CHAPITRE V
tabien grand a eilé Jadis l'usage de la croix, et eouibien elle représente le crucifix et sa foy.
Le traitteur n'ose pas nier que l'image fc la croix n'aye esté en ordinaire usage piraii les anciens chrestiens.
1 11 se faut souvenir, dit-il , que ce que > les anciens chrestiens ont usé de la croix, >en ce qu'ils manioient, cela se faisoit >pour practiquer principalement ce que iS. Paul disoit(2): Je n'ai point honte »de l'Evangile de Christ; car d'autant que •Unis tant Juifs que payons se mocquoient
(1)1. Hait, xziv, M. — (^ loin, i, is.
» de Christ, et que la croix estoit scandale » aux uns , et folie aux autres , tant plus » ils se sont efiforcez de la diffamer, tant » plus les chrestiens se sont estudiez à la » décorer. À cette cause ils apposoient la » croix en toutes choses , et en tous lieux, » comme une marque honorable par la- » quelle ils monstroient en effect qu'ils »vouloient avoir parte l'opprobre de » Christ , dont ils se gloriQoient. Et pour- » tant Chrysostome dit que telle enseigne » honoroit plus que toutes les couronnes » et diadèmes ne pouvoient faire. De fait, » les empereurs et roys l'ont appliquée à «leurs couronnes et sceptres, ()our tant » plus confondre et honnir les Juifs et » payens. À cette mesme occasion ils ont » dit que la croix estoit l'arbre beau etlui- 1 sant , orné de la pourpre du roy, et plus » resplendissant que les astres. Et Tbeo- » doret au troisiesme livre de son histoire, » chap. 26, escrit que partout on portoit la » croix pour testifier du triomphe du » Christ. Mais cependant ils n*attribuoient » rien à la seule croix , ou au seul signe »d'icclle; car Constantin faisoit recon- » noissance de la victoire à luy advenue , » non à la croix, ains à Christ ; car aussi il » fit escrire sur les croix par luy érigées ces 9 trois mots : Jésus- Christ surmonte : » tant s'en faut qu'il aye fait des prières à » la croix- Et Hélène adora le roy et non le » bois ; car c'eust esté une erreur payenne, »et vanité meschante, dit S Ambroise.
» En cette manière peuvent les chrestiens » honorer la croix. »
Que pourroit-on nçiieux dire à la catholique ? Et que disons-nous autre chose , sinon qu'il faut honorer la croix , pour la protestation de nostre foy? qu'il faut la décorer, d'autant plus que ses ennemis la mesprisent : qu'il la faut apposer en toutes choi^es , et en tous lieux , comme une marque honorable qu'elle honore plus , et )>ar conséquent plus honorable que tous les diadèmes et couronnes : qu'il la faut mettre sur les couronnes et sceptres : que c'est un arbre beau et luisant orné de la pourpre du roy. et plus resplendissant que les astres. Et qu'ay-je protesté ci-devant, sinon qu'il ne faut rien attribuera la seule croix, et au seul si«;ne d'icelle? Qu'elle ne vaut sinon comme un outil sacré, et sainct instrument de la vertu miraculeuse de
L'ESTENDART DK Lk SAIlfCTE GROH.
Dieu : qiift In croix n'est rien si elle n'est croix do Jcsu»-('hrist : que sa vertu ne liiy est pas odherente , maisasBistiinto; cVst à sçavoir, Dieu mesme. Si Constantin a surmonté en la croix , suivant la divine inscription : In hoc signo vinces , ça esté par Jesus-Christ , aa;cnt principal et premier. S'il a surmonté par la croix, ça esté en Jesus-Christ, comme en la vertu a:»sistante de la croix. Et d'adorer le bois c'est une sottise trop extravagante.
Co n'est la pourpre ny le bois Que le railiulique adore:
Unis le roy qui, mort en rroliy De aon sang ia croii honore.
Si donc le traitleur lenoit parolle, et demcuroit ferme à confesi^er qu'on cette manière peuvent les chrcsticns honorer la croix , et sur tout que partout on portast la croix pour tesmoigner du triomphe do Christ, comme il confesse que l'on faisoit anciennement, au rccit de Theodorct , et que Ton lapposast, en toutes choses et en tous lieux , comme une marque honorable; je confcsserois de mon coslé avec tous les catholiques qu'il auroit bien entendu la vertu de la croix , et la manière de l'honorer, et que comme il >'est vanté , il îiuroit presciié Jesus-Christ crucifié. Mais le pauvre homme n'arrcsla gueres en cette demarche. Il a dit cecy pour amuser son lecteur, et quand c^ vient au joindre, il renverse tout ce qu'il avoit eslably, pieco après pièce, et va sans jugement contredire n tout ce qu'il avoit dit, avec des misérables exceptions el limitations.
4. Il avoit dit qu'en tous lieux et toutes choses on pouvoit apposer la croix comme une marque honorable : maintenant pour se dédire honneslement, il partage toutes les choses en deux, en politiques, el non politiques, et puis limite la genoralo proposition : que la croix doit seulement eslre apposée es choses politiques.
« S'il est question , dit-il , que nous con- > versions parmy les Juifs ou Mahomc* » tans , nous pouvons porter nos enseiî;nes » et armes croisées, pour monstrer ouver- » tement aux infidelles que nous sommes » chrestiens, et que nos adversaires sont » iniidelles et mescreans : ainsi peut -on 1 graver la croix en la monnoye , pour » mooatrer qu'elle Mi battue au coing d'un
9 prince chrestîen : ainfti la croix peut » estre mise es portes des villes , chasteanx » et maisons, pour monstrer haut et clair » que les habitants de tels lieux font pro- » fossiondu christianisme : ainsi jadis fut » ordonné que les instrumens des couy> tracts , qui se passoient devant notaires » publics, dévoient avoir le signe de la » croix, cx)mme il en est parlé au livre do » code. Et en pareilles choses politiqoei » nous ne rejoltons l'usage do la croix ma* » lerielle. » Voilà sa première.
La seconde est qu'elle ne Boit misées temples : a Enfin , dit-il , les» choses sont » allées si avant , que la croix a esté mm » es temples. » 11 avoit dit que la croix estoit une marque honorable; mais puis après , pour s'en doilire , il dit qu'il ne luy faut porter aucun honneur religieux oq consciencieux. .
Il avoit dit que les anciens apposoient lu croix en touiea choses , et en tous lieux, comme une marque honorable, et qu'oa la portoit partout, pour testilîer du triomphe de Christ; et bien-tost après il faitdirs aux mesmes anciens , par la bouche d'Arnobe, ces paroi les : o Nous n*honoroD8, » ny desirons d'avoir des croix. » Ce petit traitleur est polyplie et caméléon.
Cependant il me laisse a preuver par ordre que la croix | eut el doit estre apposée aux choses sacrées , et notamment aa temple ; qu'elle est honorable d'un hon- I nour religieux ; que les anciens l'ont désirée el honorée , et qu'elle est un reniedf salutaire au genre humain , ce qu'il treuve encore mauvais : mais avant toutes choses il me faudra monstrer briefvemcnt que 11 croix représente Jesus-('>hrisl crucifié, et la passion d'iceluy , aftn que l'humeur ne luy prenne pas de refuser l'image delà croix à cet usage . comme il a fait cy-dO" vaut de la vrave croix.
Et pour commencer : a Bien souvent, » dit S. Jean Dunubcene, ne nous resdoih » venanl pas , et ce par négligence , de II » passien de Jesus-Clirist , voyant Timap » de la crucilixion d'iceluy , nou» revenons » en m(^m(»iro do sa passion. » C'est poufquoy tous les anciens, après Jesus-Christ mesme, l'ont appelléo l'enseigno du Fils de Dieu.
a Paul , comme parle S. Hierosme y H* » sitii tous les lieux saincts avec une tella
Lim n, CHAftfRÉ VI.