DE LA MANIÈRE DE TRAITER LES MTSTÈRBS
Quand on prêche une histoire , on se peut servir de l'une de ces méthodes.
Première manière,
40 Considérer combien de personnages il y a en l'histoire que vous voulez prêcher, puis de chacun tirer quelque considération.
Exemple. En la résurrection je vois leg Maries, les anges, les gardes du sépulcre ,. et notre doux Sauveur. Es Maries j'y vois la ferveur et diligence, es un^es la joie et
(i) Le pain desan;;c$.
(::; L'Iiurome a mangé le pain de» entres.
(3) Celai qui s'élève sera liuuilié. Luc, c. xit, r. Il,
DE LA 1>RÉD1C\T10N.
jubilation en lourd habits blancs et en lumière , es gardes je vois la foiblesse des hommes qui entreprennent contre Dieu; en Jésus, je vois la gloire , le triomphe de la mort, Tespérance de notre résurrection.
Seconde manière.
î» On peut prendre en un mystère le loint principal , comme en Texemple prélédent la résurrection; puis considérer ce qui a précédé ce point-là, et ce qui s'en est ensuivi.
La résurrection est précédée de la mort, de la descente aux enfers, de la délivrance des pères qui étoient au sein d'Abraham, de la crainte des Juifs qu'on ne dérobe le corps , la résurrection en corps bienheureux et glorieux : ce qui s'ensuit , c'est le tremble-terre , la venue et apparition des anges ; la recherche des dames, la réponse des anges ; et en toutes ces parties il y a merveilles à dire, et par bon ordre.
Troisième manière.
3* On peut en tous mystères considérer ces points; qui? pourquoi? comment?
Qui re5Suscite?Notre-Seigneur. Pourquoi?
pour sa gloire, et pour notre bien. Comment? glorieux, immortel, etc. Qui est né? le Sauveur. Pourquoi? pour nous sauver.
Comment? pauvrement, nu, froid, en une étable, et petit enfant.
Quatrième manière,
i* Après avoir proposé par une petite paraphrase l'histoire, on peut quelquefois en tirer trois ou quatre considérations.
La première, qu'est-ce qu'il en faut apprendre pour édiBer notre foi ; la seconde, pour accroître notre espérance ; la troisième , pour enflammer notre charité ; la quatrième, pour imiter et exécuter.
En l'exemple de la résurrection, pour la foi, nous voyons la toute-puissance de DieUf un corps passer au travers de la pierre, être devenu immortel , impassible et tout spiritualisé. Combien est-ce que nous devons être fermes à croire qu'au saint-sacrement ce mémo corps n'occui)o point de place , ne peut être oQcnsé par lu fraction des espèces , et qu'il y est en unefaron spirituelle , quoique réelle 1 Pour i'eàpc.'-uncu , si Jésuà-Chrisl est ressuscité ,
nous ressusciterons , dit S. Paul , il nous a frayé le chemin (^).
Pour la charité, tout ressuscité qu'il est, il converse néanmoins encore en terre pour instruire l'Église, et retarde de prendre possession du ciel , lieu propre des corps ressuscites, pour notre bien. 0 quel amour ! Pour rimitation , il est ressuscité le troisième jour. 0 Dieu 1 que ne ressuscitons* nous par la contrition, confession et satisfaction 1 11 force la pierre , vainquons tou« tes difficultés.
aruclb m.
COMMENT IL FAUT PBÉCHEE SUR UN TBXTl OU UNS MAXIME DE L'ÉCaiTUEE SAINTB.
Première manière.
Quand vous voulez prêcher une sentencei il faut considérer à quelle vertu elle se rapporte, comme par exemple : Quisehumi' liât j exaltabitur (2); voilà le sujet de l'humilité bien clair.
Mais il y a d'autres sentences où le sujet n*est pas si découvert, comme : Quomodo hue intrasli , non habens venlem nuptialem (3) ? Voilà la charité ; mais vous la voyez couverte d'une robe, car la robe nuptiale, c'est la charité.
Ainsi doncques ayant dérouvert , en la sentence que vous voulez manier , la vertu à laquelle elle vise , vous pourrez réduire votre sermon en méthode ; considérant en quoi gît la vertu, les vraies marquesd'icclle, ses effets , et le moyen de l'acquérir ou exercer , qui a toujours été ma méthode ; et j'ai été consolé d'avoir rencontré le livre du père Rossignol, jésuite, conforme à cette méthode. Ce livre est intitulé, De actionibus virtutum, imprimé à Venise. Il voua sera fort utile.
Seconde manière.
Il y a une autre méthode, montrant combien c^tte vertu dont il s'agit est honorable, utile, délectable ou plaisante, qui sont les trois biens qui se peuvent désirer.
Troisième manière.
Encore peut-on traiter autrement; c'est
(1) II.Co«. IT. 14.
(1) Celai qai s'Iiomllto tvn éleré. Lou, c. xiv, v. 1 1.
(3) CoraiDenl 4tos-Tou« entré ici Mot aroir la robe nuy
U«lef 3iATTB. c. XXU, T. tl.
à savoir des biens que cette vertu donne ; eliiei maux quo le vice opposé up^Kirlej toais la première est la plua utile.
Quand on traite un Évangile où il y a plusieurs sentences, il Taut rej^arder celles •Dr lesquelles on se veut arrêter , voir de quelles vertus elles traitent, et en dire succinctement selon se que j'ai dit d'uno seule sentenco, et les autres les parcourir et panpbraser.
Uais cette façon de p"i5er sur tout un Ëvangilesentenlieuxest moinsfructueuse; d'autant que le prédicateur, no pouvant s'arréier que fort peu sur chacune sentence, ne peut les bien démêler , ni inculquer i l'auditeur ce qu'il désire.
ARTICLE V
IliTHODBa POCB LKS ÉUM1E8 DBS UIKTB.
On peut également procéder pardivertiee
voiesdansleï éloges des tiBints.
Première manière.
Quand oa truite de la vie d'un saint , la métbode e«t diverse. Celle que j'ai tenue en l'oraison Tunèbre de H. de Mercœur est bonne, parc<^ qu'elle est de S. Paul : Ul fié erga Oeutn, tobrié erga leipsum , fusti erga froœimum vixerit (4). Il faut rapporter les pièces de la vie du saint riiecune à son rang, ou bien considérer ce qu'il fit , ageniio, qui sont ses vertus, patiendo, ses souiïrancea, soit de mar> lyre ou de mortificaiion , oranio, ses miracles.
Seconde manière.
Ou bien de ccnsidérer comme il a combattu le diable, le monde, la chair, la superbe, l'avarice, la concupiscence, qui est la division de S. Jean. Omne, dil-il, quod est in mundo, aut est concupiieentia car{ii«,etc, (2).
Troisième manière. Ou bien comme je fis à Fonteynes. sur S. Bernard : comme il faut honorer Disu en son saint, et le saint en Dieu; coiruke il faut servir Dieu à l'imitation de son saint; comme il le faut prier pnr l'intercession de son saint; et ains' ellleurci' la vie du saint dont on parle, ât mettre chaque cbose en son lieu.
ARTICLE VI
Voilà bien assez de mëthodee pour corn-
mencer; car après un peu d'exercice, vous en ferez d'autres qui vous seront propres et meilleures. Il me reste à dire, pour la méthode, que je metlrois volontiers les passages de l'Ecriture les premiers, les raisons les secondes, les similitudes les troisièmes, et les quatrièmes les exemples, s'ils sont sacrés, car s'ils sont profanes, ils ne sont pas propres à fermer un discours ; il faut que le discours sacré soit leraiint^ par une chose sacrée.
ARTICLE Vil.
QVE LE UOHMBNCBIISNT 7) SEBHON DOfT lASTBUIRE , ET LA PIN TOQCHEB L'aD- OITECa.
Item , la méthode veut que le commencement du sermon jusqu'au milieu enseigne l'auditeur, et que depuis le milieu jusqu'à la fin il l'émouve. C'est pourquoi les discours affectifs doivent être logés
ARTICLE VUI
Mais après tout ceci il faut que je vous dise comme il faut remplir les points de votre sermon , et voici comment. Pur exemple, vous voulez traiter de la vertu d'humilité, et vous avez disposé vos points en cette sorte :
4* En quoi gît cette vertu ; S» ses mnrques; 3* ses effets; i* moyen do l'ac-
Voilà votre 'disposition. Pour remplir chaque point de cooceptiou , voua cttsr>
DE LA PRl.DICATION.
cherfzen la tabii; cieâ auteurs li> mol hit- ' Bu7t(af, AumiVû, tuperbia, fuperbut, 1 et Terrez ce qu'ils en disent ; et trouvant | les descriplions, ou dëfioilions, vous les i mettrez sous te titre, en quoi glt celte TertD , et lâcherez de bien éclaircir ce point , montrant en quoi glt le vice contraire.
Pour remplir le second point , vous vei^ rez humifilat fictam la table, AumtJi«M inditereia , et semblables ; et par là vous montrerez la difTérence entre la fausse bU" milité et la vraie. S'il y ades exejiiples de l'une et de l'autre, vous les i) p porterez ; et ainsi des autres deux points, /niellignUi pauca {*).
ARTICLE IX
Les auteurs où ces matières se trouvent ■ont 5. Thomas, S. Antonin. Guillolmus q>iscopusLugdiinensisin Svmma de virtulibui et vitiit, Summa pradicanthm Phitippi Diez, et tous les sermons, Osorius, tirenade en ses œuvras spirituels, Uyluiet «D ses sermons, Stella in Lucam , Salme- K)D et Baradas jésuites sur les Évangiles. S, Grégoire eniro les anciens excelle, et S.ChrysoatomeavecS Bernard,
Hais il faut que je die mon opinion. Entre tous ceux qui ont écrit des sermons, Diez m'agrée înGniment : il va à la bonne foi, il a l'esprit de prédication, il Jnculi|uc bien , explique bien les passages, fait de belles allégories et similitudes, et des hypotïposps nerveuses, prend l'occasioa de dire admirablement , et est fort dévot et clair, il lui manque ce qui est en Osorius, qui l'st l'ordre el la métltode; car il n'en tien! point. Mais il me semble qu'il se le faut rendre familier au commencement.
O que je dis, non pour m'en être fort servi , car je ne l'ai vu qu'iiprès beaucoup ôe temps, mais parce quis je le connois tel . el me semble que je ne me trompo pda. Il y a un Ëspagriol qui a fiiit un gros livfe qui s'appelle Stlva atUgoriarum , kquei c^t tres-utile à qui le sait bien manier, comme aussi les Concordances de Be- Dcdicli. Voilà , ce me semble, le principjd
CE qu'il faut ÉvrrER ht pbatiqiibii ek aàniRkL.
Cest ici , monsieur, où je désire plus do créance qu'ailleurs, parce que je no suis pas de l'opinion commune, et que néanmoins ce que je dis est la véritt; même.
La forme, dit le Philosophe (<), donne l'être et l'ame à la chose. Dites merveilles, mais ne les dites pas bien, ce n'est rien : dites peu el dites bien , c'est beaucoup. Comme donc faut-il dire en la prédication? 1 ° Il se faut garder des quanquam (3) el longues périodes des pédants, de leurs gestes, de leurs mines et de leurs mouvements : tout cela est la peste de la prédication.
2" Mais pour l'avoir, que faul-îl faire? Hn un mol , il faut parler affectionnénient et dévotement , simplement el candidement, et avec conBance; être bien épi is delà doctrine qu'on enseigne, et de ce que l'on persuade. Le souverain artifice est de n'avoir point d'ariiOce. Il faut que nos paroles soient enQauimées, non |)ar des cris et actions démesurés, mais par t'afTcction intérieure; il faut qu'elles sortent du cœur, plus que de la bouche. On a beau dire; mais le cœur parle au cœur, el lu langue ne parle qu'aux oreilles.
ARTICLE U
DBS OUALrrÉS DB l' ACTION EN PARTICULI El
l" J'ai dit qu'il faut une action libre, contre une certaine action contraire et étudiée des pédants.
2" J'ai dit noble, contre l'action rustique de quelques-uns , qui font profi^ssion de battre des poings, des pieds, de l'estomac contre la chaire : ils crient et font tics hurlements étranges, el souvent hors do
ol m iliiilla M «al» lani» p*il«la sa M
TRAITÉ
ont une action craintive, comme s'ils par- ' loient à leurs pères, et non pas à leurs disciples et enfants.
i° J'ai dit naïve; contre tout artifice et affectation.
5" J'ai dit forte ; contre certaine action morte, molle et sans efficace.
6<» J'ai dit sainte ; pour forclorre les mugiiettes, les courtisanes et mondaines.
7* J*ai dit grave ; contre certains qui font tant de bonnetades à l'auditoire, tant de révérences, et puis tant de petites charlataneries , montrant leurs mains , leurs tfurplis , et faisant tels autres mouvements indécents.
8® J'ai dit un peu lente; pour forclorre une certaine action courte et retroussée, qui amuse plus les yeux qu'elle ne bat au cœur.
9* Je dis de même du langage , qui doit être clair, net et naïf , sans ostentation de mots grecs, hébreux, nouveaux et oourtisans.
ARTICLE m.
DB LÀ QUALrrÉ DU 8ITLS BT DB LA COMPO- SITION.
La tissure doit être naturelle , sans préface, sans agencement. J'approuve que l'on die premièrement au premier point, secondement au second, afin que le peuple voie l'ordre.
ARTiaE IV.
BàcULBS A OBSERVER SUR LES C0MPLIMBKIT8 RT LA FLATTERIE.
Il me semble que nul , mais surtout les évéques, ne doivent user de flatterie envers les assistants , fussent-ils rois , princes et papes.
Il y a bien certains traits propres à s'acquérir la bienveillance, dont on peut user parlant la première fois à son peuple. Je suis bien d'avis qu'on témoigne le désir qu'on a de son bien , qu'on commence par des salutations et bénédictions , par des souhaits de le pouvoir bien aider au salut ; de même à sa patrie ; mais cela brièvement, cordialement et sans paroles attifées.
Nos anciens Pères , ot tous ceux qui ont fait du fruit, so sont abstenus de tout fatras et jolivetés mondaines. lis parlent cœur à cœur, esprit à esprit, comme les bons pères aux enfants.
Les ordinaires appellations doivent être, mes frères , mon peuple (si c'est le vôtre) , mon cher peuple, chrétiens auditeurs.
ARTICLE V
DB LA nN DU SBRMON, DB LA PÉRORAISON*, ET DBS EXCLAMATIONS.
L'évéque doit donner à la fin la bénédiction le bonnet en téta, et, icelle achevée, saluer le peuple.
On doit finir par des paroles courtes , plus animées et vigoureuses. J'approuve le plus souvent la récollection ou récapitulation, après laquelle on dit quatre ou cinq mots de ferveur , par manière d'oraisoii oa d'imprécation.
11 est bon d'avoir certaines exclamations familières , judicieusement prononcées et employées, comme, 6 Dieu ! bonté de Dieu I ô bon Dieu ! Seigneur Dieu 1 vrai Dieu 1 eh I hélas I ah 1 mon Dieu I
ARTICLE VI
RESPECT QUE L*ON DOIT AVOIR POUR LA PA- ROLE DE DIEU ; COMMENT ON DOTT SB PRÉ- PARER A LA PRÉDICATION.
Pour la préparation au sermon , j'approuve qu'elle se fasse dès le soir, et que le matin on médite pour soi ce que l'on veut dire aux autres. La préparation faite auprès du saint-sacrement a grande force, dit Grenade, et je le crois.
ARTICLE Vn.
GOMMENT ILPAUTMÉNAGBR l'AUDITBUR.
J'aime la prédication qui ressent plus l'amour du prochain que l'indignation, voire même des huguenots, qu'il faut traiter avec grande compassion , non pas les flattant, mais les déplorant.
Il est toujours mieux que la prédication soit courte que longue ; en quoi j'ai failli jusqu'à présent que je m'amende. Pourvu qu'elle dure une demi-heure , elle ne peut être trop courte.
Il ne faut point témoigner de mécontentement s'il est possible; mais au moins point de colère, comme je le fis le jour do Notre-Dame, quand on sonnu avant que
) j'eusse achevé. Ce fut une faute sans doute
) avec plusieurs autres.
DE LA PRÉDICATION
Je n*aime point les plaisanteries et les sobriquets : ce n*est pas le lieu.
ARTICLE Vm.