‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 146 sur 356 · LIVRE II, CHAPITRE n · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE n

eettéflorle : c Les chrestiens monstroient » qu% n'adoroient pas la croix quand ils > des-assembloient ordinairemenl les deux

• principales pièces dMcelle, recocnoissant « que ce n'estoit que bois ; » car au con- Inire S. Athanase dit expressément que tous les fidelles adoroieot la croix, mais MO pas le bois. Certes ces reformateurs m font accroire de belles.

Et de vray , au moins ce traitteur devoit considérer que si Constantin dnessa son hbare eo forme de croix, pour vision qu'il ifoiteued*une croix , à la façon de laquelle fl fit dresser les autres (comme le traitteur ■esme confesse que cela s'est peu faire), es ne sera pas Constantin qui aura fait la GRMZ le premier, en matière subsistante; ■aïs plutostDieu qui luy en fît le premier patron, sur lequel les autres furent dres- BseSa

Qae si au contraire ce ne fut point par ■dvertissement de Dieu , nv pour aucune vision que Constantin fît dresser son labare, et plusieurs autres croix , mais plutostpar raison d'estat (qui est l'opinion hqueile agrée plus au traitteur) ; à sça- Tmr, < que d'autant (ce sont ses paroiles)

> qu'il avoit fraisçhement esté eslevé à la

• dignité impériale, par la volonté des

> gens de guerre , qui Vavoient préféré aux » descendans de Dioclelien , il avisa que i le moyen de se maintenir en celte di-

> gaité , contre ses compétiteurs et debat-

> teurs , seroit de se faire amy des chres-

> tiens que Dioclelien avoit persécutez à » outrance. Et à celte occasion il fit ériger

> des croix , avant mesme qu'il fust chres- I tien. » Je prendray le traitteur au mot en cette sorte :

Constantin, pour se rendre amy des crestiens fît dresser plusieurs croix : donc les chrestiens de ce temps-là aymoient que Ton dressast des croix. Et qui les avoit gudésd'en dresser jusques à celte heure- U, au moins dedans leurs maisons et oratoires? et comme pouvoit sçavoir ConstantÎD que la manière de flatter les chrestiens estoitdedresserdes croix, s'il n'eust connu qu'ils en avoient dressé auparavant , et les bottoroient?

Pour vray les reformateurs n'eussent 388 esté amis do ces anciens fidelles , ny ear doctrine jugée chrestienne , puisqu'ils ibaUent leois croix, ettaschent deper-

» suader que « C'est une corruption d'en » avoir introduit l'usage , et que c'est en* » core plus mal fait de le retenir. » Ce sont les paroiles mesmes du truilleur.

Et s'il est vray, comme sans doute il est, ce qu'il dit ailleurs, rapporté deS. Gre* goire Naziazene , «Que la vérité n'est point » vérité , si elle ne l'est du tout, et qu'une » pierre précieuse perd son prix à cause » d'une seule tare , ou d'une seule paille ; la doclrine chrestienne n'aura plus esté pure du temps de Constantin , selon l'opinion de cet homme , puisque les chrestiens desiroientet se plaisoient que l'on portast des croix , qui est une corruption , levain et doclrine erronée à son dire.

Ce n'est pas peu , à mon ad vis, d'avoir gaigné cette confession sur les ennemis des croix, que les chrestiens, il y a treize cents ans , aymoient et desiroient que l'on dressast des croix : et ne sçay comme on pourra appointer ce traitteur avec Calvin et les autres novateurs; car luy dit, d'un costé, que du temps de Constantin il y avoil corruption en l'Eglise , et Calvin avec les autres tiennent que l'Eglise a esté pure jusques presque au temps de Gregoire-le- Grand; car Calvin parlant de S. Irenée, Terlullien , Origene et S. Augustin, dit : a Que c'estoit une chose notoire et sans » doute, que depuis l'aage des apostres » jusques à leur temps, il ne s'estoitfait » aucun changement de la doctrine, ny à »Rome, ny aux autres villes.» Et le traitteur mesme ( ne sçachant bonnement ce qu'il fait) parlant du temps de S. Grégoire , et reprenant la simplicité des chrétiens alors, il dit : c Que leurs yeux » commençoient fort à se ternir, et à » ne voir plus gueres clair au service de » Dieu. »

Voyez-vous comme il rapporte le commencement de leur prétendue corruption de la doctrine chrestienne au temps de S. Grégoire : et neantmoins quant à la croix, il l'a rapportée aux chrestiens qui vivoient du temps de Constantin-le-Grand ; lesquels il fait (et c'est la vérité) grands amateurs de l'ereclion des croix , que puis après il appelle corruption. Enfin , à ce que je voy , ils confesseront tantost que c'est du temps des apostres que nostre Eglise a commencé.

J'ay donc prouyé non seulement iiiieoe

fM

rESTETIDART DE LK SAINGTfi-GROIX.

traiUeur est ignorsDt d'avoir dit que ConstantiQ estoil le premier qui avoil dressé des croix en ma iiere subsistante , mais encore que Terection des croix a eslé pracliquée par les plus anciens cbresliens, cnr nous n'avons gueres de plus anciens autfieurs que Justin et Tertullien.

£ncore diray-je que de la mémoire de nos pères , environ l'an mil cinq ccntquaraute>six , l'on treuva près de àialiapor, en «ne petite colline , sur laquelle on dit que les barbares tuèrent S. Thomas Tapostre • une croix très-ancienne , incisée sur une pierre carrée, arrousée dégouttes de sang, •ur le sommet de laquelle il y avoit une colombe. Elle estoit enfermée dedans un eerceuil de pierre, sur lequel il y avoit oertaine ancienne escriture gravée, laquelle , au rapport des plus ex{>ertsbracbnanes, conlenoit le martyre du saioct apostre ; el entre autres qu'il mourut baisant celte croix-là ; ce que mesiue les gouttes de itang tesmoignent.

Cette croix ayant esté mise dans une chapelle que les Portugois édifièrent en ce Biesnie lieu , toutes les années i environ la iesle de S. Thomas , ainsi que Ion commencée lire Tcvangile de lasaincte messe, elle commence à suer le sang à grosses {Eouttes, et diange de couleur, pallissant, puis noircissant , et après se rendant bleue céleste , et trèà-agreable à voir , revient enfin à sa naturelle couleur, à mesme que l'on t aclievé le sainctofTioe. Que s'il est ai^ rivé en quelques années que ce miracle ne ee soit point fait , les habitans de ces contrées , enseignez par l'expérience , se tiennent fwur menacez do quelque grand io*> coRvenient.

Ocy est une chose toute connue, et qui so fuit à la vue de tout le peuple, dont Tevesque de Cerine en envoya une ample et authentique attestation , avec le portrait <ie eetle croix-là, au commencement du sainct coitcite de Trente, qui est une marque bien expresse que les aposcres niesmesont eu en lionneur la saincte croix. Et comme i'apostre qui planta la foy permy les peuples y porta quant et quant Tusage de la croix ; ainsi Dieu voulant en ces derniers temps y replanter encore la mesme foy, leur a voulu recommander l'honneur de la croix , par un signalé miracle , tel que nous Muité.

Aussi les habitans de b Socotore, isie de la mer Erythrée , qui ont esté et sont chrestiens dès le temps que S. Thomas y prescha, entre les autres cérémonies catholiques , ils ont ccllc-cy, de porter ordinairement une croix pendue' au col , et luj porter grand honneur. Or ce que je vay dire prouvera encoro fort vivement ce que j*ay desjà dit ci-devant.

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