‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 147 sur 356 · CHAPITRE IIL De Pantiqalté étt images da eraelix · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL De Pantiqalté étt images da eraelix

Le traitteur qui confesse le moins qii*! peut de ce qui establii la coustumo ecclésiastique, après avoir nié qu'avant le temps de Constantin il y euât des croix parmy Ici cbresticns, en un autie endroit dit qu'au commencement el mesme du temps de Tlieodose : a La croix n'estoit sinon deui » bois traversant l'un l'autre, et n*y avoit » ()oint de crucifix, el moins encore de » Vierge Marie, comme depuis en quelques » croix l'image du crucifix est d*un costé| » et celle de sa more de l'autre. »

Je ncsçay qui peut esmouvoir cet hommt à faire celte observation; car quel inconvénient que l'on aye fait des croix simples, pluslost que les images de crucifix , puijqu'au bien c'est chote toute certaine qu'on ne dresse pas des croix, sinon pour représenter le crucifix ; mais avec cela cette observation est du loulfuus^e, et digne d*uA homme qui mes{)ri«>e Tanliquilé.

S. Athanuse, qui vivoit du temps de Constantin , escrit une histoire remarquable de la malice enragée d'aucuns Juifs de la ville de Berite , lesquels crucifièrent une imuge (rcs-uncienne de Jesus-Chri?t, qu'ils avoient ireuvée parmy eux de cette sorte. Un clireétien s'esloit logé en une maison de loU«ige, près lu synagogue des Juifs, et avoit attaché à lu muraille vis-à-vis de soi lit une imago de Nostre-Seigneur , laquelle conlenoit en proportion la stature mesme d'iceluy ; après quelque temps il desloge de là , el prend maison ailleurs, là où portant tous ses meubles, il oublia de prendre l'image, non sans une secrette disposition de la providence divine.

Du depuis un Juif prit logis là-dedMS, et sans avoir pris garde à cette ûna|^, ayant inviiéunaulre Juif À mafij^er, il en ÙL eKtmsBWHftantiancéj «t fuoy qu'il aVk-

LITRE H, GHâPnHK RI»

tde ne l'avoir pae venë' , il fut accusé pré comme mauvais Juif , ayant une < de Josufl (le Nazareth : dont ies print des Juifs entrant dans la maison où

rima^ , larrachoront et la mirent Te : puis exercèrent sur elles toutes mblahles actions qui furent exercées sus-Chrisl quand on lecniciiia : jutà luy bailler un coup de lance sur oict du flanc. Chose admirable! à ce le sang et Teau commencèrent à sorcouler en tre^prande abondance ; si es Juifs en ayant porté une cruche ! en leur synagogue , tous les malades I furent arrousez ou moiiillez (Virent oiidainement ^rn<4.

là le récit qu\'n fait Athanase , par I Ton peut connoislreqne celte image* oit l'image di^crucifix, tant parce lusteslé mal-aisé au Juif qui accusa

qui Ta voit en sa maison de rpcone si soudainement que c'estoitTimage iUs-Christ , si n'eust esté qu*il estoit en crurifié : qu'aussi parce que les n'eussent sreu represenler la crucide Nostre-Seigneur, tant par le menu e ils firent, sinon sur l'imago d'un

celte image , comme il apparut par ition qu'en fist le chreslien à qui elle , en présence de l'evesque du lieu ^ esté faicte de la main propre de Nile , qui la laissa à Gamaliel , Gama-^ S. Jacques , S. Jacques à S. Simon , non à Zachéc , et ainsi de main en elle démettra en Hienisalem , jusques ipsdo la destruction de ladite ville , 9 fut transportée au royaume d'A-

ttS

I, où se retirèrent les chrestiens de wlem , parce qu'Agripps estoil «ous lertion dos Romains. Ce n'est donc î que le traittcur disoil, que les ima- ! la croix furent seulement faicles du . de Conslaniin, et qu'encore de ce '\h y et long-lomps après , on n'y adit point de crucifix ; car je no vois ii'il puisse rien opposer à cette aué j>our garantir la négative de fausseté lerité.

ians la litburgie de S. Chrysostome,

version d'Erasme, le pre-tre est

andé, se retournant vers l'image de

-Christ, do faire la révérence : ce

rapportent à limage du wuclBx; car quelle représentation de Jesus-Christ peuton mettre plus à propos dedans l'église, et mosmo vers l'autel , que celle du crucifix?

Qui verra do bon œil le carme que Laitance a fait de la passion de Nostre-Selgneur , connoistra qu'il a esté designé sur la rencontre que l'on fait de l'image du cniciflx , qui est ordinairement au milieu de Tegliite , en laquelle il fait parler Nostre-Seigneur par un style poëlîque, à ceux qui entrent dedans l'église.

S. Jean DamâsCene qui vivait passé huit cents ans , parlant de l'image du cniciflx , il en tient comp'e comme d\ine tradition ancienne et légitime. « Parce, dit-il , que Bchaacun ne connoist pas les lettres, ny » ne s'adonne à la lecttire, nos pères ont 1 advisé ensemble que ces choses , c'est-à- » dire les mystères de noslre foy, nous fus- » sent représentez comme certains trophées » es images , pour soulager et ayder nostre » mémoire; car bien souvent ne tenant » par négligence la passion de lesus-Chrisi » en nostre jwnsée , et voyant l'image de » la crucifixion de Nostre^ gneur , nous « nous remettons en mémoire la passion » du Sauveur^ et nous prosternant, nous » adorons non la matière , mais celuy qut 1^ est représenté par l'image. »

C'est le dire de ce grand personnage, kquel un peu après poursuit en celle sorte : « Or cecy^est tine tradition non escrite , ne » plus ne moins que celle de l'adomlion • vers le levant, à sçavoir d'adorer la » croix , et plûsiwirs autres dioses semWa- » blés à colite qui ont esté dites. » L'image donc du crucifix estoit desj<^ dès ce lemps- Ift receuë comme auihorisée d'une fort an» cienne coustnme. D'où \ient donc ante opinion au Iraitlenr de dire qn'ancfcnne* mont Ton ne joignoit pas te crucifix A la croix? El que! inltïresl a^l'il en cela, sinon d'assouvir l'envie qu'il a de contredire à l'Eglise cal^wliqiie? l'image du cm* cifix est autant rccevable que celle de ta croix.

Quand le grand Albuqiicrquo falsoit fortifier Goa , ville principale des Indesorientaies, coipme l'on abattait certaines malsons, on rencontra dedans une muraille une imagi^du crucifix en brcmre, par

lOD sans cause y les plus judiaeux { laquelle on eut to«i 4 «o«p

L^ESTBNDART DE LA SAmCTB-OROIX;

que la religion chrestienne avoi; jadis esté en ces lieux-là , quoy qu*il n'y es. eust plus de mémoire , et que ces chrestiens anciens avoient en usage l'image du crucifix. Et ne fut pas une petite consolation à ce grand capitaine et à ses gens, de voir cette marque de christianisme en un lieu qui de temps immemorable avoit esté privé de l'Evangile.

Quant à la reprehension de ce qu'on met en quelques croix l'image du cruciHx d'un costé et celle de sa mère de l'autre , J*ay eu peine d'entendre ce qu'il vouloit dire : enfin c'est de deux choses l'une ; ou bien il reprend les croix esquelles nous mettons deçà et delà du crucifix les images deNostre-Dame et de S.Jean TEvangeliste.

Hais en cecy la censure seroit tres-injuste ; car comme il est loisible et convenable que nous ayons l'image du crucifix , selon la coustume mesme des plus anciens chrestiens, il est loisible auSsi d'avoir des images de Nostre-Dame et des apostres : de quoy S. Luc sera nostre garant, qui, le premier , au récit de Nicephore Calixte, fit l'image du Sauveur, de sa mère, de S. Pierre et de S. Paul. Que s'il est ainsi, où peut-on mieux mettre les images de Kostre-Dame et de S. Jean , qu'auprès de la remembrance du crucifix? quand ce ne aeroit que pour représenter tant mieux l'histoire de la passion , en laquelle l'on sçait que Nostre-Seigneur (4) vit ces deux singulières personnes près de sa croix , et recommanda l'un à l'autre.

Ou bien il parle de quelques croix où peut-estre il aura veu au dos du crucifix quelqu'image de Nostre-Dame, et lors il aura grand tort de vouloir tirer en conséquence contre nous la diversité des volontez des graveurs et peintres, ou de ceux qui font faire les croix ; car à la vérité cette façon do crucifix n'est guère usitée en l'Eglise ; si ne veux-je pas dire pourtant qu'il y ave aucun mal en cela. On mettoit bien anciennement des colombes sur la croix et autour d'icelle , pourquoy n'y peut-on bien mettre une ima«;e de la Vierge ou de quelqu'autre Sainct? J'en ay veu là où au dos de la croix il y avoit des agneaux , pour représenter Nostre-Seigneur, qui a esté mis sur la croix comme un innocent agnelet, ainsi qu'il est dit en Isaye (|p. D'autres

(t)lMlkXII,ll.-(ll)lMft,UB,T.

OÙ il y avoit d'autres Images , mm-Mole» ment de la Vierge, mais encore de S. Jean, S. Pierre et autres. En ce cas la croix ne sert pas de croix de ce costé-là (elle en a servy du costé du crucifix), elle sert comim de tableau. Aussi ne peint-on pas Nostre- Dame en crucifix , ny aucun autre Sainct avec Nostre-Seigneur.

Au demeurant le traitteur ad jooste c Que » l'on y met l'image deNostre-Dame comini » si elle avoit esté compagne des souffraih »ces de nostre Sauveur, et qu'elle eost » fait en partie la rédemption da genre » humain. » Cela, dis-je, vient de sot goust qui est corrompu par la defloxioa d'une humeur aigre et chagrine, aveclaquelle ces reformateurs ont accoustomé de juger les actions des catholiques; car qui fut jamais le catholique qui ne scent que nous n'avons autre Sauveur ny Re^ dempteur qu'un seul Jesus-Christ? Noos mettons très-souvent la Magdeleine embrassant la croix, que n'a-t'il dit que par-là nous la croyons estre nostre rédemptrice? Ces gens ont l'estomacb et la cervelle gastée , ils convertissent tout en venin.

Nostre-Dame ne fut pas crucifiée, mais elle estoit bien sur la croix quand son fils y estoit; car là où est le thresnr d'une personne, là est son cœur, el l'âme est plus là où elle aime que là où elle anime. Certes, on treuve presque partout en VE» vangile (4 ), où il est parlé de Nostre-Dame, qu'elle estoit avec son Fils, et auprès d'iceluy, et surtout en sa passion. Ce ne seroit donc pas hors de raison de la peindre encore auprès de luy en la croix , non pas comme crucifiée pour nous, mais comme celle de laquelle on peut dire beaucoup plus proprement que de nul autre : ChrUto confixa est cruci (2). c Elle est cloiiée à » Jesus-Christ en la croix. » C'a donc esté la rage que le traitteur a contre les catholiques qui l'a empesché de prendre garde à tant de bonnes et religieuses raisons, qui peuvent estre en ce fait , pour faire une si maligne conjecture contre nos in* tentions.

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