‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 150 sur 356 · II · texte numérisé non relu

II

9 ardaiir y quVIIè ne lyouvoit eslre retirée » des premiers , n*eu8t esté le désir qu'elle » avoit de voir le reste : prosternée donc 1 devant la croix , elle Tadoroit comme si 9 elle y eust veu le Seigneur attaché et » pendant; estantentréedanslesepulchre, » elle baisoit la pierre de In résurrection , » laquelle Tange avoit roulée arrière de 9 rhuis; elle Icchoit d*uno bouche fideflle, 9 comme des eaux infiniment désirées, la 9 place du corps en laquelle gisoit le Sei- 9 gneur : » tesmoignage certain que la croix luy representoit le crucifié.

Chacun ne peut pas lire les livres sacrez, ny avoir tousjours le prédicateur aux oreilles : ce que fait donc TEscriture et le prédicateur en temps et lieu , la croix le fait en toutes sortes d'occasions , en la maison, tu chemin , en Tegiise , sur le pont , en la montagne, 6e nous est un familier et perpétuel record de la passion du Sauveur.

Julien Fapostat reprochoit aux chrestiens qw rejettant les armes de Jupiter, sa ttlle et ses boucliers , ils adoroient le bois de la croix, et peignoient la croix sur les fronts et devant leurs maisons. Or S. Cyrylle , pour luy faire réponse , fait un beau dénombrement des principaux articles de nostre foy , et puis adjousle : a Le bois sa-

> lutaire nous fait souvenir de toutes cho-

> ses, et nous advise de penser que, comme I dit S. Paul (4 )t ainsi qu'un est mort pour

> tous, ainsi faut-il que les vivans ne vi-

> vent plus à soy, mais à celui qui est mort

> et ressuscité. » Le traitteur mesme produit en cette sorte ce passage de S. Cyrille, confessant que la croix que les chrestiens inettoient devant leurs maisons estoit la Barque et renseigne publique de Jesus- Christ; confession bien contraire à ce qu'il iTÔit dit que la passion de Nostre-Seigneur flitoit irrepresentable.

Ainsi quand nos chrestiens oiftdecouvert loelque nouveau pays es Indes pour le dédier à Jesus-Christ , ils ont planté Pcstendart delà croix. Dom Pierre Alvarez Cabrai ayant pris pied au Brésil , il y esleva use très-haute (toIx de laquelle tout ce pays-là fut plusieurs années nommé rell* gîon de la saincle croix , jusquosa tant que le peuple laissant ce nom sacré , Tappella Brésil , du nom du bois de Brésil , que Ton tire pour la teinture; et des TanUquité^

|1) U. Cor. f . li.

lorsque Ton ranvarsa an Alaxaiidrie ki idoles de Serapis , plantées par toutes les portes , feneslres , poteaux et murailles , on mit en leur place le signe de la croix, au récit de Ruffin. Et lors fut vérifié ca qu'Isaye prédit (4) '• « En ce jour-là Tautel » du Seigneur sera au milieu de la terra » d*Egypte et le titre du Seigneur près le » terme d'icelle , et sera en sigtie et en tas* » moignnge au Seigneur Dieu des annéea » en la terre d'Egypte. »

CHAPITRBYI.

La croix peot et doit eitre en UMge et dhoeét

iieréet.

C'est une plaisante fantaisie que celle du traitteur quand il trouve bon que l'on employé la croix es chosea poli tiques , mais non pas es sacrées : f On peut , ditrii , gra*» » ver la croix en la monnoye , la planter » devant les villes, chasteaux et maisons. » Et pour quel usage tout cela , je vous prie? « Pour monstrer , respond-il, haut et clair » qu'on est chrestien. » Biais cela n'est paa un usage religieux. La confession etpro* testation de la foy , n'est-ce pas une action purement chrestienne? Et de faiiquipren»

droit la croix politiquement, elle nerepr»* senteroil que malheur et malédiction. Si donc l'usage de la croix n'estque religieux, pour estre bon , où peut-il estre mieux em* ployé qu'es choses sacrées? si la croix est bicn-seante devant les villes et maisona pour monstrer que les habitans de tels lieux font profession de christianisme , na sera-t'elle mieux à propos es églises al temples, pour monstrer que ceux qais*y assemblent font profession de christianisme , que ce sont lieux chrestiens , et non mosquées turquesques-

Au demeurant , les anciens mettaient la croix es églises. Tesmoin ce que j'ay redté cy-devant de 8. Paulin , qui le tesmoigna tout ouvertement, et de Lactance Firmien, de l'intention duquel on ne sauroit douter si l'on considère comme il parle :

QuisquU aâet mediiqw $utit in iiminê templif Siiiê parum , intonUmfue tuo pro mmtiM fm^

[«mn, Beipie0 ni*, me eond$ oiUmo, «m i% peetorê

[«•mis nié ego qui fatui homimÊm mUêmMU utêrhoê,

(1) Iwye.xix,!».

L*ESTElfDART DE LA SâniCTB CROIX.

Communié culpa vênia, kie elariftima «6 a//o, M$ddiia hue UrrU , hie alwut talvtit imago : iiie tibi tum rêifuiet , Wa reeia , redempîio rorm, VesiUumquê Dei insigne et memoraHle fani.

Ce qui se peut à mon advis rendre françois en celte sorte :

Toy qui Tiens sur le seuil An niiUea de ce temple, Arresie an peu sur moy tes yeux et me con-

[ temple ; Betiens-moy bien avant dedans ton cœur ficbé , Innocent que Je suis , et mort pour ton péché; Je suis cil qui d'un cœur et d'un œil pitoyable, Rfgardaiil à Testât de l'bomme misérab/e. Desrendis ici-bas ambassadeur de paix, El portant le pardon général des forfaits. Ici reluit d'en-haui une lumière pure.

Et de l'humain salut le portrait et ft;:ure : Je suis ici pour toy repos très asseuré, Le droit et bon chemin , le rachat avéré, L'estendari et drapeau du grand Dieu redoutable, Et de ce temple-cy l'enseigne remarquable.

Qui ne voit qiril introduit Timage du crucinx au milieu de Teglise, admonestant celuy qui entre? Autant en dis-je de ce que j*ay rapporté de la lithurgie de S. Jean Chrysoslome. Le bon père Nylus , en une epistre qui est recitée au deuxiesme concile de Nicée , conseilloit à Olympiodorus de taire mettre la croix en Teglise du costé du levant , et de-çà et de-là es murailles , les histoires du vieil et du nouveau Testament.

Sophronius, ou bien Joannes Moscus Eviratus , récite qu'un orfèvre apprentif ayant charge de faire une croix d*or , pour eslre mise et donnée à Peglise , il y mesla, outre le poids de l'or qu'on luyavoitfourny, une certaine quantité du sien. Celuy qui faisoitfaire la croix l'ayant trouvée plus pesante , pensa que cet afiprenti eust changé ou altéré le fin or qu'il fuy avoit baillé , et commençoit fort à se fascher , mais le garçon luy Gt celte vraye et saincte excuse , que n'ayant pas le moyen de faire une croix entière du sien , pour dédier à Dieu, il avoit au moins voulu employer ce peu qu'il avoit pour rendre plus belle et grosse celle qu'il luy avoit faite, et qu'au reste il n'y avoit que du fm or : response qui pleust tant à celuy qui avoit commandé la croix, que n'ayant pas d'enfant il adopta celuy-là.

Annstase Sinaïtain , en l'oraison De iaera iinaxi^ tesmoigne tout clairement que la coustume estoit que la croix fust es églises : or il mourut il y a mille ans pas-

sez , tesmoîn le docte Baroiûiis. La coustume donc estoit d'avoir des croix es e^ ses , et sur tout dès que l'empire fut feit chrestien sous Constantin ; car auparavant on n'en avoit pas si grande commodité.

<E Constantin , dit le traitleur, faisant » ériger une croix de bronze , il ne la mil » pas en un temple ; car alors les temples ; »de Rome servoient encore aux idoles » payennes. » Il est lousjours sur son impie distinction , d'idole payenne , et idde chrestienne. Cependant il est vray qti'en ce temps de persécution , les chrestiens ayant peu d'églises dédiées, faisoient leurs assemblées où ils pou voient.

Mais dès lorsque l'Eglise futdelivrée des tyrannies , on vid la croix par tout celéb' ée : a Es maisons , es places , es solito- » des , es chemins , es monlagnes , es val- » lées , en la mer , es navires , es isles , es » lits , es vestcmcns , es armes , aux cham- » bres et couches nuptiales , es banquets, » es vases d'ar2;ent et d'or , es marguerites, » es peintures des murailles , es cor|is des » animaux malades, es corps possédez par »1es diables, es guerres, en paix, es » jours, es nuits et assemblées des délicats » mondains, es rangs des moynes, \M » chacun va à l'envv d'avoir ce don admi-

» rable pour soy. C'est une grâce merveii- » leuse , aucun ne se confond , aucun n'a » honte , pensant que c'a esté une marque » de mort maudite : mais chacun se pare » d'icelle beaucoup plus que descouronnes, » des diadèmes, ou de plusieurs carquans »et dorures emaillées de pierreries; et B non seulement on ne la fuit pas , mais » est désirée et aymée , chacun en fait acompte, elle reluit partout, et est es- Bparse es murailles des maisons, aux » sommets, es livres, es citez, es rues. »ès lieux habitez et inhabitez.» C'est le dire du grand S. Chrysostome , qui pour vray n'eust paseu à faire d'un si grand dénombrement des lieux et choses esquelles la croix estoit employée , si de son temps l'Eglise eust esté formée sur le patron de la reformation des huguenots.

Pourroit-on bien dire de Genève, la Rochelle et autres villes , ce que S. Chry^ sostome dit de l'Eglise de son temps? Nous n'y voyons aucune croix érigée , ny aux portes de ville, ny devant les maisons, cbasteaux , forteresses , contracta , testa-

LITRE II j CHAPITRE YO.

: au oontrpire on les a renversées et

eflàcëcs autant qne Ton a peu. Que scrt^-il

donc de dire qu'en semblables choses |K)li-

tiques ils ne rejettent point la croix matc-

rielie? Beaucoup moins en mettent-ils sur

les animaux malades, ou sur les corps

possédez du malin ; car ce seroil confesser

la vertu de la croix, et remployer i\ usage

sacré. Aussi peu en ont-ils es rondeaux et

assemblées des mondains , et moins parmy

les rangs des moynes. Ce n'est donc pas

dé Dostre aage , ny d'hier , que les choses

sont allées si avant, que la croix a esté

mise es temples , comme semble vouloir

dire le Iraltteur.

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