AU SERVICE DE DIEU
Beee nvue heneditite Dominum omnet servi Domini. Psal. cxxxnt. MainienaDl benissex le Seigneur, 6 vous lous qui estes ses serviteurr.
Celoy que vous estes venus adorer en ee lieu , à sçavoir Jesus-Christ vostre Seigneur et le mien , vous fasse la miséricorde
de si bien faire ce pourquoi vous y eêtes venus , que vous receviez abondamment grâce, paix et bénédiction de M pvi, «t
AU StRTKX DE IHEU.
Itty tdiit hityhnéuf et gloire de la vosti^ ixmr J&mBîs. En quoy afin de vous y ayder, seton ttion petit pouvoir, et vous donner qtielques inâtructions poiir vous fcu're bénir Dieu , je vous ay apporté les parollcs de David : Ecce ntinc benedicile Dominum , Bénissez maintenant le Soi^nf'iur , nsseuré i|ue je suis que si vous le bénissez bien , il vous bénira de ses bénédictions inestimables.
Premièrement, souvenez-vous, mesfre-
TC6, devant toutes choses , que celuy en
la présence duquel vous estes, est vostre
telurel , absolu et souverain Seigneur ; car
tfésl à luy à qui appartient la terre et tout
caqui est en la terre; il est voslre Sei-
^ur et Maistre , parce que c'est luy qui
^us a faits et formez, il ify a point de
(lus juste tiltre pour posséder quelque
chose que de l'avoir faite. C'est ainsi que
tivent les ouvriers , et que les peros et
aifcres demandent obeyssance à leurs cn-
fMiB , ^t les appellent leurs : cl ncantmoins
te père et la mère ne font pas du toiit les
enfans, car Tame n'est pas de leur facture,
ay les ouvriers ne font pas entièrement ce
ifûlls font; car si le drapier fait le drap,
K wdfait pas la laine : mais Dieu cstccluy-
II qui a fait nostre amc et nostre corps ,
CÉ^ tout ce qui est est œuvre do ses mains.
0 combien donc est-il véritable que nous
nmmes à Dieu « et quMl est Nostre-Sei-
fineur et nostre Maistre , puisque tout ce
X^\ est en nous , il Ta fait , c'est hiy qui en
lit l'ouvrier. Ipsius est mare et ipsefecit
ifad, La mer est à luy, et c'est luy qui l'a
faite , dit David , comme s*il voiiloil dire :
La mer est à luy , pource qu'il Ta faite,
W non -seulement nous sommes à luy, et
Uest Nostre Seigneur , pource qu'il nous a
(iroduits, mais encore pource qu'il nous
a racheptez bien chèrement , et infiniment
yfm que nous ne vallons. Le diable nous
Ivoit osté à nostre naturel Seigneur , et
encore qu'il n'eust nul droit sur nous , si
eil-ce que Nostre-Seigneur nous achepta ,
M rachepla ce qui estoit sien , afin de nous
bire plus siens , si plus siens nous pou-
Tionseslre. S. Paul dit : Empli enim estis
jftrtio magno , Vous estes racheptez d'un
grand prix , et quel prix ? Redemit vos in
utnguine agni, 11 nous a racheptez par
le San ^ do l'agneau : Proprio filio non pe-
percii , sedpro omnibus tradidit illum,
n n*a point pat^nné â Mh pr6t)fe fila, mais l'a livré à la mort pour nous tous j Mepro wtp ûeheo étpro M à debeo. Donc je me dois donner moy-mcsmo pour moymesme.
La moindre goutte du sang de Nostre- Seigneur valloit infiniment plus que nous, et neantmoins afin de nous rendre plus siens, il le voulut tout donner. C'est {)Ourquoy David dit que sa rédemption a esté tres-abondante , Copio$a apud eum redemptio ; dont par la bouche d'Isaye, Nostre-Seigneur dit : Je t'ay rachepté , et l'ay nommé par ton nom , tu es à moy , Redemi te , et vocavi te nominetuo , meus es tu. Et S. Bernard va confessant: Seigneur, vous avez tout fait et refait pour vous , et qui rie veu t estre à vous et pour vous, il commence d'eslre un rien parmy toutes choses. Adjouslez que vous vous estes donnez à Nostre-Seigneur au baptesme ; si qu'on peut bien dire que vous estes à luy : Sicut jurastU Domino ^votumvovistis Deo Jacob, Ainsi que vous luy avez promis et voilé. Cestc-cy est la première considération et fondamentale que je propose.
De cette considération faut tirer deux conclusions. Premièrement, que si vous estes devant Nostre-Seigneur par tant de raisons , vous y devez estre en toute révérence et humilité; considérant qui; tout ce que vous avez vous le tenez de luy, et pensant que vous luy devez autant d'honneur comme il v a de distance dil h'en à l'infini té : et d'autant plus devez- vous estre humbles , qu'estant ses laillabtcs à miséricorde , vous l'avez si souvent offensé, dont vous devez avoir si grande confusion , que par humilité vous vous abaissiez jusques au néant dans lequel vous estiez dans le non-cstro , sans nulle vertu et nulle qualité avant que Dieu vous tirast do ce misérable estât oh vous estiez , pour voUs donner l'cstre afin que vous fussiez ses serviteurs. Si donc estant devant Nostre- Seigneur, en reconnoissancc que vous estes ses subjects et serviteurs , vous vous baissez et inclinez le corps jusques en terre , de laquelle vous avez esté tirez , baissez vos âmes par humilité devant vostre Dieu, jusques aU néant duquel vous estes sortis.
L'autre conclusion qu'il faut tirer, c'est qu'estant descendus jusques ieiu néant , re^
montaDt à l'eslre que Dieu nous a donné , et considérant de poinct en poinct combien nous sommes dependans de luy, et combien nous sommes obli^^ez à le servir , il nous faut faire une exclamation à noslre ame : Nonne Deo subjeeta eris anima mea ?
0 mon ame , ne seras-tu pas subjecte à Dieu? comment , si Dieu m'a créée , et non seulement créée, mais racheptée' d'entre les mains d*un si cruel et barbare tyran avec son sang; sy je luy ay voué et preste fidélité, qui me séparera jamais de son service? Èscoutez comme David estoit en cette resolution : Quasi jumenlum fœtus sum apud te , et ego semper tecum ; Je suis fait comme un cheval envers vous , et
mORTAHON
a pas dé différence entre aenrir Heu et faire sa volonté. Que si nous voahmt sçavoir comme Dieu est senri an del , èscoutez David : Bien-heureux , dit^l, sont ceux. Seigneur, qui habitent en vostre maison , car ils vous loileront es sirclei des siècles ; Beati qui habitant in liomo tua y Domine , in sœeula sœeulorum laih dabunt te. Là on ne sert plus Dieu en vî* sitant les malades, là on ne visite point les prisonniers , là on ne jeusne plus , là on ne fait plus Taumosne, là on ne rechaufla plus les refroidis , là on ne revest plus les nuds ; pource que Thy ver est passé et s*est retiré, Hyems transiit et reeesêit, (h I n*entcnd autre chose au ciel que ce cliaat
je suis tousjours avec vous ; voulant dire : { d'allégresse , AUeluya , qui est le langage Je vous sers si humblement que je res- | de ce pays ; car on n*y dit autre chose, et
semble à un cheval mené par la bride après vous , ô mon Dieu 1 Et de vray , comme dit S. Paul : Quis plantât vineam et defructu ejus non edit ? Qui est ceiuy qui plante une vigne et ne mange poinct de son fruict? Si Jesus-Christ nous a plantez , n'est-ce pas la raison que nous rapportions tout le service que nous pourrons !
Mais outre tout cela , nous avons une autre raison de servir Dieu , c'est que nous nous servons de toutes les créatures et icelles nousservent volontiers en intention que nous servions Dieu pour elles; car elles ne pouvant pas servir Dieu , lequel estant esprit , ne peut estre servi que par esprit , elles nous servent à cette fin que nous servions Dieu , tant en leur nom qu'au nostre ; de manière qu'encore à raison de cecy , nous sommes obligez à servir Dieu , et ceux qui ne «d serviront pas en recevront un terrible reproche au jour du jugement ; car c'est pour cela qu'il est dit que toute la terre , c'est-à-dire , toutes les créatures s'esleveront contre les pécheurs , Totus orbis pugnabit contra insensatos. Pour toutes ces raisons , il se faut résoudre de servir Dieu fidellement.
De cette resolution il nous faut passer à l'exécution d^icelle , c'est-à-dire , de servir Dieu le mieux qu'il nous sera possible : or est-il qu'entre toutes les façons de servir Dieu , la plus excellente , c'est de le servir autant que nous le pouvons en la façon qu'il est servi en paradis; car c'est luy qui nous enseigne à ùemander que son service soit fait en la terre comme au ciel ; car il n'y
avec une seule parole ils disent tout qu'ils veulent dire. 0 saincte parole 1 laquelle seule exprime tant de grandes ooaceptions. C'est ce service auquel le pn^ phete vous invite à cette heure, disant: Bénissez maintenant le Seigneur, £cc$ nunc benedicite Dominum.
Mais èscoutez comme cela se fait, car vous me pourriez dire : Etquoy , les bienheureux dans le ciel n'ayment-ils pas Dieitf i Aymer , mes frères ; c'est vouloir et désirer du bien , et Ton ne sauroit dire quelle difr rence il y a entre la bienveillance et l'amitié, ne plus ne moins qu'on ne sauroit dite quelle différence il y a entre hayr et voaloir du mal à une personne. Sur quof j'entre en admiration , comme il se peut faire que l'homme ou TangeaymentDieai et comme Dieu s'ayme soy-mesme ; car 9 aymer est désirer du bien à une personnel comment voulez-vous qu'on ayme Dieu i qui on ne sçauroit désirer aucun bien ; cer puisque Dieu est toutes sortes de biens, on no luy sçauroit désirer aucun bien, qu'il ne l'uye plus parfaictement qu'on M luy sçauroit désirer, et si il l'a, pourquof le luy desirera-t-on ? et puis au bout de toul cela , le bien en Dieu est essentiel; de mt* niere que comme ce seroit chose hors de propos de s'amuser à désirer qu'un an»
soit ange ; puisque c'est sa nature d'estre ange , et de désirer que les Mores soient noirs , puisque c'est leur nature : aussi semble-t'il hors de propos de désirer que Dieu aye quelque bien , puisqu'il a tout bien par nature.