‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 145 sur 356 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

De Tantiqulié des images de U croix.

l'avrois une belle campagne, pour monstrer l'antiquité de l'image do la croix , si je voulois m'estendre sur un monde de figures de l'Ancien Testament, lesquelles B*ont esté autres que les images de la croix : et ne penserois pas que ce fust une petite preuve ; car quelle raison y pourrai tîl avoir que cet ancien peuple , outre la parolte de Dieu , eust encore plusieurs signes pour se rafrniscliir coup sur coup Tapprehension de la croix future , et qu'il ne nous fust pas loisible d'en avoir en nostre église, pour nous rafraischir la mémoire de la crucifixion passée.

Certes , il n'y auroit fi bon traitteur qui M s'eblouisl quand je luy produirais tant de sainctes observations qu'on a fait toute rëfiliquité. Et S. Justin martyr, traittant avec Tryphon , Tertullien avec Marcion , et S. Cyprîen avec tous les Juifs, ont estimé de faire un bon et fiTme argument » produisant les figures do l'Ancien testa- ■Mmt pour l'honneur et révérence de la croix : pourquoy ne pourrois-je raisonner sur un mesme Mibjet pur pareilles raisons avec un inHUeur-qui se dit estro chresUen ?

Orlalmef^téàiaqiielleje metuislié

Ht me permet pas de prendre le loisir qu'il faudroit pour faire un si grand amas.Àussî lira-t'on avec plus de fruict ce que j'en pourrais dire, es auteurs que j'ay desjà citez, et en Jonas d'Orléans, en S. Gau* dence sur l'Exode , et en la JTIieogonie de Cosme Hierosolymitain. Je me contenteray seulement de mettre en avant celle que tous les anciens d'un commun accord appliquent à la croix : c'est le serpent d'ai* rain , qui fut dressé pour la gueriiion de ceux qui estoiont mordus de serpons. Du* quel parlant le traitteur il remarque «Qu*ii 9 ne fut p;is mis, ou dressé sur un bois in^ »versier, commo on le peint commune* » ment , car il estoit eslevé sur un estent » dart, ditHl , ou sur une perche , comme le » texte le dit.» Là où je contre*marqueray«

4 . Que la propriété des mots du texte ne porte aucunement que le serpent fui eslevé sur une perche. Aussi Sanctus Pa» guinus a laissé le mot d'estendart , qui est sans doute le plus sortable, et se rapporte mieux à ce qui estoit signifié.

5. Je remarque que les estendarts et enseignes se faisoient autresfois en furme de croix , en sorte que le bois auquel peiw doit le dra])eau traversott sur l'autre, commo l'on voit aujourd'huy en nos gon* fanons. Tesmoinsle labare des Romains, et Tertullien en son Apologétique. Si que le serpent estant mis sur un estnidart, estoit par conséquent sur un bois traversior.

3. Je remarque que le traitteur a tort de contredira en cecy ta commune opinion , qui porte que le serpent estoit eslevé sur un bois traversier , sans avoir ny raison , ny authorilé pour soy; ot qu'au conirairo il eî»l raisonnable que S. Justin marlyr soit proféré en cet endroit , lequel en l'apologio pour les rhrcstions , recitant celte histoire , tesmoigne que Moyse eslevant le serpent, le drassa on forme de croix.

Voiry donc ot je pourrois coller la première image de la croix ; car puisqu'il est ainsi qu'une chose, pour eslro image d'une autre, doit avoir deux conditions : l'une, qu'elle ressemble à la chose dont elle est l'image ; l'autre, qu'elle soit copiée ot tirée sur icelte ; le serpent d'airain estant dressé en semblable forme que la croix , et ayant eslé figuré par la prévoyance de Diou sur icelle , ne peut estre sinon une vraye ima^ fie la croix. Mais pour m'accominoder aa

iM

L'ESTENDART DE LÀ SAmCTB^AODL

traitteur , il me suffira de parler des croix qui ont esté faites en l'ancienne Eglise. De quoy il parle ainsi :

c Les signes que Ton faisoit au commen- • cernent n*estoient sinon avec le mouve- » ment de lajnain appliquée au front, ou » remuée en Tair, n'ayant subsistance en » matière corporelle , de bois , pierre, ar- »gent, or, ou autres semblables. Le pre- » mier qui en fit d^estoffe fut Constantin , » lequel, ayant obtenu une notable victoire » contre Mazence, fit son gonfanon en » forme de croix enricliy d*or et de pier- » reries. >

Jl*admire cette ignorance si hardie : qui est cetuy tant soit-il peu versé en Tanliquité,qui ne sache que toutau fin commencement de TEglise les Gentils reprochoicnt de tous costés aux chrestiens Tusage et vénération de la croix : ce qu'ils n'eu^nt veu les chrestiens avoir des croix.

Pour vray, Tcrtullien, en son Apologétique , dit qu'on reprochoit aux chrestiens de son temps qu'ils estoient religieux et dévots de la croix. A quoy il ne respond autre chose sinon : Qui crucis nos religioêos putat, eonsectaneus noster erit; cum Ugnum altquod propiliatur, « Ce- » luy qui nous pense religieux de la croix , » il sera nostre sectateur , quand il honore » ou flatte quelque bois. »

£t après avoir remonstré qu'en la religion desRomains on honoroit et prisoitdes pièces de bois , qui estoient peu différentes de la croix , et que les faiseurs d'idoles se servoient d'inslrumens faits en forme de croix pour faire les mesmes idoles; item, qu'ils adoroient les victoires, et que le dedans de leurs trophées (c'est-à-dire les instrumens sur lesquels on portoit les trophées) estoit en forme de croix ; item , que la religion desRomains estant toute militaire, veneroit les enseignes et cstendarts, juroit par iceux , et les prisoit plus que tous les dieux; et que les voiles ou drapeaux des estendarts n'estoient que comme des manteaux et vestemens des croix ; il conclud disant : « Je loue cette diligence , vous )i n'avez pas voulu consacrer des croix nuè's » et descouvertes , ou sans ornement. » Là oùcetautheur si cla.rvoyant ne nie pas, mais confesse plutost que les chrestiens adoroient la croix, ne mettant point autre différence entre les croix des Gentils et les

nostres, sinon en ce qnelet nostres aitoietti nuè's et sans enricbissemens , et les leon estoient vestuës de divers paremens.

Autant en dit, et beaucoup plusclaii»

ment , Justin le martyr , en sa seconde Apo> logie : là où ayant monstre que sans 11 figure de la croix l'on ne peut rien fmn\ et davantage, que les trophées etmaMfl que l'on portoit devant les magistnk avoient quelque ressemblance de la croiij et que les Gentils consacroient les imasH de ieurt empereurs defuncts, parla figM de la croix ; il conclud enfin en cette soriK c Puis donc que par bonnes raisons , tiréfl » mesme de la figure , nous faisons tal » que nous pouvons ces choses avecfooi » nous serons désormais sans coulpe.i Justin donc confesse qu'en matière de fain des croix, nous ne faisons rien moins qi lesGenlils , quoy que ce fust avec diveràl d'intensité, ce qu'il va déduisant par apiii fort doctement et au long.

Autant en fait Minulius Félix. S. Athi ndsequi vivoit du temps de Constantin-k Grand , au livre des questions à Anliocbos fait cette demande : « Pourquoy est ceqoi » tous nous autres fidrlles faisons des croi: » pareilles à la croix de Christ , et quenoa » ne faisons point de remembrance deb » sacrée lance , ou du roseau , ou de l'es » ponge; car ces choses sont saincte » comme la croix mesme? » A quoy il res pond : « Pour vray nous adorons la figuP » de la croix, la composant de deux bois » Que si quelqu'un desinfîdelles nousac » cuse que nous adorons le bois , nou » pouvons aysemcnt séparer les deux pie » ces de bois , et gastant la forme de 1 > croix, tenanlcesdeux bois ainsi sépare » pour néant, persuader à cet infidelleqQ » nous n'honorons pas le bois, mais 1 » figure de la croix : ce que nous ne po( » vous faire de la lance, du roseau etd » l'ci^ponge. » Quelle apparence donc y i t'il que Constantin aye esté le premier qt a fait la croix en matière permanente puisque S. Alhalfase confesse que tous h fidelles de ce temps-là fuisoiont des cro de bois, et les honoroient , et n'en par point que comme de chose tout vulgai etaccoustumée.

Là où je ne me puis tenir de remarqu l'imposture du traitteur, lequel citant < passage de S. Athanase, lui lait dira <

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