‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 130 sur 356 · ORAISON FUN£BRR · texte numérisé non relu

ORAISON FUN£BRR

tes corporelle, dont il avoit lK)rnérusage dans icB ioyK d*un chasto mariage , ot par le devoir que les prince» ont de lais-er çaba« de la ^wàterité ; vertu rare en un siècle si dépravé , en un aa^e si vij^oureux , en un corps si beau el tant accompli , et en la commodilé que la cour et ses appas luy offroient. Pour moy je lions qu'il n'est pas plus difficile qu'un fleuve passe de la mer sans se saler, que par demeurer à la cour sans y apprendre et practtquer des mœurs corrompues : il a pourtant vcscu |>army les tumultes en repos, et au milieu des vices avec de très-grandes vertus.

Ce prince s*est tousjours motislré sobre en la {K)68ession des grandeurs el faveurs immensos dont le ciel Tavoit comblé, et n'en abusa jamais; car sa grande resputiitioA ny d'estre beau-frere du roy, ny la rareté dos grâces qui estolenl en luy, ny tes heureux succès de ses armes et desseins , ne le firent jamais sortir des bornes do la modestie , ny abandonner la bienséance d*une humble gravité, par laquelle il donnoit un accez esgalement facile et gracieux aux petits et aux grands.

Il esloit Sobre eh ses récréations et passe4em))S , qu'il ren oit compatibles et accommodoit aux devoirs de sa charge, le* autres inutiles assemblées luy estant en extresmemcspris. Bi-ef, il ne louchoit la terre que des pieds, comme la perle se conserve pure et nette au fond de la mer , ne sortant jamais de sa coquille que pour recevoir sa nourriiure de la rosée du ciel.

Tellement que le temps qui luy reictoit pour son plaisir, il l'employoil partie à l'oraison , et partie à la lecture des bons livres, au moyen de quoy il s'estoit nrquis Ja connoissance de trois sciences non seulement bien-séantes , mais presque nccessaii-es à la perfection d'un prince chroslien; car il avoit une exacte connoissance et praciique des mathématiques, que lo fameux Bertius luy avoit enseignées (1).

(1) Pierr« Berlioi naquit k Boveren , petit Tilla^e de Flinëm, l« 14 ««fenbrv. «n ll^l, apprit les leilr«« |r«ci|iiM«i UtiBfB eu Aiiflelerrfl . rsfinl dan* le» Hafa. Bi'» »6 perfei'tiiiiiiier. et en»ei|ffi.i ilepuia awr re<|)uta(iun à Leiden et aillrurs. Il \OTfhfiem en Ailemaiiiie.en l^olngne et eu ikiheiM, puu rcviul a Leiueu pru(ei»er pendant vift^t-six aua. (.iiarsé de la blblii>tlièque publique , il la mil daM r«rdrt qû tM «et aujoard'buj. Il Ht tfÉftté

Il avoit autai l'usage de TeloqatMt* alla grâce de bien exprimer ses belles eoncep» tiens , non seulement en cette nostre langue françoise , mais mesme en allemande , ita* tienne et espiignole , es quelles il eatoit plu!« que médiocrement disert : et néant* moins il n'employa jamais son bon dira en choses vaincs , ou , pour mieux dire, il

' ne voulut abuser de ce beau talent que Dieu luy avoit si libéralement desparty; ainail

> remploya à la persuasion des choses uiK les, louables et vertueuses. Et ce quejs prise le plus, il estoit fort instruit en cetlt partie de la théologie morale qui nouseaseigno les règles de bien eslablir la cofr science. Telles occupations estoient ses menus plaisirs. Ahl menus plaisirs, (|W vous estes devenus grands, ayant fait naistre en ce prince le plaisir de l'immtK^ talité.

Or que pouvoit-on attendre d'une tdto modération et tt^mperance qui luy estoit naturelle, Sinon une per[)etuelle volonté de n'offenser personne, et de rendre à cha» cun ce qui luy apiuirtient, qui e.-^t ce que nous appelions ju^lice? Quand Ta-t'on jamais veu maltraiter ou oflen**er personne? ses domestifjues tesmoignent que c'esloit la douceur et pati(»nce mej^me. Quiconque est doux à l'endroictde ses domestiques, Test beaucoup plus envers les autres. Et de fait il n'employa jamais sa colère qu*ctt la guerre, ou pour maintenir le res|)ect et l'honneur qui luy estoient nécessaires pour faire les grands services que le christianisme attondoit de luy; en quoy il imituit les abeilles qui font le miel pouf les amis , et piquent vivement leurs cti* Demis.

Il ne croignoit rien tant que de voir entrer en ses coffres ou des exactions indiies, ou des deniers mal acqtiis , ou l'or du s;mctuaire : a\i contraire il en faisoit sortir beaucoup de bonnes et belles aumoi^ïncs pour le:* [«ouvres , et de grandes liberalitéi pour les autres. II ne s'allribuoil rien di ses richesses , quo la puissance de les dispenser , sçarhanl bien que la lueur de For et celle de Tcspée ne nous doivent nofl plus esbiouir l'une que l'autre.

pnur aroir donné dans les senifmenis d'Armlnlo*. chef aes reuiuiiiraiis, ei (ut obiiKé de aonir d'ilutianJe. il ae nicalbolique a Farls en 16:0, et y muarut e« Itif. afaak esté Roiniué par Louis XUI son «osNittffraylM. Il f«k isterré dana reglbo de» CarotM (

DE PHILIPP£.£infANU£L DE LORRAHIE.

Quant à l*honiieur et le respect , il en Hongrie , sous la conduite et à l'imitation

MIdoitflbfgnétnenléntâ un chacun ce qu*il favoit luy en appartenir , et n'en fai^oît hxirft 6 aucun , pouf peu que ce fust , ny !•• médisance ny par ouirage. Bref, il ren- Ml à TEglfse beaucoup de révérence , au y beaucoup d'hotineur et d'obeyssancc , ton mariage beaucoup de Gdcltlé , et aux i|H*e8 une ouverte et agréable cohver- ItWi , aux moindres une grande douceur debonnaifet^ , à sa famille une grande fectîota • avec une paix et tranquillité adirabie.

Quant â lâ ptelé etivérs noslre bon ÏMeu, lî est le souverain bien de noslre ame , »lOil le rendez- vous de toutes ses pentt et le cenlrede toutes ses imagina lions. ^ toinct autel de la religion il avoit confVê son ame, voué son corps, dédié toute Ibriune , et pouvoil bien dire avec ce Ihd roy ; Deus , dvcuisli me à juven- \Î9 Wiêâ (4). In tè projeclus sum ex *ro (2) ; car «î nous considérons les defâ de la jeunesse , ce n*onl esté que les •ors des fruicts qu*il a fait paroislro en tt plein aagô. La louange d'avoir esté dès rslTes-cbrestiennement esiovéneluyest >ltit parliculeire, mais commune à tous i princes ol princesses ses frères et sœurs; Moins kî5 années de virginité , de maige^èl de viduilé de Louise de Lorraine , PS-Chresli'enrte et tres-pieuso reine de tttce et de Pologne d'heureuse mémoire, froir de la pieté , et idée des princesses ! fiosire nage , de laquelle je vous ay veu, hris, unanimement admirer la religion , itniîité et charité. Tes moin encore le Iresrtùeux cardinal de Vaudemont , la vie i(}uel n*d esté qu*un recueil de toutes les rius qu'on peut désirer en un grand pre- . , auprès duquel je pourrois mettre mon- !ur de Verdun, si la lodange des vivans, or juste qu'elle puisse estre, n*estuit bjclte au soupçon de Tambilion et de la tterie. Tesmoin aussi le comte de Chaliy, lequel ayant consacré le printemps ses plus belles années à la pielé,a peu rta rendu te fruict d^uno Ircs-saincle )n au retour de plu sieurs braves exploits rky exécutés, en la salncle guerre de

I) • 01% HIM . votii ife^am Ihitnili dès aa jmdmm . > us, f , 17.

V « /•! Mi« Mte MiM fst htm •• toriMlév Mia* ' ' . ft fi. tai, il.

de ce sien frère.

Mais la loiinnge d*âvoir si bien nourri ses premières inclinationsà la vertu parmy tant de rencontres et d'occasions, doitestrc fort considérée en ce prince , veu que , Comme nous avons desjà dit, ny la cour, ny la guerre , ennemyes jurées de la dévotion, quoy qu'aydéesdes secretles amorces de la jeunesse , beaulez et commoditez de cet excellent prince , ne purent jamais rien gagner dessus son ame , laquelle fl mainlenoil tonsjours pure parmy tant d'infections. Clmse à la vérité admirable, que Ton ne luy voyoit passer une journée ënng ouyr la saincte messe, si une nécessité extresme ne l'en cmpescboit, sans dire roffico de Nostre-Dame et son chapelet , sans faire l'examen do sa conscience et le soir et le malin , mettant ordre, comme grand capitaine qu'il estoit, aux scnlimcns de son ame , pour la garder de la surprise de ses ennemis.

Mais je leusse bien voulu voir après cette action , quand se représentant la necesité de la mort , il baisoit plusieurs fois la terre , comme rendant hommage à celle, laquelle par après èsocciisions de la guerre il bravoit, mesprisoitetfouloità ses pieds. Ces exercices ordinaires luy servant comme d'une continuelle préparation à la communion , il n'oublioit p.ts aux festes solemnelles de faire une entière revue de toutes ses actions , pour s'esprouver soy-mesme avec une sévérité exlresme , à celle fin de recevoir plus dignement le tres-sainct sacrement de rEucharislie auquel il avoit une dévotion inestimable, se croyant beaucoup plus asseuré de la victoire en guerre quand il rencontroit ou attaquoitles ennemys de l'Eglise; le jcudy, pour estre l'institution do ce sainct sacrifice , ou bien le samedy , jour que nog pères ont destiné à l'honneur de Nostre- Dame.

Je laisse à part les confessions et communions qu'il faisoit allant à la guerre , puisque ceux qui s'exposent au danger du trespas sont obligez de se confesser et met tre en bon estait, s'ils ne veulent que la mort temporelle soit suivie de l'etL-rnella Au surplus il vouloit que les cl^osps sacrées, et particiilierument les parpllesde la saincte fieonUvet faw«> «tauMi ee

ORAISON FUIftBRE

respect et dévotion , et ne s'offenscit jamais tant que quand il oyoit tirer en sens propbane les mois que le Sa i net-Esprit a donnez pour nostre sanclificution. Ouyr jurer et blasphémer le sainct nom do Dieu luy ostoit un mal insupportable. Bref , il pouvoil bien dire avec cet autre prince : El anima mea ilH vivet(\).Adhœ$it antmameapostie(2).

Mais où vais-je? Ne sçais-je pas en quel danger de naufrage je me précipite, me hasardant à de telles louanges? Je cours bien encore une plus grando fortune , si je cingle en cette mer sans fond et sans fm des vertus et généreux exploits de ce prince. Si je voguois , par manière de dire , sur Tirinnité de vos loiianges , ô grand Duc , j*aurois beau navjguer à voile françoise , je chercherois terre en vain : aussi suis-je si jaloux de vostre gloire , que je serois bien marry qu'on pust trouver quelque fin au los de vos mérites.

Puisque vous attendez, Messieurs, que je continue , et qu*il le faut , je diray que quant à ses biens temporels , ils estoient tous dédiés au service de la religion catholique : tesmoins les bastimens d*eglise, monastères , chapelles et services bastis et fondez, ores en l'honneur de la Vierge , de laquelle il esloit si dévot, qu'il ne sçavoit jamais auprès de luy aucune église ou chapelle dédiée à cette thresoriere de grâces , qu'il ne la visilast, et n'y eslargist quelque aumosno. Il a basti à ses despens les monastères des pores capucins et minimes de Nantes, comme tres-devostauxbien-heureûx SS. François , desquels il avoit reçu plusieurs faveurs signalées , et nommément mademoiselle sa fillê, qu'il obtint par rintercession de S. François d'Assises. Il n'a pas peu obligé la Bretagne d'y avoir planté ces deux pépinières de saincteté et pieté. Mais ceux-ci estant à la vue d'un chacun , comme aussi les aumosnes publiques que les grands font pour le bon exemple qu'ils doivent aux moindres , il faisoit plusieurs autres aumosnes secrettes de l'argent qu'il reservoit pour ses menus plaisirs. Ce fut avec cette mesme dévotion d'employer tous ses biens au service de Dieu , qu'il mena bon nombre de cavale*

(S) « Hofl ■!■• Tifrt poor loi. » Pt. txu,9. ÔQ « HoB uM»*Miaiuchétàfou. » Pt.i,ui, •.

rie à ses dépens ao prender yojage qu'il

fit en Hongrie.

Je dy donc que , quelque jeune qu'il ayt esté , estant acrx)mpagné et doué des ver* tus susdites , il a tousjours fait reconnoistre et remarquer en luy de grandes arrhes de sa pieté et prudence à venir : prudence tant requise en un chef de guerre, comme chacun sçait , attendu qu'elle est la mémoire des choses passées, le jugement des futures et la disposition des pr»sentes.

Que restoit-il donc à ce prince pour dédier à Dieu , sinon son corps et sa vie? Gi qu'il fît par le désir continuel qu'il eut dés sa tendre jeunesse défaire la guerre contre les infidèles : désir que Dieu luy a foit la grâce d'assouvir avec la gloire que il Hongrie et tout le christianisme sçait et tasmoigne. Mais cependant, sitost qo6 l'aage le luy permit , il ne laissa passer aucune occasion de s'employer aux armes, qu'il n'ay t embrassée avec beaucoup d'boftneur et de mérite , comme à la charge faite à Dormien contre les Reïlres, en Brouageà la Fere, et partout ailleurs, mesme au siège d'Issoire ; où , commandant à l'ine des batteries , il donna un signe très-certain de sa grandeur future en la profession des armes. Depuis lequel temps jusquesi ce qu'il alla chercher de nouveaux lauriers jusqucs à l'un des coins du septentrion, il s'est treuvé , selon la diversité des occurrences* en plusieurs sièges, assaillant et défendant; en diverses armées, rencontres et batailles , où Dieu la tellement favorisé , que jamais il n'a conduit aucuoe entreprise, qu'elle n'ay testé suivie d'une heureuse victoire; dont j'aurois à dire de luy beaucoup plus de choses que le lem(6 qui m'est prefix, voire que la vie d'un homme ne pourroit suffire à reciter : mais je ne puis sinon esbaucher et desseigner grossièrement l'idée d'un généreux prince chrestien , que le grand duc de Merrœur a exprimée en soy-mesme par tant de vertus et de braves exploits d'armes qu'il a produits.

£t combien que je puisse dire icy eo termes généraux et d'une haleine , qu'en toutes les parties de sa vie il a fait paroistre en luy toutes les qualitez qui se peuvent désirer en un grand prince pour le rendre parfaict; toutesfois, pour parler

DB PHIUPPE-CMMAIIUEL DELORRAINE.

|Ja8 distinctement, il me sera plus à propos de ne vous faire plus attendre la montre de la pièce , laquelle , comme elle a esté la dernière de sa vie , a aussi esté la • plus glorieuse pour luy, la plus agréable pour sa mémoire, et la plus utile à la republique chresticnne; et en laquelle, ' comme en une riche tapisserie ; vous ver- ! rez la tissure d'autant de faits d*armes et | de vertus , que Tœil de vos entendemens m sçauroit désirer.

Le croissant de Mahomet grossissoit si fort en Hongrie qu'il sembloit se vouloir Tendre pleine lune, et sous sa maligne inluence faisoit déchoir nos forces et presque nos courages. On ne parloit plus que des progrès de ('armée turquesquo et de ion cimeterre, quand le vray soleil de justice suscita ce vaillant et généreux prince, qui volontairement et librement, je ne ditay pas seulement de gayeté, mais encore de pieté de cœur, part de son pays, et, comme un autre Machabée , se rend en hrmée chrestienne au commencement du Skois d'octobre, Tannée 1599. Et sçachant que Tennemi s*approchoit avec une armée décent cinquante mille hommes pour asseger Strigonie, ville très-importante, il Falla incontinent visiter, et Tasscura si bien de sa présence (par l'offre qu'il fit de s'y enfermer, et l'ordre qu'il donna pour la conservation des forts qu'on estoit sur le point d'abandonner) que les ennemis estant adverlis de son arrivée et resolution , changèrent de dessein , et tirèrent droit eoDtre notre armée, à la teste de laquelle ils trouvèrent tout aussi-tost ce grand prince, qui leur eust fait des lors ressentir les eflets de sa présence , s'il eust eu entant de pouvoir et de commandement en fermée chrestienne qu'il y en a eu depuis, ainsi qu'il fut reconnu par la perte des occasions qui , selon son ad vis , dévoient estre embrassées.

De quoy l'empereur bien adverti désira bvoîr: si qu1l luy fit prendre le chemin deson retour par Pragues , où il le receut avec fort grand accueil : et ayant reconnu par ce premier essay l'excellente valeur et prudence de ce prince , il le ût son lieute- B3nt-g?neral , et luy envoya les patentes JQsquesen cette ville de Paris, où il estoit de retour de son premier voyage. Avant que de les accepter, il les présenta au roy ,

à l'obeyssance duquel il avoit tant voué d'affection et de service qu'il n'estimoit rien d'honorable que ce qui seroit autorisé de ses commandemens. Sa majesté, comme tres-chrestienne , luy permit d'accepter cette charge si belle et si digne du nom françois.

Nostre nouveau gênerai va donc en Hon grie pour la seconde fois, et tira droit à Vienne , et de là à Javarin , où estoit l'armée chrestienne composée seulement d'environ treize mille hommes, où il fut receu et reconnu lieutenant-general de l'empereur, et mis en posses^ion de sa charge par l'archiduc Mathias, frère de l'empereur. 0 journée bien • heureuse pour la Hongrie , et pour toute la chrestienté !

A peine estoiMl arrivé que voyant Canise assiégée de six ou sept vingt mille Turcs, après avoir soigneusement mis ordre à tout ce qu'il jugeoit à propos pour son dessein, et surtout ayant tiré promesse des princes et seigneurs du pays , qu'il auroit la commodité des vivres nécessaires pour l'en tretenement de son armée, la teste élevée en la cx)nnance qu'il avoit en son Dieu, il la baissa par après contre l'ennemi ; s'achemine contre cette puissante armée , et de son premier effort en emporte une partie qui l'attendoit avec force canons sur les avenues et passages en un lieu fort avantageux pour l'ennemi , et où il s'estoit fort bien retranché. Le champ de bataille , les canons , les drapeaux demeurent neantmoins aux nostres pour la bien-venue de ce grand gênerai , dont le Turc eslonné do se voir battu d'un si petit nombre de chrestiens eust indubitablement levé dès l'heure le siège , si la nuiet avec son obscurité n'eustempesché le progrès des armes de ce grand conducteur.

Le jour suivant le Turc voulant recouvrer ce qu'il avoit perdu, ne fit qu'augmenter sa honte par la perte qu'il fit de sept mille autres Turcs, et d'un fort où l'on trouva treize autres pièces de canon qui servirent depuis contre l'ennemi pendant sept joiirs entiers que nostre gênerai garda le champ de bataille qu'il avoit gagné, lequel il eust conservé davantage, si la nécessité des vivres qui survint par la faute de ceux du pays qui manquèrent à leur promesse, n'eust donné subjet aux gens

MAf MH raifeVMt

du eofMêfl de remperenr, et à toute l'arinée,de lo pre9<%er, voire contraindre , par leur jmportunité, de se retirer: ce que neantmoinî^ il ne voulut faire qu^ls neluy eussent donné leurs advis signez. Si que i*on pcul bien dire que si ce grand gênerai eust esté secouru de vivres par ceux qui )e dévoient faire, comme il secouroit la ville par s^es armées , elle eust indubitablement esté conservée :Ei nunc , TVo^d, êfarêg; Priamique arx alla y manetes (4); pui!<que pendant tout le temps qwe notre armée demeura en ce champ de bataille (qui n'estoit esloigné de la ville que d*une portée de canon , et que d'une mousquetade du camp et retranchement de Tennemi) il ne fut fait aucun effort, ny tiré un seul coup de canon contre la ville.

Mais, mon Dieu, qu'il faîsolt bon voir ce grand gênerai demeurer à la queue de son armée , qui estoit presque destituée de tous ses autres chefs, et réduite à six ou sept mille hommes, la faim ayant fpit retirer le reste, et amuser le Turc par escarmouches, pendant qu'elle faisoit sa retraite l'espace de cinq c^ six lieues, et jusques à ce qu'il Peut entièrement dégagée d'une grande quantité de mauvais passages, combattant tantostà pied, tantost à cheval ; se trouvant ores en leste de l'avantgarde , ores à la queue de l'arriere-garde, faisant rofTice non seulement de gênerai, mais do maréchal de camp, de gênerai d'artillerie, de sergent-major, de colonel : et bref, ayant luy seul sur les bras le faix et la charge de cette si périlleuse et tant admirable retraite en laquelle il se trouve plusieurs fois aux mains et mesiée, donnant secours aux siens, sign:imment en une assistance fort remarquable qu'il donna à son arriere-garde , laquelle s'en alloit desconfite par la furieuse charge de cinquante mille chevaux turcs, quoy que courageusement combattus par le vaillant comte de Chali[;ny sous les heureux auspices de son frero et gênerai , qui le secourut enfin ^\ ù propos, que Ic^ Jures battus

(1) Vulntenant, d Troye, toui iiabilsteriez ; et toos, fciiiie foriereMe de PriaB» vou b« fcrlei pas eacore

Vpe antr» HiUoa portP '

et repoussez firent fes prepiters xm% autant honteuse refrafte qne celte de nostre ai^ mée fqt gtorietTse pour avofp esté faite avec une poignée de g'^ns, que noslre g(*nernl saiiva et garantit heureu«emeiit des efforts d'une si incroyable mnltitnda, avec le butin de plusieurs pièces (^ canon.

Au retour de cet exploit , estant prrivél Vienne au mois de novembre , l'empereiir le retint tout l'hyver et rompit le aes^ta qu*il avoit de venir visiter le^ sien^ ff France , afin de s'en servir et prendre avec luy les resolq tiens de ce qu*j| fàlloit fa)f^ pour Tannée suivante : en laquelle envjrqa la fin d'aoust ce prince mit aux champs son armée qui pouvoit estre de dix-sept oa dix-huit mille hommes, et tira droit ji Çomor ; et peu après faisant courir le bruit d'aller assiéger Bude , après avoir usé de plusieurs beaux stratagesmes , enfln il 96 logea devant la villle neuve et à la portée du canon d'Âlbe-Royale, ville pri»> cipale de la Bpssc-Uongrie ; saisit toutçi les avenues , s'y retranche et dresse si batterie, et l'attaque si furieusement (|6 tous costcz , se mettant luy-mesme, avec cinquante chevaux-legers françoîs, t fc teste d'un régiment d'infanterie si à prQ« pos et si vaillamment , faisant office de cjh pitaineet de soldat tout ensemble, quelen ennemis , après avoir longtemps rep^P combat, perdent enfin autant de leurcoyrage que nostre gênerai en (jonnoit ap siens, qui le voyant à leur teste, forcent l'ennemy et le mènent battant jusqu'à \^ porte de la vieille ville, les muraille? d^ lac|uelle ayant luy-mesme reconnu, et ilfr puis fait battre jusques à ce qu'il y ei)$t brèche raisonnable, il présente l'assaut qui fut bravement soutenu par les assiège; jusqu'à ce que ce grand prince se preseiltant avec ses gentils-homme-î armez (^ toutes pièces , anima tellement les asîiaillans, que l'ennemy fut contraint ^'a^qdonner la brèche, et se trenva gi fort pressé, qu'une grande quantité de TurCi se précipita dans les fossez, et I*autre pirtie se retira dans les maisons oq e$tpit leur poudre, auxquelles ayant mis le fçp par desespoir, ils firent mourir plu§iem«s desposlres avec eux. Le hacha qui y pom- Biandoits'estoit retiré dups le f^\^]ê gy^ mesme dessein, ayant demandé et obteim

DE PHIUPn-KHlAmilL DM lorraihb.

h ¥to iMMIr I«y ai pour les sieiu , demeura prisonnier; ei par raeâme moyen grande l|iWDlité de ehresiiens qui estoient pri:M)nmten dana (a ifille , reeeurent liberté par la min de es bruve vainqueur, lequel ayant assuré lai afiairea de cette grande ville, y laissa Staremberg, colonel allemand, et s'en esloigna d'une ou deux lieues pour ra- Iraischir son armée , et attendre celle de raansmy, qui s'approchoit pour Tattaquer SD reprendre la ville.

C'est ainsi. Messieurs, que ce grand gaarrier, autant digne d'estre surnommé Mars que Mercœur , n*entreprenoit pas ce qui estoit facile , mais facilitoitce quMl entieprenoit : ce que je dis pour Timpormoe et force d*Albe-Royale , en laquelle ivlrefois les rois dliongrie estoient couiDBnei et ensepuiturez ; place si forte, que le grand Soliman amena en personne éeox cent mille hommes pour la prendre , 6l si ne s'en put rendre maistre qu'après n siège de trois mois , et par composition, iy a environ soixante ans, durant leitquels lile a tellement esté fortiOée, que trois divers sièges d'armées chrestiennes y ayant ■té long- temps n'en ont rapporté que de Il perte et du dommage , jusqu'à ce que loslre trespassé, qui estoit de la race de CBUi pitr lesquels si souvent saius facta est h Israël (^), comme il est dit des Mâchabées, y porta son espée, son courage et sa frudence pour s'en rendre heureusement b maistre en moins do douze jours , Dieu kiy ayant réservé cette conqueste, et la de- Ufrence des os sépultures des anciens rois es Hongrie , avec lesquels il avoit Tcxtraclion commune de la grande maison de

kis.

Or Tennemy s'approchoit, faisant démonstration de tirer droit à AIbo- Royale fom la reprendre, comme il en avoit rMre et pcnsoit le pouvoir aisément hire. d'autant que les munitions de guerre stles vivres a voient esté presque consom- ■n par le feu , et une grande partie des Mrailles ruinée tant par la batterie des MMres que par les mines des siens. Mais aoitre gênerai le sç^chanl fît aussi de son costé r<ipprochor son armée , et ayant pris Ivecsoy enviion six vingts chevaux fran- ^, s'avança jusques dans la ville de ia-

(>)• nr Itifitb DlM t MOTé il MiiTtat ItrMl. » Lliek.f.«l.

qnelia n ne poavoil ahswiewwr le soin ,

pour la visiter et asseurer : mais il n'y fiit pas plustost qu'elle fut investie de huit mille chevaui , suivis d'un gros de shc vingt mille hommes. Nostre gênerai fit bien faire plusieurs sorties par lesquelles plusieurs Turcs furent prisonniers : mais cependant cette effroyable armée se logeentre la ville et nostre armée , laquelle D'estoit presque plus qu'un corps sans ame , estant privée de la présence de son gênerai, lequel neantmoins ne la laissa gueres en cet estât; car ayant donné bo& ordre aux affaires de la ville, voilé et favorisé de la nuit il sort , et se vint ren dre parmy sa chère troupe , de laquelle il fut reçu ^ et notamment de l'archiduc Mathias, avec une joie inestimable qui fut aussi suivie de braves et signalez exploits.

Il me seroit à la vérité du tout Impossible de vous représenter par paroi les la valeur et prudence avec laquelle ce prince attaquoit par escarmouches l'armée des ennemis, desengageant ceux qui s'engagcoient témérairement, regagnant les forts occupez par les Turcs , faisant paroistre pendant dix*sept jours entiers que les deux armées furent presque en continuel combat , un parfalct assemblage de toutes les parties requises en un grand chef d*armée, et principalement en trois gr:indes jour nées ès-<]uelles il combattit si heureusement, qu'il y gagna plusisurs canons, et fit un carnage des Turcs des plus signalez qui se soit fait en nostre aage ; auquel entre plusieurs autres chefs, Mcchmet Ticaïa bâcha, le bâcha de Bude et Gaiaio demeurèrent morts, desquels les testes furent envoyées pour estre baillées en eschange do plusieurs chresliens: après lequel exploit nos^ tre armée demeura six jours à la campagne; et le grand duc de Mercœur, ne voyant plus aucun ennemy autour de luy^ vint avec le mérite de mille palmes et d*ou« tant de lauriers en la ville de Vienne, o4 il fut receu avec la joye, les acclamations et bénédictions que l'on peut \yeïh sor, et avec autant d'appareil que Ton cust sceu faire pour l'empereur en oas pareil.

M.iis après la victoire de tant d'ennemis ce grand prince ne fut pas pourtant vnincii de la vanité, laquelle bien souvent est

ORAISON FUNfiBU

yictorieiMedes cotres vainqiieiirs.Ilsçavoit -' que les fniicts des belles et sainctes actions c*e8t de les avoir faictes , et que hors de la vertu il n'y a point de loyer digne d'elle : c'est pourquoy il n'en desiroit point d'autre que la gloire de nostre Dieu ; ce qu*il monslroit bien clairement es lettres qu*il escrivoit à madame sa femme ; car il metloit tant de soin de rapporter à la seule gloire de Dieu les heureux succès de ses armes , qu'il sembloit mesme n'en vouloir pas e&tre estimé Tinstrument; signe certain d'une vraye humilité, et non point affectée , puisqu'il la practiquoit à l'endroit de celle qui n'estoit qu'un autre luy-mesme.

Voilà donc quelque chose que ce grand gênerai a fait en Hongrie ; car do vouloir dire tout , ny le temps , ny ma voix , ny le lieu ne le permettent pas : ce sera le subjet de quelque grand maistre, lequel tout glorieux de l'heureuse rencontre d*un si riche subjet , pourra , comme un autre Maroc, dire au commencement de son œuvre : Arma virumqtu eano (4).

Mais cependant imaginez-vous avec moy , je vous supplie , un prince étranger en un pays lointain , en une armée composée de si grande diversité de nations , et de laquelle la moindre partie estoit française. Considérez aussi le crédit qu'il s'estoit acquis ; voyez l'archiduc , frère de l'empereur, sous sa conduite; pensez aux grands faits d'armes qu'il a exécutés en si peu de temps ; ressouvenez-vous de la puissance de l'ennemy qu'il a défait , de l'inégalité de ses forces avec la monstrueuse multitude des Turcs; et vous admirerez l'immensité ('^mérites de ce prince, mais plutost de ce grand miracle, duquel nous devons bien tous remercier le grand Dieu des armées qui a voulu défaire ces ennemys par le bras de ce prince , prenant en main la justice de sa cause.

Considérez comme avec treize mille hommes il attaque et surmonte cent cinquante mille Turcs , renouvellant les miracles des anciens capitaines Josué , Ceci) Vlrflle a conuDencé alntt fon Eneïde : « Je chante » les armes f Ictoriooaes et la valeur do héro« troyen qol » TlDl le premier a eslablir en Italie, et faire la conqueste » da Laiium , aprèsaToireisoyé mille traveraes sur mer » 1 tut terra par la colère dea dieux «t la Jalooale da • JnoQB. »

deon , David , les Machabées, God S. Louis , Scanderberg , et du bon eo Montfort. Aussi ce prince renouvel fiiçon chrestienne de venir au combi il n'ycntroit jamais qu'après avoir de le secours de celuy duquel il conduit armées, auquel il faisoittousjoursde; vœux qu'après le succez il rendoit I lic^eusement. Il avoit tousjours en i mée des Pères capucins , lesquels i une prande croix, non seulement ani les soldats , mais aussi après la con générale (1), que tous catholiques fa en signe de contrition , ils leur dor la saincte bénédiction. Mais surtout > une chose belle de voir ce général e:

ses capitaines à la constance , leur i trer que s'ils mouroient , ce seroit mérite du martyre ; et parler à chas sa propre langue , françois , alleman lien. Quelles merveilles , si telles ; sont suivies de si grands effets 1 Â la Guillaume Tyrien dit que les expl Godefroy estoient entièrement semli et qu'ils procedoient d'une pareill duite.

Dieu avoit donné à ce grand prii cœur plein de valeur, un courage i ble. De peur que ce courage se reh par le repos, il l'a exercé depuisson € jusqu'à la fin par des fabeurs et d continuels , avec tel heur neantmoi tant de hasardeuses secousses ne 1 esté qu'une eschole de vertu et une o< de gloire. Et semble certainement, à progrès de sa vie , que Dieu luy ayl exprès ces exercices , et qu'enfin il appelé tant de sortes de nations po moins , à celle fin qu'elles y remarqi le spectacle d'une extresme valeur exlresme bon-heur.

Ah ! que les François sont braves ils ont Dieu de leur costé 1 qu'i vaillans quand ils sont dévots ! qu'i heureux à combaltre leslnfideles 1 / omnibus insultât animalibus, êoli timescit gallos (2), disent les natur C'est grand cas que la présence de c taine françois aytpeuarrester la cou

(1) Le Con/tteor.

(t) Cela siKnine à la leUre : Le llao qui aCVoali animaux ne cmini que les coqa. Mala II y « nnéé dan» le mol gallos . qui reui dire roq et Fraaçi le paasafce IaUq veut dire que le Turc, que Top p parera un lion , et qui en Teotâtoualet doaM que lea Françoli.

M mupfuaaumaEL de lorraine.

«qiies, et qu'à son aspect leur iclypsée. Je m'en rejouys avec i France ! Et loiié soit nostre ) vostre arsenal soit sortie une mte, et que Tempire soit venu d'un lieutenant-general à la "e grand roy, à qui c*estune » d'estre le plus grand guor- >yaume duquel sortent des lu reste du monde sont esus les premiers. Aussi plunt que ce sera un de vos roys, li donnera le dernier coup do secte de ce grand imposteur

ce grand prince, après avoir 1 de travaux pour la foy, et ommnges à renncmyd'icelle, me à Pnigues où il prit congé r, désirant revenir en France &res arrhes qu*ii y avoit luis- Lant à Nuremberg , ii fut saisi fiestilenle, laquelle jcttant le it connoistre dès le troisiesme levoit finir ses peines et lal'elie luy serviroil de barque tnijelde celte mortalité. Mais vie doist eslro comme une )ules les parties doivent estre ) la conclusion est la plus reartie de l'œuvre , voyons un en supplie, quelle fin eut une

c'est une tromperie par trop le oubliance volontaire de ce que la nature ne fait grâce à » nécessité. C*est pourquoy jent ordonne chaque journée )t estre la dernière de sa vie ; ioit estre qu'une conlinuelle.

faciliter ce passage ; duquel ice se voyant proche, après t tant attendu , il n'eut pas peine à s'y résoudre et à se erement, car ne sçachant où altendoit, ii Tattendoit pare la voyant proche : « Or sus, \ soit éternellement en la terre iel qy)n Dieu, mon Créateur :

'ivé par sa grande miséricorde cette vie mortelle. Sa toute ni pas que j'arreste plus Ionirmy tant de misères. Je luy tfù d'aller à sa saincte maison

» de Lortttte pour y honorer la grandeur » de sa mère ; mais puisou'il luv oiaJAi, Je » changeray le dessein de mon voyage pour » honorer au ciel colle que je desirois iràna- » rer sur la terre. » Et sur ce subjet il dit un monde de belles et pieuses parolles. Puis se ressouvenant qu'il laissolt à madame sa femme une jeune princesse, son unique Qlle, pleine de bonté naturelle et de 'tous les signes qui peuvent présager une excellente vertu , il s'en consola, et se rejoUy t en soy-mesme de luy laisser ce gage de leur sainçt mariage, et réciproquement de laisser à sa fille une dame et mère, sous la douce et vertueuse conduite de laquelle elle ne pou voit qu'espérer do surgir au pori qu'il desiroit.

Après lesquels ou semblables discours il demanda de pouvoir ouyr la très-saîncte messe. Mais parce qu'il n'y a aucun mter» rice de la foy catholique à Nuremberg, Ton luy dénia ce dernier bien qu'il desiroit plus que tout autre, toustesfois avec mille protestations et etcuses, et entre antres que le mesme avoit esté refusé à ta reine Elisabeth quand elle vint en France. Neantmoins pour tesmoigner le respect que son mérite avoit acquis sur tous ceux qui se disent chrestiens, il fut permis à son au* mosnier d'aller prendre le très-sainct Sa» erement et Viatique en quelque église catholique pour le lui apporter ; et parti» culierement d'autant qu'il avoit résolu de se faire porter hors de la ville pour l'aller recevoir, quand mesme il eust dû avancer son trespas , tant il desiroit estre refeotionné de cette viande céleste et divine. L'aumosnier ayant donc pris ce gage sacré de nostre rédemption au lieu le plus voisin qu'il put, l'apporta à ce prince ma* lade , lequel l'attendoit avec une dévotion et des soupirs ineffables. Il ne l'eut pas plutost veu , que tout languissant et foible de corps, mais fort et ferme d'esprit, ayant plus de foy que de vie, il se Jetta hors de son lit ; et se prosternant en terre, il adora son Sauveur, plein de larmes, de parolles dévotes, et de mouvemens religieux, luy présente son ame et luy dédie son cœur, puis le reçoit avec toute l'humilité et la ferveur que sa grande foy luy peut suggérer en ce dernier passage. Et comme Ton voit que le mouvement naturel est tous» jours plus fort en la fin qu'au oommeno»»

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ment , auiti sa dévotion et pieté en cette demiere aetion fit tout rcflbrtde ses saints mouvemcns. Il vescut jiisqu^au treizième jour, auquel il rendit en paix, et envoya son esprit à son Dieu immédiatement après avoir prononcé ces divines paroUcs : In man%u tuas. Domine, eommendo spirilum meum : redemisti me, Domine Deus •fff/ffl^J v4).

Quand je dy que le due de Mercœur est decede Je dy aussi un ^rand duc et grand prince ; mais ce qui est plus que tout cela , et oti le monde ne fieut alleindre, je dy ensemble un grand selon Dieu , grand en foy et religion, grand en vertu et pnid'homie, grand en douceur et debonnaircté, grand en mérites et bienfaits, grand en prudence et en conseil , grand en réputation et honneur devant Dieu et devant les hommes, grand en toutes sortes de manières. Je dy le duo de Mercœur un des remparts de la chreslientéy un des boulevards de TË^lise, un des protecteurs de la foy, guidon du crucifix , terreur des Mu<«ulmans et Mahomeians, support des affligez, exemplaire de charité, bref, la bénédiction de son siècle. Û trépas , que tu nous prives de grandes choses i Si nous croyons le désir dos siens , voire do tous los gens de bien , ce grand prince a fort pou vescu : si nous mesurons ia grandeur de ses actions, il a assex vescu : si nous mesurons la misère du temps, il a trop vescu ! si nous regardons la mémoire de ses beaux exploits , il vivra étomeliement.

Heureuse fm pour le concours de toutes les vertus susdites, qui comme vrays amis, quand les forces de la nature, quand les grandeurs et toutes les choses Tont quitt(*, ne luy ont pas failly au besoin , se rencontrant toutes ensemble pour lu y faire ce dernier offlce. Et comme il advient en un grand fleuve dont Tembouchure est estroite : qu'avec plus d'impétuosité il se dégorge en la mer, ou à Parbre qui veut mourir, que pour la dernière fois il porte du fruict plus que Tordinaire , les vertus qui auparavant falsoienten luy leurs fonctions à part tant qu'il a vescu en ce monde, ee sont ici jointes ensemble pour luy faire dire avec S. Paul : Cum infirmor, tune

polens ium (4) ; pour marcher «t de luy et luy servir de fanal dan nebres du trespas ; et pour faire arbre , sur les rameaux duquel b seaux ont reposé, et à l'abry duc d'animaux ont repeu , tombant du midy, c'est-à-dire en estai de grt gloire, y demeure éternellement, eschange de gaigner retcrnité pai de si peu d'années I

Que vous semble-l-il maintenai sieurs , de la vie et du décès de ce Sa vie merite-t-elle pas d'estre par des louanges immortelles? ^ il advis qu'il faille regretter le ti celuy qui a si bien vescu ? II a mort de bon cœur, et vous en v( lester la nouvelle? Non , non ; q vous a dit qu'il estoil mort, vous pez ; ceux qui ont si bien vescu rent jamais. La-ssez pleurer Da^ mort de son Absalon , lequel est prouvé. Mais consolez-vous sur 1 de ce prince qui n'est pas mo sauvé de la mort. No pensez plu:

j)Our regretter sa mort , mais pc tost à sa mort pour regretter sa laquelle si vous voulez avoir poluelle idée devant les yeux conserver un briof mémorial , i nez-vous de sa devise : Plus fit vitœ (2).

Il eut à la vérité lousjours pi que de vie : car sa foy fut toujoi tresse de sa vie. Il no vivoil qu son ame estoit la vie de son cor[ la vie de son ame. Voyez qu'il n mesure que sa foy le luy permette juste et devost. Voyez qu'il ne fait que selon que la foy le luy sugg la religion et l'Ej^lise, en vœux e lions. Mais il nous a laissé cell devise qu'il a tant chérie en c montant en l'autre; car le mo pour avoir le passage au ciel , \ se peut dire dès qu'on y est ep ressouvient-il pus du bon Elie?| I ardent l'enlève , et le transport!

I mais il laisse tomber sonfrianteai ■ disciple Elisée. Quiconque est e les saincts domiciles de la felicit<

(I) « Sslgneir , j« ramets mon eiprit tolrt to> mains : (l) « Lorsque Je sais foible et OMled* , c' foM B'aTti racheté , S«If aeur Dieu de irrité. » ps. xxx, Je »uls fut t. » u. Cur. m, lo. f. IW (f) « Pins de fol que de Ti«. »

M pmLtVK-iinrAmjiiL m txMnunnE.

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