LIVRE II » CHAPITRE TII
tel 9 en forme de oroix. Ce quo mesme Ni* oolas Cabasilc csplucho par lo menu , en rexpo»ition do la lilhurgic. Je sçay qu'il y t plusieurs poincls en ce quo j'ay dil qui se rapportent au simple eigno de la croix : mais il y en a beaucoup qui no peuvent eatre entendus que de la croix faite en matière subsistante ; comme quand il est dit qu'on metloit la croix es maisons , murailles , fcnestres , en lu table sacrée , et qu'avec le caractère d'icello ou dcdioit les baeiliques. Or je n*ay pas osé séparer ce que mes auteurs avoient conjoint.
Cependant il paroist qu'on no doit point mettre de barrière entre la croix et les dioees religieuses, selon la créance de rantiquité. C'est grand'pitié quo d'un superbe et mal instruit , on ne le peut faire démordre. Calvin avoit dit quo « Si l'au- » thorité de l'Ei^liso ancienne a quelque B vigueur entre nous . nous notons que par » fespacede cinq conts ans, ou environ , 1 du temps quo le christianismo esloit en > sa vigueur, el qu'il y avoit plus grande
• pureté de docdino , les temples de cbrcs- » tiens ont esté nots et exempts de telle B soiiilleure. » Il parle ainsi des images de Jesus-Christ et des Saincls ; et peu après il dit c Que si on compare un aage avec
• l'autre, Tintegrilé de ceux qui se sont » passez d'images mérite bien d'estre pri- » séo au prix de la corruption qui est sur-
• venue depuis. Or je vous prie, qui est-ce » qui pensera que ces SS. Pères eussent » privé a escient l'Ësglise d'une chose qu'ils
• eussent connu luy estre utile et salu- » taire* »
Les pauvres huguenots avoient esté appris comme cela par lo père do leur reformation. On leur a monstre mille fois que c'estoit une fausseté , et qu'es cinq cents , voir es (rois cents premières années, il y avoi t des images es e-i;lisrs. Ils dirent neantmoins autant impudemment que jamais que l'antiquité no mettoit point d'images tiix églises : mais ayant monstre le con* traire , quant à l'imago de la croix , je puis diro : « lie 1 je vous prie , qui est-ce
• qui pensera que ces SS. Pères, Chry- Bsostome , Augustin, Paulin , eussent mis Ben usage une chose qu'ils eussent connu B estre inutile et pernicieuse ? » Mais le mieux est qu'ils tesmoignent non seu' tement de leur fait, mais aussi de la
practitfue du christianisme de leur aage.
Ainsi Justinien l'empereur fît cette loy : • Que l'evesque consacrant une église ou » monastère , consacre le lieu à Dieu par B oraison , fîchant en iceluy lo signe de nos- B tre salut, nous entendons la vrayement » adorable et honorable croix. Ainsi qu'il B commence l'edifîce , mettant un si bon et B propre fondement. » Il dit le mesme en plusieurs endroits , et veut qu'avant lo bas» timent on plante tousjours t FineràbUem et sanctisêimam crucem , < La vénérable B et tres-saincte croix.» Que sauroitron dire à tant do si grands tesmoins?
Le traitteur , pour ne sembler estre du tout muet , nous oppose a Qu'Hpiphaneus B passant par un village nommé Anablata; B estant entré en un temple où pendoit B un voile teint et point, ayant une image B comuie do Jesus-Christ , ou de quelque Bsainct, il mit en pièces co voilo, d'au- » tant quo cela cstoit contre les EscritureSi » comme cela se lit plus au long dans sou » epistre traduit par S. Hierosme.B
Or je reponds : 4 . Que cette dernière pièce d'epistre , citée par le traitteur, n'est aucunement de S. Epiphane, mais un ajancement estranger, comme il paroist en ce que le sens de l'epistre estoit du tout bien achevé, sans cette piece-lâ ; que cette pièce est hors do propos, qu'elle ne ressent aucunement la phrase de S. Bpiphane, ou de S. Hierosme, et que les Iconoclastes citant tous les tesmoignages qu'ils ))eu vent des anciens pères, et nommément do S. Epiphane, ainsi qu'il est déduit au second concile de Nicée , ne produisirent jamais cette pièce de l'epistre traduite par 8. Hierosme.
%, Je responds qu*cn cette piece-là il est dit quo l'image peinte sur le voile estoit d'un homme pendu, comme de Jesus- Christ , ou de quciqu'autre contre les Escriturcs : il se pouvoit donc faire que cette image fust dressée contre la vérité do l'his* toire de la passion de Noslro-Seignouri avec indécence. Dont 6. Epiphane ne se pouvoit asseurer que c'estoit qu'elle represcntoit , et partant eust raison de la deschirer. Mais que peut tout cela contre tes imagos de la croix et du crucifix , qui représentent au vray la passion de Nostre- Seigneur, ainsi qu'elle est descrite en l'^Jvangile?
6i un avesque treoveit dans quelque
L'£STElfDART DE LA SAINCTB CKGIX.
église de 8a charge l'image d'un cruciBx qui representast Nostre-Seigneur non cloilé, mais attaché avec des cordes sur la croix (comme Ton void par la faute des peintres en plusieurs images , le bon et le mauvais larrons pendus en cette sorte), feroit-il pas son devoir dedeschirer et rompre telle image? et faudroit-il dire pourtant qu'il rejettast l'usage des images propres et bien faites.
De pareille force est le tesmoignage du concile Elibertin , cité par le trailteur, auquel il est dit : « Qu'en l'Eglise on ne doit 9 avoir de peintures, afin que ce qui est » honoré et adoré ne soit point es parois. » Car je dy : 4 . Que telle occasion peut naistre en quelque province, par laquelle on devra defl'endre que les images ne soient point es églises ; comme si les infideiles , Maures, Turcs et hérétiques ravageoient les temples, brisoient les images, et les outrageoient en mespris de ce qu'elles représentent , il ne seroit que bon de leur enlever toute commodité et occasion.
8. Je dy que la défense du concile Elibertin, selon la portée de la raison, laquelle y est alléguée , ne s'estend pas aux images mobiles, mais à celles seulement qui sont peintes, et sur les murailles, et ne seroit à Tadventure pas mal que telle défense fust observée, parco que telles images sont subjettes à se gaster , défaire et effacer, non sans quelque mespris de leur sainct et sacré usage, qui est la raison du concile , disant : ^e quod coliiur , aut adoratur, in parietibut depingalur.
Afin que ce qui est honoré , ou adoré, ne soit peiiU es murailles.
3. Je dy que puisqu'on ne peut pas sçavoir le propre et particulier motif de ce concile , et qu'il n'estoit que provincial , et de dix-neuf evesques seulement , il n'est pas raisonnable de le vouloir rendre opposant au gênerai consentement, et à la couslume de l'Eglise ancienne , qui rece voient les images aux églises , comme j'ay preuve cy- devant. Mais qui voudra voir quelque chose de plus , touchant ces doux objections, qu'il lise ceux qui ont traitté la controverse des images.