CHAPITRE Vm
Autre raison pour laquelle on fait le signe de It éniX âtt (hiitt , Urée du prophète Ezechiel.
. « Dieu appella l'homme qui estoit vestu »de lin, dit le prophète Ezechiel (2), et » qui avoit l'escritoire de Tcscrivain sur » ses reins, et le Seigneur luy dit : Passe » par le milieu de la cité , au milieu de Hio- » rusalem , et marque de Thau les fronts » des hommes qui gémissent et souspirent » pour toutes les abominations qui se font »au milieu d'icelle. Et tout incontinent » après il commande à six personnes qui »portoient les vases de la mort on leurs » mains , de massacrer tout ce qui se treu- » veroit dans la cité : Mais , dit-il , sur qui- » conque vous verrez Tliau, ne le tuez pas.» Ce Thau , marque de sauvemenl, ne signi^ • doit autro chose que la croix : or il estoit imprimé sur le front; c'est pourquoy nous
faisons la croix au front. Belle i»reiiTe do Thonneur et vertu de la croix, et d'autant plus considérable que le traitteur tascba de l'obscurcir. Voyons donc par lo meou co qu'il en dit, et rexaminons»
4. Ayant recité le texte d'Ezechiel m cette sorte : t Marque de la marque les » fronts des hommes, » il poursuit ainM s a En ce sens , et en pareils mots Ta traduit » lo translateur grec, comme aussi S. Hîe- » rosme remarque que les septante inter- » prêtes, et Àquila , et Symmachus ont dit Adc mesme, à sçavoir : Mets le signe ov » la marque sur les fronts ; car aussi Thau» » en hébreu , signifie marque , ou un sigae, » et est tiré du mot Thauat^ c'est-à-dire, » signifier, ou desseigner» »
Ce ne sont pas grandes nouvelles qae cela : mille des nostres Font desja remarqué , et entre autres Sixte Sienois. Um . quelle conséquence en peut-on tirer contre nous? Faisons que cette traduction fust la meilleure , n'y aurons-nous tousjours cet avantage, que le signe delà croix estant le plus excellent des purs et simples signes» et le grand signe du Fils de Dieu , il peut et doit estre entendu plus propremeit qu'autre quelconque, sous le nom et met absolu de marque ou signe? car ainsi »
3uoy qu'il y pcust avoir plusieurs signes u Fils de l'homme , quand toutesfois il est parlé absolument du signe du Fils do l'homme, les anciens l'ont entendu du ai* gne de la croix.
Et S. Hierosme en l'epistre à Fabiola , prenant le signe d'Ezechiel , non pour la lettre Thau simplement , mais pour sigae et marque en gênerai, ne laisse pas pourtant do l'appliquer à la croix. < Alors , dit-ii » » selon la paroUe d'Ezechiel , le signe es* > toit fiché sur le front des gemissans s » maintenant portant la croix, nous disons: » Soigneur I la lumière de ta face est sigaée s sur nous. » Ainsi quand il est dit en l'A* pocalypse : « (1) Ne nuisez point à la terre» » ny à la mer, ny aux arbres, jusque! à V ce que nous ayons marqué les serviteurs . s de nostre Dieu en leurs fronts ; » la mar que dont il est question n'est autre choM que la croix , comme sont d'advis CEcumené , Rupert , Anselme, et plusieurs autres devanciers , avec grande raison ; car quelle autre marque peut-on porter sur If
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UYRE m , CHAPITRE Ypi.
front plus honorable devant Dieu le Père, Ipie celle de son Fiîs? et à quelle sorte de marque peut-on mieux déterminer toutes ces saineles parollcs qu'à celle de laquelle noua sçavons tous les plus grands serviteurs de Dieu avoir esté marquez, et en avoir faict tant d'estat?
5|. Apres que le traiUetrr a ainsi colfoqné son opinion touchant la version de co Wcii , il poursuit ainsi : « Vray est que TTieodolion, etTinterprètation vulgaire, ont retenu le mot de Thau , le prenant inatcTîelIement , comme on parle aux escholes, sur quoy plusieurs ont philosophé à leur plaisir ; car comme le mcsme 8. Hierosme escrit, plusieurs ont dit que par la lettre Thau , qui est îa dernière de l'alphabeth hébreu , pstoient sii^nifiez C€ux qui a voient une science parfaicte : les antres ont dît que par la mesme lettre esloit entendue la ioy, qui en hébreu est appelée Thorah , duquel mot la première lettre est Thau. Et finalement le mesme 8. Hierosme laissant le characlere dont a usé le prophète , a recherché le characlere des Samaritains, et dit que Thau, entre les Samaritains, a la ressemblance d'une croix; mais il no peint point la figure de ce Thau des Samaritains , et pourtant iceluy sentant que ce sien dire estoit recherché de trop loin , adjoute incontinent après une autrcexposition,c*est à sçavoir, que comme îa lettre Thau est hi dernière en Talphabeth , ainsi jmr icelle esloient représentez les gens de bien, estant de reste de la multitude des mal-vrvans. » Voilà la seconde saillie du traittenr à ce propos , sur laquelle j'ay à dire plusieurs choses.
♦ . L'ancienne, vulgaire et générale édition, mérite biert ce crédit qu'on no la laisse pas témérairement pour autre quelconque.
Et partant puisqu'elle retient le Thau, par la marque duquel dévoient eslro marquez ces gemissans , nous ne Te devons pas rejetter pour peu.
2. C'est tres-mal parlé de dire que plusieurs ont philosophé sur cela avec plaisir, entendant des anciennes considérations, foictes sur cette prophétie ; car ces anciens et graves esprits n'ont pas manié les Escritores à leur plaisir , mais leur plaisir pur Ifecritnre.