*homme et se communiquer à luy» s*incamer et unir sa nature divine avec la nature humaine, par une union hypostatique, en sorte que ces deux natures ne feroient qu'une seule personne; voyant donc comme Dieu vouloit enrichir la nature humaine et la relever par dessus la leur, ils furent tellement touchez d'envie et de présomption, qu'ils commencèrent à dire : Pourquoy est-ce que Dieu voulant sortir de soy-mesme, pour se communiquer, ne choisit plutost la nature angelique pour faire cette communication? n*c3t-elIo pas plus noble et excellente que la nature humaine? et de là ils vinrent à estre si remplis d'ambition et d'orgueil, qu'ils se révoltèrent contre Dieu et se perdirent misérablement.

Mais à quel propos dis-jececy? sinon pour exalter l'humilité de S. Jean-Baptiste, qui est une des personnes qui intervint au mystère de l'incarnation, humilité certes la plus excellente et la plus parfaicte, ce me semble, qui aye jamais esté, après celle de Nostrc-Seigneur et de la sacrée Vierge. Voicy donc qu'il s'esleva contre luy une tentation d'orgueil et d'ambition, la plus forte et la plus rude qu*on se puisse jamais imaginer; mais remarquez, je vous prie, qu'elle ne luy fut point présentée par Tennemy, ny ne vint point immédiatement de cet esprit rusé. Certes quand Tennemy est découvert, et qu'on voit que la tentation vient d'une personne ennemie, l'on doute que la chose qu'il nous dit, et à laquelle il nous sollicite, soit suspecte, et partant l'on ne s'y veut pas fier : et il est vray que si Adam et Eve eussent conneu leur tentateur, ils ne se fussent pas laissez séduire comme ils firent.

Or cet esprit malin sçachant que s'il no 8C couvroit , et ne prenoit quelque marque ou figure d'amy, lorsqu'il nous vient tenter, il ne foroit jamais son coup, il le fait tousjours, et de-là vient qu*ii en séduit tant par ses ruses et artifices; et bien que

quand il vint tenter nos premiers ] il prit la figure d*un serpent, neanti leur parla sous l'apparence d*am proposant qu'ils seroient sembla Dieu; et ainsi il les tenta d'ambitio quant à Lucifer et ses anges, ils o p<)int d'autre tentateur qu*eux-ir car il n'y avoit point encore de ( Et voilà comme nous pouvons d l'ambition s'est treuvée et a cot dans le ciel, et que du ciel elle est due dans le paradis terrestre, elle nuëau monde, et en a fait, un enl restre. L'ambition a fait que l'ai devenu diable, et d'amy de Dieu q toit il est devenu son ennemy : et 1* par son orgueil et ambition a p justice originelle en laquelle il este et s'est fait un enfer çà-bas en tei les maux que ces vices traisnent ap ne sont autre chose qu'un enfer, et peines temporelles nous conduise éternelles.

Voicy donc l'une des plus fortes, les et dangereuses tentations qui se voir, laquelle s'adresse à S. Jean, i ses ennemis, comme j'ay desjà dit, des gens revestus de quelque masqi pocrisie, mais par ses amis, envoy< de Hierusalem par les princes eld de la loy. Hierusalem esloit la ville dans laquelle estoit le souverain | le prince des prostrés, le sénat et gistrature; les scribes estoient 1> teurs de la loy, et les pharisiens < comme les religieux de ce temps-lî les princes des prostrés et les docte gouvernoient la republique envoy S. Jean des ambassadeurs, non poi chose que pour sçavoir de luy s'il < Christ, Fils de Dieu, et le Messii atlendoient, afin de luy rendre l'b qui luy estoit deu.

Voyez un peu, je vous prie, la de l'esprit humain : ces docteurs doient le Messie, et sans doute ils vc ou pouvoient voir que toutes les pro estoient accomplies; car ils lisoien tcrpresloient l'Escrilure saincte. I venu, et alloit parmy eux, enseig divine doctrine, faisant des miracli firmant tout ce qu'il disoit par des merveilleuses ; et neantmoins, au H reconnoistro, ils en vontchercher ui

POUR LE m* DWANGHE DE rADYEIfT.

nf9*adre8tereiitdoDcaugloneiixS.Jean, 1 et Iny dirent : Tu, guis es? et confessus M^ et non negavit, et confessus est quia non sumego Christu», Qui cstes-vous?

elil confessa, dit Te vangelisle, et ne nia point qu'il n'estoit pas le Christ. Qui es- •»-vou8 donc? esles-vous Helie? non, je ne le suis pas. Estes-vousprophe/e?non, leur dit-il, je ne le suis pas. Et interrogaterunt eum, gvid ergo? Ilelias es tu? et retpondit : Non sum, Propheia es lu? et reipondit : Non.

Les saincts pères disent que quand tes Juif» 8*adresserent à S. Jean pour luy de- Bander qui esles-vous? ils n'allèrent pas feulement à luy pour sçavoir qui il esloit , nais encore pour sçavoir s'il estoil le Messie qu'ils attendoient ; car autrement

fussent en la justice originelle , et que la partie inférieure fust alors parfaictement sousmise à l'esprit; neantmoins à cette seule proposition que leur fit ce mal-heureux, ils furent tellement touchez d'ambition , qu'ils vinrent à s'oublier du commandement de Dieu, et de la deffcnse qu'il leur avoit faite. 0 que l'ambition et l'orgueil a de fortes mais dangereuses amorces, pour séduire l'homme et le faire oublier de la loy et des commandemens de Dieu. C'est pourquoy quiconque veut entrer au combat, et entreprendre la guerre contre le vice , il faut nécessairement qu'il soit bien revestu et armé d'humilité.

Certes le glorieux S. Jean estoit merveilleusement bien armé de cette vertu ; car il n'estoit point au ciel,ainsen la terre:

8. Jean ne leur edst pas repondu qu'il '. il n'esloit point ange, ains homme : il n'es

l'estoit pas le Christ, s'il n eust creu qu'ils venoient à luy afin de le rcconnoistre pour tel : et comme il estoit vray qu'il ne l'estoit pas, il le confessa franchement.

Mais considérez l'admirable et tres-pariucte humilité de ce glorieux sainct à rejeUer et refuser les honneurs , dignitez , {(reeminences et ti lires, qui non seulement ne luy appartenoient pas , mais , qui plus est, il refuse encore ceux qu'il pouvoit recevoir et qui luy appartenoient. En quoy nous voyons qu'il estoit arrivé et parvenu à un tel degré d'humilité , qu'il triomphoit de l'orgueil et de l'ambition , ne voulant recevoir ni accepter aucun honneur ny dignité.

Lucifer estant dans le ciel, a recherché , Bon'd'estre Dieu, car il estoit trop bon philosophe pour commettre une telle absurdité, et son ambition n'arriva point jus- ({ues-là , parce qu'il sçavoit bien que Dieu estant le souverain principe et Créateur de toutes choses , il auroit tousjours quelque puissance et authorité sur luy : il ne preteodoitdonc pas d'cstre Diou , ains seuleiDent d'estre semblable à Dieu. Mais ce misérable ne luy fut pas semblable comme il présumait; au contraire, par son ambition , il descheut de ce qu'il estoit , et fut diâssé et banny du ciel pour jamais.

Nos premiers parcns au paradis terrestre, entendant dire ù cet esprit malin, que s'ils venoient à manger du fruict deffendu de l'arbre de science du bien et du mal , ils seroient semblables à Dieu , quoy qu'ils

toit point en la justice originelle comme Adam, et on ne luy propose pas seulement qu'il sera semblable à Dieu , mais on vient pour luy faire confesser qu'il est le Christ et le reconnoistre pour tel. Mais luy, par une très -profonde humilité , refusa et rejetta promptement cet honneur bien loin de luy, confessant , ainsi que dit Tevangeliste, qu'il n'esloit pas le Christ.

0 Dieu ! combien grande fut cette tentation , et combien grande rhumilitc avec laquelle il la repoussa ; car elle ne iHy fut point présentée par ses ennemis , comme j'ay desjà dit , ains par ses amis et gens d'aulhorité, qui avoient la loy et les sainctes Escritures entre les mains, qui estoient envoyez en ambassade vers luy par les princes des prostrés et les docteurs de la loy.

Remarquez, je vous prie, comme ils luy parlent : Nous sommes icy envoyez de la part des pontifes et de toute la république, pour vous dire que toutes les prophéties sont accomplies, et que le tenipsest arrivé auquel nous doit venir le Messie promis par les Escritures. Il est vray que nous voyons parmy nous beaucoup de personnes qui vivent bien et sont fort vertueuses, mais il faut confesser que nos yeux n'en ont point encore veu qui soit semblable à vous , ny de qui nos cœurs goustent les œuvres , comme nous faisons les vostres : en somme nous croyons que vous estes le Messie que nous attendons ; si cela est , nous voua supplions de ne nous le point

SERMON

caler; car nous sommes venus icy pour vous rendre Thonneur que vous méritez.

Or il n'y u point de doute que si S. Jean eust dit ({u'il csloil le Messie, ils i>us'ent reconnu pour tel ; mais ce glorieux sainct csloit trop grand amateur de la vérité et de riiumiiilé , pour se laisser emporter à une (elle ambition, que d'accepter un honneur qui ne luy estoitpasdeu.

Les scribes et pharisiens disent qu'ils attendent le Messie promis, le désiré des nations , et celuy (|ue Jacob nomme le désir des collines éternelles, Vesiderium coîlium œfemorum(i). Quelques-uns des anciens pères expliquant ces parolles, disent que par icelles nous devons entendre le désir que les anges avoient de Tincarnation. Les autresdisent que par ces parolles nous devons entendre le désir que Dieu avoit eu , de toute éternité, d'unir la nature divine avec la nature humaine; désir qu'il communiqua aux anges et aux hommes, quoy qu'en diflerentes manières : et nous voyons en TEscrilure saincte , combien les patriarches et les prophètes desiroient celte union , pur les soupirs (resardens qu'ils eslançoient sans cesie vers lo ciel , par lesquels ils demandoicnt l'incarnation du Fils de Dieu

Salomon au Cantique des Cantiques nous fait entendre ce désir de l'incarnation par ces parolles de i'Ëspouse à son bien-aymé : Qu il me baise , luy dit-elle , d'un baiser de sa bouche , Oscuieiur me osculo otis 4ui; baiser qui ne signifie sinon l'union hypostatiquo delà nature divine avec la nature humaine Or il est certain que tous les hommes desiroient grandement cette union ; mais comme imperceptiblement ; car de tous temps on les a veus enclins à rechercher une divinité; et ne pouvant faire un Dieu humanisé, parce que cela n'appartenoit qu'a Dieu seul , ils cherchoient des invention^ pour faire défausses deïtez, et pour cela ils dressoient des idoles et simulachrcs, lesquels ils adoroicnt et tenoient parmy eux comme des Dieux. Et bien que tout cela ne fust que des erreurs, Deanimoins cela fait voir le désir que Dieu avoit, ce semble, infusdans le cœur des humains, de l'incarnation de son Fils, aBn de les disposer à la croyance de ce divin mystère par lequel il vouloir unir sa nature CD

divine avec noatra naCure h^nnafM ; tmioB qu'il avoit spécialement promise au peuple > juif , lequel voyant que touleà les proplie- ; ties estoient accomplies , et que le temps estoit venu auquel ils dévoient voir celuy qui estoit lo désiré de toutes les nations, ils dirent à S. Jean , par les prestres et lévites envoyez pour ce subjet vers luy : Qui estes-vous? n'estes-vous point le Christ que nous attendons? et il confessa et ne le nia point, disant : Je ne le suis pas.

0 mes chères âmes , que l'esprit de ee sainct estoit esloigné de ceux de ce siècle! il n'usa point do belles parolles pour res* pondre à ces ambassadeurs, ains il se contenta de dire seulement qu'il n'estoit pis le Christ. Mais nous autres au contraire sommes si soigneux de bien recevoir les honneursqui nous sont faits, nostreamoid^ propre tirant tousjours à soy tout ce qui fait à son avantage, et toute la gloire, non seulement qui luy appartient en quelque façon, ains encore celle qui ne luy appartient i>as. Tout au contraire de ce que Gt le glorieux S. Jean, qui no se contenta pas de rejelter la gloire qui ne luy appartenoit pas, ains il rejetta encore celle que tretjustement il pou voit recevoir.

Mais puisque vous n'estes pas le Christ, dirent les Juifs à S. Jean, n'estes-vous pas llelic? Non, dil-il, je ne le suis pas. Certes il pouvoit bien veriUiblement dire qu'il estoit Helie ; car bien qu'il ne le fust pas en personne, il estoit neanlmoins venu en l'esprit et en la vertu d'ilolic , ains que l'ange l'avoit prédit à Zacharie, Jpseprœcedel ante illum in spiritu ei wtut9 Jietiœ : et cela se pou\*oit dire de luy, comme nous disons encore aujourd'huy parmy le monde : Celuy-là a l'esprit d'un tel , il fait ses actions par un tel esprit. Comment est-ce donc que S. Jean estant venu en l'esprit d 'Helie, peut dire avec ve* rite qu'il n'est pas llelie?

Pour comprendre cecy, il faut sçavoîr qu'il estoit escrit en Malachie, qu'avant 1$ venue du Messie, Dieu envoyeroit un grand prophète et un excellent homme, qui se nommeroit Helie, t'cce ego miltam vohii Heliam prophelum, qui viendroit pour enseigner le peuple , et le disposer jioar Cadvenemenl de Nosire - Seigneur. Or S. Jean vil bien que s'il disoit qu'il estdi lielie , on croirait qu'il eeroit le Messie,

POUR LE m« BDUHCHE DE L'ADYENT.

ioarq«oy H dit qu'il ne i'estoit pas , e qu'on ne lui rendisi Thonneiir qui it deu qu*é Nostre-Seigneur. 0 quo ililé de ce sainct fut grande ! il ne rcpas seulement l'honneur qui ne luy pas deu ^ ce qui appartient au prclegré d'humilité, do ne point recherrestre tenu et estimé pour œ qu'on ms; mais ce glorieux sainct passant » plus outre en la practique de cette , il refuse mesme Thonneur qui luy a y et voyant une façon de parler, en le, sans faire tort à la vérité, il pouissimuler et nier ce qu'il estoit, il le nptement sans disputer, ny se serbeaucoup de discours , ainsi que je naintenant.

Juifs donc entendant cette seconde DTï, le rechargeront d'une troisiesme de, et luy dirent : Si vous n'estes Christ ny Heiie, vous estes pour le quelque grand prophète; car vos s en font foy et nous en donnent des » certaines. Mais co grand sainct rant ferme en son humilité, leur I ne suis pas prophète.

iment est-ce , dira-t-on , que S. Jean t faire cetto troisiesme négation erité , luy qui estoit non seulement île , mais plus que prophète , Nosignenr l'ayant dit de sa propre bou- IX Juifs, lorsqu'il leur demanda co estoient allez voir au désert, Sed xiêlis videre? Prophetam, etiam ^oàis , ei plus quam prophetam, ent donc ose-t'il dire qu'il n'est pas île , veu qu'il sçavoit bien que son iacharie, poussé du Sainct- Ë^^prit, prédit de luy en son cantique : £t fr, propheta Attissimi tocaberis?

tous les anciens |>eres admirant les egations de ce glorieux sainct, s'esit grandement de cette dernière , et que ce fut en icello qu'il alla aux nitez de l'humilité, j, pour mieux entendre cela, il faut r qu'il esloit encore promis en la loy pie juif, qu'il leur seroit envoyé un proptiele. Je leur susciteray , dit Moyse , un prophète comme toy du de leurs frères, Prophetam sntti- (#, de medio fratrum suorum, simiii. Orjesçiiis bien qu'i^ y avoit di- OfMions là -dessus, àsçavoirqui

seroit ce grand prophète : mais la plus commune estoit que ee grand prophète n'estoit autre que le Fils de Dieu. S. Jean voyant donc que les Juifs ne luy demandoient pas seulement s'il estoit un simple prophète, il jugea bien par leur demande que s*il confessoit d'estre prophète, ils le prendroient pour le Messie ; c'est pourquoy il leurdttqu'il n'estoitpas prophète, voyant que sans contrevenir à la vérité il poûvoit parler ainsi.

Voilà comme S. Jean surmonta cette tentation d'orgueil et d'ambition, etcomme l'humilité luy donna des inventions adrairâbles, pour ne point admettre ny recevoir l'honneur qu'on luy vouloit rendre, et comme il dissimula humblement et nia d'estre ce qu'il estoit; car il n'y a point de doute qu'il ne fust Helie et prophète , et mesme plus que prophète. Mais voyant que s'il confessoit d'estre prophète on luy rendroit l'honneur qui ne devoit estre déféré qu'à Dieu seul, il dit franchement qu'il ne I'estoit pas : et il n'y a point de doute qu'on peut quelquefois parler avec cette prudente feintise et dissimulation , q<iand la gloire de Dieu le requiert. Tous les théologiens sont d'accord sur ce subjet : mais plusieurs n'ayant pas bien compris cela, s'en sont fort mal servis, et n'ont point pensé mentir, en disant beaucoup de choses fort esioignécsde la vérité, se couvrant de quelque bon prétexte : et mesme il y en a eu qui sont arrivez jusques-là, que de croire qu'ils pouvoient dire des mensonges, quand il s'agissoit de la gloire de Dieu. Mais quel aveuglement, comme si Dieu pouvoit estre glorifié par le péché : ô non, certes, c'est une ignorance insupportable que de croire cela. Voyez que le glorieux S. Jean n'en a pas fait ainsi ; car il pouvoit avec vérité faire la rasponse qu'il lit , comme je vous ay fait voir.

Or ces ambassadeurs, tous estonnez de ces responses, luy dirent : Si vous n'estes ny le Christ, ny ildie, ny prophète, pourquoy esi-co donc que vous baptisez, Çuiu ergo baptizas^ si tu non es Christus, naque Jlelias j neque propheta? Pourquoy est-ce que vous avez des disciples, et quo vous faites des œuvres si mervcilleusi*sf 0 certes vous avez beau vous cacher, \Qê oeuvres nous font bien voir que vous estes qaelque ^nd personnage : c'eitpourquoy

SERMON

nous TOUS prions de nous dire qui vous estes, afin que nous le disions à ceux qui nous ont envoyez vers vous, Ut respon- 4um demus his qui miseruni nos. Ces ambassadeurs perdent quasi patience par riiuDiiiité de S. Jean , mais il confessa et ne nia pas , dit l*evangcliste, qu'il n*estoit ny le Christ, ny Helie, ny prophète. Or ces paroi les , quoique sucx^inctes, sont inerveillcusement bien expliquées par uno phrase hébraïque : cette langue est admirable; elle est toute divine; etc*est de cette langue que Nostrc-Seigneur parloit quand il estoit en ce monde, et selon Topinion de quelques docteurs, c'est celle que les bienheureux parleront là -haut au ciel. Les phrases hébraïques ont toujours une merveilleuse grâce en tout ce qu'elles expliquent. Il confessa donc et ne le nia pas : ces deux mots n'ont qu'une mesme signification ; car confesser uno chose, c'est ne la pas nier, et ne la pas nier, c'est la confesser.

Mais puisqu'il vient à mon propos , je dirav un mot de la confession. Il arrive souvent que plusieurs confessent leurs péchez et les nient. Que veut dire cela? sinon que plusieurs se vont confesser de leurs défauts ; mais en telle sorte, qu'en s'accusant ils s'excusent, disant des paroiles pour faire voirqu'ilsonteu raison de commettre les fautes desquelles ils s'accusent : et non seulement ils s'excusent en s'accusant, nsais encore ils accusent les autres. Je me suis mis en cholere (dira quelqu'un) et j'ay fait telle chose ensuite, mais j'en avois biensubjet, l'on m'avoit fait ou dit telle chose ; c'esloit pour une telle occasion. Or ne voyez-vous pas qu'en confessant ainsi voslre faute, vous la niez? dites donc simplement : Je m'accuse que par malice, par mon impatience ou mauvais naturel, ou en suite de mes passions et inclinations mal mortifiées , j'ay fait telles et telles fautes. Un autre dira : j'ay mesdit d'autruy ; mais c'a esté en des choses qui estoicnt toutes claires et manifestes, je ne suis pas seul qui ay fait cette médisance ; et ainsi nous nions d'estre coupables des fautes dont nous nous accusons. 0 certes il ne faut pas faire cela, ains il se faut accuser clairement et nettement, sans mettre nos fautes sur les autres, advoiiantque nous sommes Tray«ment coupables , sans nous mettra i

en peine de ce que Ton pensera on dira. Je suis un misérable pécheur, devons-nmiB dire, et je ne veux pas estre terni ponr au* tre que je suis, suivant l'exemple du glorieuxS. Jean, lequel a confessé et n'a point nié qu'il n'estoit pas si grand qu'on Teslimoit : sans se soucier de ce que l'on diroit ou penseroitde luy, ilestallédroictement devant Dieu, et n'a point fait comme ceux qui vont et ne vont pas. Vous trouverez des personnes auxquelles on dira : Il faut faire cela, il faut aller là ; mais avant que défaire ou aller au lieu qui leur est ma^ que, elles feront mille retours et regards, et la moindre petite difficulté leur fait pe^ dre courage et les arreste en chemin.

Certes on peut dire que telles personnes vont et ne vont pas, qu'elles veulent et ne veulent pas.

Ces ambassadeurs veulent doncsçavoir qui est S. Jean, afin de le dire à ceux qui les ont envoyez ; mais il demeure tousjours dans le sentiment de sa petitesse et de son néant, et se voyant enfin pressé de respondre, il ne leur dit autre chose sinon: Je suis la voix de celui qui cric au désert: Aplanissez le chemin du Seigneur : Fox clamaniis in deserto : Parafe viam Oth mini. Mais voyez, je vous prie, la parfaicte humilité de ce glorieux sainct , comme il va toujours s'approfondissant dans son néant, descendant tousjours un degré plus bas en humilité. 0 noble vertu d'humilité, tant nécessaire à l'homme en cette vie mortelle ! Ce n'est pas sans raison que l'on dit qu'elle est la base et le fondement de toutes les vertus, car sans elle il n'y a pas de vraye vertu, et bien qu'elle ne soit pas la première (la charité et l'amour de Dieu la surpassent en dignité et excellence) , a est-ce neantmoins que la charité a une telle convenance et sympathie avec l'iiumilité, qu'elles ne vont jamais l'une sans l'autre. Et parce qu'il vient à mon subjet, je vous diray à ce propos un beau traict que j'ay lu avec plaisir dans la vie des Pères du désert, nouvellement imprimée.

L'auteur qui les a recueillis aussi curieusement que soigneusement, rapporte que ^)lusieurs de ces saincts Pères s'estant un jour rassemblez pour faire une conférence spirituelle sur les vertus, 1 un d'eux ioiioit l'obeyssance; un autre Ioiioit la charité, un autre la patience; mais l'un de ces Perea

POUR LE lll« DIWANCEIE DE L'ADVENT.

df ce que tous disoieni à la lotiange us: El moy, dit-il, il me semble milité est la première de toutes, et ecessaire, el fit celte com()araison, t fort bien à mon propos : L*humi- •il, et la charité vont ensemble, >• Jean-Bapliste et Noslre-Seigneur, . que riiumilité précède la charité, ). Jean a précédé Nostre-Seigneur:

6 qui prépare les chemins , c'est K qui crie : Aplanissez le chemin leur. Et to'it ainsi que S. Jeanest venu devant Nostre-Seigoeur, eparer le peuple à le recevoir , it-il que rhumililé vienne préparer rs , pour par après y recevoir la car elle ne pourra jamais demeurer cœur, que Thumilité no luy ait emcnt préparé le logis.

thoine fut un jour ravy en extase , le il fut revenu à sov , ses bons reuy demandèrent ce qu'il avoit veu.

; chers enfans, j'ay veu, leur dit-il, c tout rempli de filets propres à 1 seulement chopper , mais encore lourdement les hommes dans de I précipices. De quoy tous estonluy dirent : Et si tout le monde est le filets, qui est-ce qui en pourra pr! Il leur respondit : Ceux-là seu- [ui seront humbles. En quoy nous 'X)moien l'humilité est requise pour s tentations, et eschapper de tom- \ les filets du diable.

n avoit celle vertu à un degré de ide perfection. Vous me demandez, X Juifs, pourquoy je baptize? Je respondil-il , avec de 1 eau , Bgo in aqua. Mais il y en a un permy quel vous ne connoissez pas , qui ir après moy, et qui est fait devant quel je ne suis pas digne de dessouliers , qui vous baptisera au Isprit, Ipxe vos baptizabit in Spincto (4). Toutes-fois puisque vous ^voir qui je suis , je vous dy que s rien qu'une voix, comme s'il eust ire : 0 pauvres gens 1 vous estes mpéz, vous pensez que je sois le parce que je ne suis pas vestu es autres hommes, mon vestement tissu que de poil de chameau , et ne mange point de viande oy de

pain , et ne me nourris que de miel stni»

vage et de sauterelles, que je ne bois point de vin, et n'ay point de maison , ains que j'habite dans ce désert avec les l>este8, et suis sur le rivage du fleuve Jourdain, baptizant et preschani la penile-ice ; et pour cela vous croyez que je suis (a Alessie, ou quelque grand personnage : or je vousdy que je ne suis rien de tout ce que vous pensez, et que je ne suis seulement que la voix de celuy qui crie au désert ' Aplanissez le chemin du Seigneur, Ego vox clamantis indeterto : DirigiteviamDo mini.

Mais comment S. Jean se pouvoil-il humilier et abaisser davantage, que de dire qu'il n*estoit qu'une voix; car la voix n'est rien qu'une fumée, qu'une exhalaison et qu'un son qui se dissipe en l'air, en faisant quelque peu de bruit. Vous croyez, vouloit-il dire aux Juifs , que je sois le Messie, et moi je vous dy en un mot que je ne le suis pas , et que je suis moins qu'homme , car je ne suis qu'une simple voix sans substance, qui se dissipe et se perd en un moment ; si vous allez dans ce désert parmy ces rochers, vous y trouverez des eschos, et si vous parlez ils vous res* pondront, d'autant que vostre voix outrant dans des concavilez de la terre , et frappant ces corps propres à retentir , il s'y forme une espèce de parolle semblable à la vostre, qui n*est autre chose qu'un son et réflexion de voix. Or dites-moy, je vous prie , qui est-ce d'entre vous qui estime que l'escho soit un homme, à cause qu'il luy respond ? l'on sçayt bien que l'escho n*est rien qu'un son ou retentissement de vo'x ' or c'est ce que je suis et rien davau' ta^e, disoit ce sainct.

Vous voyiez donc comme le glorieux S. Jean se comparant à la voix, s'est hu milié jusqu'au centre du néant. Mais à mesure qu'il s'abaisse, Dieu l'exalte , et dit tout haut de luy qu'il est prophète et plus que prophète; car il l'appelle ange, disant : Voici que j'envoie mon ange (lovant ta face, pour préparer ta voye, £cce ego mitto angelum metimavle faeiem tuam^ qui prœparabit viam iuam ante te.

Certes c'est de tout temps que la divine sapience a regardé de bon œil les humbles, qu'elle a humilié et abaissé ceux qui s'eial* tent , et exalté ceux qui s'humilient , ainsi

Mr

SERMON

qu6 lo cbaate nostre glorieuse Haistreiee Kotrlro-Dame en son sacré cantique : Deposuit potenteê de sede, et exallavit hu^ miles. Ceux qui 8*exaltent seront humiliez, ceux qui veulent mettre leur siège sur les nues seront abaissez , et les pauvres qui s'abaissent et s*humilient seront exaltez; car Dieu, qui ayme les humbles , se com^ muniquera à eux, et leur donnera son esprit, par lequel ils opéreront de grandes choses.

En somme S. Jean est proposé par nostre divin Sauveur à toutes sortes de personnes

pour estre imité et leur servir â*eteiii|ih, et il ne doit pas estre seulement considéré des prélats et des prédicateurs , mais eti* core des religieux et religieuses , qui doivent spécialement imiter son humilité et mortification, et qui à son exemple doivent estre des voix les uns parmy les autres, criant que l'on prépare les voyes, et qu'on aplanisse les chemins du Sauveur, à ce que rayant receu en cette vie, nous jouyssioas après icelle éternellement de luy en 4*aih tre , où nous conduise le Père , le Fiis 6l I le Sainct-Esprit. Amen.

sa

SERMON

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