‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 153 sur 356 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La croix a eilé honorable à toala ranliqiiilé.

« Quand il est question de reformer les

» desordres, il faut suivre le dired a Christ (4)- > II n'estoit pas ainsi ] mencemcnt. c Si donc au commet a lorsque l'Eglise a esté pure, et I a sincère, le signe de la croix n a esté fait , elle n'a point esté dresi a luée, ny adorée; et c'est tres-mal a voir introduit cette corruption, a peut estre bonnement appellée coi a et c'est encore plus mal fait de la r

C'est un discours du traitteur ai responds en cette sorte : Si lorsque estoit pure au commencement , on signe de la croix , on l'a dressée , « honorée; c'est tres-mal fait d'avoi duit la présomption , qui ne se pe nement appeler reformation, d'à mespriser et déshonorer le signi croix, c Certes au commencement a laisoit pas ainsi, a

L'Eglise estoit pure , selon la cor des reformateurs , les cinq cents pn années. Et s'il faut croire le tra a Les yeux des chrestiens comme:

a seulement à se ternir, et ne v( a gueres clair au service de Dieu, ai a de S. Grégoire pape, a Voyons on se gouvernoit alors louchant l'h de la croix, et nous treuverons ( payens appeloient les chrestiens jure : Religieux et devosts de la Religiosoi crucis,

Tertullien , respondant pour eux nie en aucune façon ; mais le concec tant en fait Justin le martyr. S Al dit ces propres paroles : a Pour vr« a adorons la figure de la croix , la < a sant de deux bois, a

J'ay cité cy-dessus ces tesmoi avec plusieurs autres. Or ces gran( sonnages vivoient en la fleur de 1' Dont S. Thomas et S. Bonavenlure que l'honneur de la croix, et des images, estoit une tradition aposlc car voyant qu'il a commencé tout ai que le christianisme, et que si Ion n d'aage en aage dans le temps des ap< ou en trouvera une observation tuelle , ils se sont tenus à la règle de gustin qui porte : a Que l'on croit ajustement ce que l'Eglise univ > tient, et n'est institué par les coi a mais a tousjours esté observé, et n'j

(Di.H4U.iii. t.

UTRE II , CHAPmiE TOI.

RDé, sinon par Tauthorité apos-

a Demascene long-temps avant roît dit tout de mesme : c Cest, inç tradition non escrite , > aussi l'adoration vers le levant; à sçad'adorer la croix : > ce sont ses

(asile beaucoup plus ancien , par- »us-Chri$t , de sa mère , de ses , prophètes et martyrs , il dit :

>Dore les histoires de leurs imaqu*il les adore tout ouvertement, t-il, cecy estant baillé par les apostres , il ne le faut pas deffennais en toutes nos églises nous is leurs histoires. »

)nd concile de Nicëe , ayant parlé leur de la croix et des images , m cette manière : « Ce!le-cy est es apostres, cclle-cy est la foy des > El là mesme est récitée lepistre leureux père Nylus, au proconsul lorus , qui vouloit bastir un temoù il luy conseille de mettre Puniule image de la croix au lieu sacré ent. Or qui ne sçayt qu*anciennechrestiens adoroicnt vers le le- ) père donc vouloit que la croix I au lieu vers lequel se faisoit l'a-

ntin (comme dit Sozomene) dressa -e en forme de croix , parce que ia ) estoit que les soldats fissent reà cet estendart, afin que par là 1 ils fussent accoustumez , par la le veuë et vénération de la croix , ' le paganisme et embrasser la foy Christ.

ysostome appelle la figure de la $ digne que tout honneur , Omni jniorem , et commande en sa licomme j'ay dit nagueres , que le enaut à Tautel fasse la révérence ••

;ustin tesmoigne que bien qu'annt on crucifiuit les mal-faiteurs , mps toutesfois on n'en crucifioit D'autant , dit-il , que la croix est )le et finie : elle est finie quant à ), mais elle demeure en gloire, et lis des supplices elle est passée front des empereurs. » Aussi le ooofesse « Que les meschans eus-

» sent esté honorez par tels supplices. » Donc le bien-heureux prince des apostres S. Pierre, devant estre crucifié , pria que ce fust les pieds contre-mont; s*estimant indigne d*estre crucifié de mesme manière que son maistre , comme dit S Hierosme, et S. Dorothée le touche. S. André son aisné ne se pouvoit saouler de saliier et caresser la croix en laquelle il devoit estre pendu , tant il s'estimoil honoré de mourir de celte mort-là , selon le tesmoignage des prestres d'Achaye , au livret qu'ils firent de son martyre.

Or ce fut Constantin qui abolit le supplice de la croix : t D'autant qu'il honoroit B beaucoup la croix , tant pour faide qu'il

> a voit receu aux combats en vertu d'icelle,

> que pour la divine vision qu*il avoit eue,» comme parle Sozomene : lequel dit à ce propos une chose bien remarquable, si elle est conférée avec un traict d'Eusebe en la vie de Constantin.

Eusebe tesmoigne qu'avant que Constantin donnast la bataille contre Lidnius, il se retira hors le camp , au tabernacle ou pavillon de la croix , avec quelque nombre des plus devosts qu'il treuva près de soy, et ce pour prier Dieu , et se recommander à sa miséricorde; ce qu'il avoit accoustumé de faire en toutes semblables occasions. Sozomene d'autre part escrit que ce grand empereur avoit fait faire un pavillon ou tabernacle, en guise d'une église, ou chapelle, qu'il portoit tousjours avec soy, quand il alloit à la guerre; afin que tant luy, que l'armée, eust un lieu sacré auquel on loiiast Dieu, et on le priast , et on peust recevoir les sacrez mystères ; car les prestres ($acer* dotes) et diacres suivoient tousjours ce tabernacle à cette intention.

Qui ne void maintenant que le tabernacle de la croix, duquel parle Eusebe, n'estoit autre chose que l'église ou chapelle portative , de laquelle Sozomene tesmoigne. U y avoit donc au camp de Constantin une église de saincte croix , et non-seulement la croix estoit en l'église, mais l'église mesme estoit dédiée à Dieu , sous le nom et vocable de la cn)ix ; grande preuve de l'honneur qu'on portoit à la croix.

A mesme intention les empereurs Theodose et Valentinien ont fait cette ioy ;

L'ESTEIIDART DE LA SAlNGTfi CROIX.

« Ayant Bur tout un grand soin do con- » server la religion de la supresme divi- » nité, quMl ne soit loisible à personne de » graver, ou peindre le signe du Sauveur » Jésus-Christ, ou en terre , ou en pierre , » ou en marbre, qui soit mis en terre. » Cestoit parce qu'ils vouloient que les croix fussent en lieu honorable , et non à terre , où elles pouvoienteslre foulées aux pieds, tant ils portoient de respect à ce sainct pourtrait. Ainsi Juslinicn rappelle très* saincte croix , et vénérable. Sedule, trèsancien poète , parle de Thonneur de la croix en cette sorto :

Peue eruHi ipse fuiij riolentaque rohora memhrtê niuttram propriit ^ pamam teitivil honore , Suppliciumque dedil iignum magii esse salulis, tpsaque sancti/icans in se tormenta beavit^ Éere quis ignoret speciem crucis esse colendam, Quœ Dominum portatit avons rationê patente, Quatuor inie plaças quadrati eolligH arbis.

0 croix ! il fut (a paix, et par sa chair ti digne, Rendant la cruauté plus que jamais insigne, 11 a de tant d'horreur ta honte revestu El fait que ton suppliée ( ô estrange rertu ! ) Soit de nostre salut la preuve plus certaine. Bien-beiirtnt les toarmeuts donl il souffrit la

peine.

Quoy donc! nieras-tu qu'il nous faille honorer L'Image de la croix , ou qui peut l'ignorer? Paisqa'en triomphe elle porte nostre grand

maistre, El par rive raiaon le portant fait paroistre Que bien qu'en quatre parts le monde est par-

11 est iMl in la eroix eomme en an abrégé.

Prudence , encore plus ancien , losmoigne que les empereurs chrestions honoroient la croix :

ipsa suis Ckristum Capolia Romula mcBrent , Prineipibus lucere Deum : jam purpura supplex Slernitur, JEneadœ reetoris , <ui alria Christi, VeoDiUuwique erueis summtu dominator adorai.

Le Gapitole on roit à Rome desp4(é ,

Que Jésus par ses rois soit pour Dieu réputé.

Ea églises on voit toute à lerro abattue

La pourpre des Romais humblement estenduC,

Et de ce monde bas lo souverain monarque

Adore de la croix l'estendart et le marque.

A cette coustume des empereurs se rapporte Tadvertissement que S. Remy fit au roy Clovis :

MiUis depone eoUa Sicamber^ Incende quod adorasti, El adora quod iiicendisti,

Sicambrien gracieux, Baisse le col et les yeux Brusie la chose adoréa, PviaadoitUhriialéa,

C'est qu'il le veut rendre capable du chriitianisme , qui fait brusler les idoles et honorer la croix.

Mais à quoy, je vous prie, vifloit la bravade que les payons faisoient aux chrestiens, récitée par Minutius Félix, livre 8, joint à ceux d'Arnobe ; « Yoicy des sup- » pliccs pour vous, et des tourmens et des » croix , non plus pour adorer, mais pour » souffrir. » N'cstoitce pas une presupposi lion de Thonneur que les chrestiens faisoient à la croix qui leur faîsoit advaocer ces parolles : Ecce vohi$ supplicia et tormenta , jam non adoranda , sed $ub€wi^ da, cruces?

En voilà bien assez pour convaincre le traittcur, qui a bien osé dire que du tempi delà pure et primitive Eglise, on n'adressé ny veneré la croix : ou bien ce qui revient tout en un, qu*il ne luy faut porter aucoB honneur religieux ; car à quoi autre honneur se peut rapporter ce que j'ay produit jusquesicy?

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