LIVRE TROISIESME
DB L*HONNSDR ET VERTU VU S1G5E DE tA CROIX.
GiAPIIRB PREMIER.
Définition du ligne de U croix.
0 signe de la croix est une cérémonie «filienne, représentant la passion de lire - Seigneur , par l'expression de la ire de la croix, faite avec le simple mou- Bont. J'ay dit que c'est une cérémonie , roicy de quoy : un habile homme rend eael met en œuvre tous ses gens , non iemeat ceux qui sont d'une nature ac- ) et vigpureuse | mais encore le» plus
mois. Ainsi la vertu de religion qui a pour sa propre et naturelle occupation de rendre à Dieu , autant que faire se peut , Thonpeur qui luy est dou , tire au service de son dessein les actions vertueuses , les dressunt toutes à i'honneor de Weu : elle se sert de la foy, constance, tempérance, par le bien croire, le martyre, lejeusne. C'estoit desjà des actions vertueuses et bonnes d'elles-mesmes , U rolii^ion ne fait que les contourner à sa particulière intenlioa , qui est d'ea honorer l>ieu«
L^ESTClfBART DE LA SAIIICTE GRODL
Mais non seulement elle employé ces actions , qui d*elles-mesmes sont bonnes et uliles, mais met en œuvre des actions in* différentes , et lesquelles d'ailleurs seroient du tout inutiles , comme ce bon homme de I*Evangile (4), qui envoya en sa vigne ceux qu'il trouva oyseuz, et desquels aucun ne s'estoit voulu servir jusques à l'heure. Les actions indifférentes demeureroient inutiles , si la religion ne les employoit. Estant employées par icelle , elles deviennent nobles, utiles et sainctes, et partant ca{)ables de recompense , du dernier jour-
na'ier.
Ce droict d'annoblir les actions , lesquelles d'elles-mesmes seroient roturières et indifférentes , appartient à la religion , comme à la princesse des vertus. C'est une marque de sa souveraineté ; et elle a cecy tellement à cœur, que jamais il n'y eut religion qui ne se servist de telles actions. Lesquelles sont, et s'appellent proprement cérémonies, dès lors qu'elles entrent a uservice de la religion. Et pour vray, puisque l'homme tout entier avec toutes ses actions et dépendances doit honneur à Dieu , et qu'il est composé d'ame et de corps, d'intérieur et d'extérieur, et qu'en l'extérieur il y a de> actions indifférentes, ce n'est pas merveille si la religion , qui a le soin d'exiger de luy ce tribut, demande et reçoit en payement des actions extérieures, indifférentes et corporelles. «
Considérons le monde en sa naissance :
Abel et Caïn (2) font des offrandes, quelle autre vertu les a sollicitez à ce faire, sinon la religion (3)? Peu après Noé sort de Tarche , comme de son berceau, et tout incontinent un autel est dressé, et plusieurs bestes consommées sur iceluy en holocauste : dont Dieu reçoit la fumée pour odeur de suavité (4). S'ensuit le sacrifice d'Abraham (5) , de Melchisedech (6) , d'Isaac (7), de Jacob (8) , et le changement d'habit avec le lavement d'iceluy. La loy de Ikloyse avoit'une grande partie de son exercice en cérémonies.
Venons à l'Evangile : combien y voit-on de cérémonies en nos sacremens (9), en la guerison des aveugles (40) , ressuscitation
s. Matt. XX, f. 7. — (î) G«n. nr , 8. -. (8) Ib. tiii, «0. -> (4) 16. xu , • , «t XIII . f . 18. — (8) Ib. xiT, ▼. 18 — (e; Ib. XXII, T. 18. — (7) Ib. xxviii, T. 18 ; xxxiii, V..20; xxxT.T. 14. — (8)16. XXXV, t. — (9) Joan. m. il, Lae, uu« il, 18 ; Harc , TU, 18. — (ilD Jota. H, t, T.
des morts (4) , aa lavement des pieds du apostres? L'huguenot dira qu'en cela Diei a fait ce qui luy a pieu , qui ne doit estii tiré en conséquence par nous antres. Mail voicy S. Jean qui baptise (2) : S. Paul qui se tond en cenchrée (3) selon son vcn; il prie les genoux en terre (4), avec l'Eglise miletaine. Toutes ces actions estoioit d'elles-mesmes stériles et infructueuse! : mais estant employées au dessein de k religion , elles ont esté cérémonies boiih râbles, et de grand poids.
Or je dy ainsi que le signe de la cnii de soy-mesme n'a aucune force, ny verta, ny qualité qui mérite aucun honneur, al partant je confesse que Dieu n'opère pool par les seules figures ou characterei, comme dit le traitteur , et qu'es chosci naturelles la vertu procède de l'essence et qualité d'icelle ; es surnaturelles Dieu y opère par vertu miraculeuse , non attachés à signe, ny figure. Mais je sçais aussi qw Dieu employant sa vertu miraculeuse , • sert bien souvent des signes, cérémonies, figures et characteres , sans pourtant attacher son pouvoir à ces choses là.
Moyse touchant la pierre avec sa verge^ Helisée (5) frappant sur l'eau avec le mair teau d'Heiie.les malades s'appliquantroabre (6) de S. Pierre , le mouchoir (7) di S. Paul , ou la robbe (8) de Nostre-Seigneur, les apostres (9) oignant d'huile plusieurs malades ( choses qui n'estoient aucunement commandées) , que faisoient-ib autres choses que de pures cérémonies, lesquelles n'avoient aucune naturelle vigueur, et neanlmoins estoient employées pour dei effets admirables? Faudroit-il dire cela, que la vertu de Dieu fust cloUée et attachée à ces cérémonies? Au contraire , la verta de Dieu qui employé tant de sortes de signes et cérémonies , monstre par-là qu'elle n'est attachée à aucun signe ny cérémonie.
J'ay donc dit 4 . que le signe de la croix est une cérémonie : d'autant que de sa qtithté naturelle un mouvement croisé n'est ny bon , ny mauvais , ny loiiable, ny vituperable. Combien est-ce qu'en font les tisserands , peintres , tailleurs *-i autres qoa personne n'honore ny ne p i>3 , parce que ces croix (autimt en dis-je des characteres
(1) Joan. Xi, w. 88. — (î) 8. Marc, i, f. 4; S. Matt n.f. — (8) Acl xviii , T. 18. - (4) là XX, f. S8.^i; IT. Bl^ 11, 14. — (8) Act. T. 18. — (7) Ib. ux, 11. -1 (8> 8. HUL II. flO. -(Dllan, n.f.it.
UTBE m, CHAPITRE IL
et figures croisées que nous voyons es ima- ^s prophanes, fenestres , bastimens), ces nt>ix, dis -je, ne sont pas destinées à l'honneur de Dieu , ny à aucun usage religieux ? mais quand ce signe ^st employé au service de l'honneur do Dieu , d^indiffclent qu*il cstoit, il devient une cérémonie ncro-saincte , de laquelle Dieu se sert à plus grands effects.
S. J*ay dit que cette cérémonie estoit chrestienne , d'autant que la croix, et tout œ qui la représente, a (4) est folie aux «payons, et scandale aux Juifs,» lesquels, comme a remarqué le docte Genebrard , alléguant le rabbi Kimhi , l'ont en telle abonîoation , que mesme ils ne la veulent pas sommer par son nom , mais l'appellent : ilamen et subtegmen , Estaim et trame , qui sont les filets que les tisserands croi- KDt en faisant leur toile. Je sçay qu'en l'ancienne loy , voire en celle de nature , pluneurs choses seront passées pour repreaenter la mort du Messie ; mais ce n'ont «lé que des ombres et marques obscures et confuses , au prix de ce qui se fait maintenant. Ce n'esloient pas cérémonies ordilaires à cette loy, mais comme des cloyses qui lesesclairoient en passant. Les payens, at autres infidolles, ont quelquesfois usé de ce signe, mais par emprunt, non comme d*une cérémonie de leur reli«;ion , mais de
J*ay dit enfin que tout cela se faîsoit par un simple mouvement , pour forclorre les signes permanens , en gravez et tracez en matières subsistantes, desquelles j*ay parlé au livre précèdent.
4 . Or l'ordinaire façon de faire le signe de la croix dépend de ces observations. Qu'il se fasse de la main droicte, d'autant qu'elle est estimée la plus digne , comme Justin le martyr. 2. Qu'on y employé ou trois doigts , pour signifier la saincte Trinité, ou cinq , pour signifier les cinq plaies du Sauveur. Et bien que de soy il importe peu que l'on fasse la croix avec plus ou moins de doigts; si se doit^n ranger à la façon commune des catholiques , pour ne sembler condescendre à certains héreti»
ques jacobites et arméniens , dont les premiers prolestant ne croire la Trinité , les seconds ne croire qu'une seule nature en Jesus-Christ , font le signe de la croix avec un seul doigt. 3. On porte premier la main en haut vers la teste , en disant : « Au nom 9 du Père , » pour monstrer que le Père est la première personne de la saincte Trinité, et principe originaire des deux autres. Puis on la porte en bas vers le ventre , en disant : a Et du Fils , » pour monstrer que le Fils procède du Père qui l'a envoyé çàbas , au ventre de la Vierge. Et de-là on traverse la main de l'épaule, ou partie
h Dostre ; et de fait, le Iraitteur confesse | gauche , à la droicte , en disant : « Et du qoe le signe de la croix est une marque de | » Sainct -Esprit , » pour monstrer que le
christianisme.
3. J'ay dit que cette cérémonie repre- WDtoit la passion ; et à la vérité , c'est son premier et principal usage , duquel tous les autres dépendent, qui la faict différer de plusieurs autres cérémonies chreslicnnes , qui servent à représenter d'autres mystères.
i. J'ay dit qu'elle representoit par l'expression de la figure de la croix, pour toucher la différence avec laquelle le signe de k croix d'un cx)sté , et l'Eucharistie de faulre , représentent le mystère de la passion ; car l'Eucharistie la rc{)resente principalement , à raison de la toUile identité de celuy, lequel y est offert, cl deceluy .qui fut offert sur la croix, qui n'est qu'un mesme Jesus-Christ. Mais le signe de la croix fait le mesme, exprimant la forme et figure de la passion.
f) 1. Cor. I, t»; PMl. uavn, t. 49.
Sainct-Esprit estant la troisiesme personne de la saincte Trinité, procède du Pore et du Fils , et est leur lien d'amour et charité, et que par sa grâce nous avons Tefiect de la passion. Par où l'on fait une briefve confession de trois grands mystères de la Trinité , de la passion et de la remission des péchez , par laquelle nous sommes transportez de la gauche de malédiction il la dextre de bénédiction.