‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 174 sur 356 · Aussi quoy que S. Hierosme produise · texte numérisé non relu

Aussi quoy que S. Hierosme produise

plusieurs sens, si ne sdht-ils pas contraires ; mais tous peuvent joindre ensemble, sur celuy que le mesme S. îlierosme estime le plus sortable, et lequel est plus doux et naïf; car le comble do connoîssance signîné , par la fin et comble des lettres qui est Thau , gist à sçavoir et practiqner la loy laquelle est encore signifiée par Thau ; d'autant que le mot Thorah, qui signifie la loy, se commence par Thau. Or la loy ne s'observe que par le reste et petit nombre des bons , et ce en vertu do la croix et mort du Sauveur, le signe do laquelle est sur lo front exprimé par la lettre Thau hébraïque. C'est philosopher à l'honneur de Dieu , non pas à plaisir.

4. Mais n'est-ce pas une trop grande ruse, de vouloir faire croire que S. îlierosme ne s'est voulu arrester sur la troisiesme interprétation , comme la sentant recherchée de trop loin , et que parlant il a apporté l'autre? Certes c'est une fausseté expresse ; car 4 . La dernière interprel<ition est plus forcée, la troisiesme plus coulante. Quelle convenance y a-t'il entre le reste des niechans , et la dernière lettre de Talphabeth ; mais elle est grande entre l'ancien Thau hébreu, et la croix, comme dit le niosmc S. Hierosme. 2. S. Hierosme répète ailleurs la troisiesme interprétation, qui monstre assez qu'il la tient pour loyale. J'ay cité le lieu cy-dessus. 3. Il proteste ouvertemcrtt que c'est son opinion ; car après avoir allégué les deux premières, il produit la troisiesme ainsi : < Mais afin que nous venions

> à nos affaires, par les anciennes lettres » des Hébreux, desquelles jusqucs à cejour- » d'huy les Samaritains se servent, la der-

> niere lettre Thau a la ressemblance de la

> croix , laquelle est peinte au front des • chresliens, et signée par la fréquente

> inscription fuite avec la main. >

El p:ir ceci l'on voit combien le traitteur a , ou d'ignorance , ou de n^Iice , quand il dit que S. Hierosme a laissé le characlero dont a usé le prophète, pour rechercher le characfere des Samaritains. Y a-t*il si ^muvre homme qui ne sçacho qu'Ezcchiel a vescudevantBâdras,puis(iueceluy-là mourut en la captivité, et celuy-cy après icelle, et la rosLîiuralron du temple? Qui ne sçayt qu'Eî^dras a esté le dernier en la continuelle succession des prophètes? Or ce futEsdras qui changea les anciennes lettres des Ho-

L'ESTEHDAKT DE LA SAINCTË CRODL

breux en celles que nous avons maintenant. Mais les Samaritains les retinrent (voyez ce qn*en dit S. Hicrosme In Prologo Galeaio); Ezechiel donc qui escrivit avant la mutation , se servit de l'ancienne forme des lettres hébraïques , selon lesquelles leThau estoit semblable à la croix. Tant s'en faut donc que S. Hierosmc aye laissé le charactere dont usa le prophète , qu'au contraire il Test allé rechercher dans l'antiquité des lettres hébraïques , qui estoit demeurée parmi les Samaritains : ny S. Hierosme ne recherche pas les characteres des Samaritains comme dit le traitteur, mais plutost celuy des Hébreux anciens < Duquel^ dit- » il , jusqucs à cejourd'huy les Samaritains » se servent v sçachant que c'estoil de cet ancien charactere , duquel Ezechiel avoil indubitablement usé, puisque le changement n'estoit pas encore fait quand il fit et prononça sa prophétie.

3. Le trailteur reproche de rechef nostre raison tirée de la prophétie d'Ezechiel , la disproportion qu'il dit estre entre la croix et l'ancien Thau des Hébreux. < Mais soit, 9 dil-il , que la lettre Thau aye esté peinte » en charactere hébreu ou en charactere 9 samaritain par une seule figure , il est • aisé à voir qu'il y a peu de similitude à 9 une croix entière ; car le charactere he- » breu est fait ainsi n , et le charactere 9 samaritain ainsi T, qui n'est pas la vraye » figure de la croix; car il y défaut la par- 9 tie du dessus où estoit fiché l'escriteau 9 ou tiltre de la croix , comme l'a bien re- » marqué Lipsius au chapitre 40 de son 9 livre de la croix.»

Ne voicy pas de grandes finesses? H y a peu de similitude, dit-il, du Thau Ta une croix entière f. Mais quelle plus grande similitude y peut-il avoir, sinon que le Thau fust une croix? Certes nous ne disons pas que le Thau soit une croix , ains qu'il la ressemble : or Similia non tunt eadem , Ce n'est pas croix, mais il ne s'en faut gueres. Et pleut à Dieu que ces réformateurs eussent imité ce rare et grand esprit Justus Lipsius : ils ne seroient plus ennemis de la croix.

Il a tort aussi d'alléguer que le charactere hébreu est ainsi fait n ; car c'est le charat !ere tel qu'on le fait aujourd'huy, duquel nous ne parlons pas , mais de celuy qui estoit au tempe d'Ezechiel ; lequel ,

conmie dit S. Hierosme , resMmbloit à k croix. Et quant au charactere samaritain, je ne sçay s'il estoit du tout tel au temps de S. Hierosme , qu'il est aujourdliny. Je veux bien croire que s'il eust eu plus de forme de croix qu'il n'a , les Juifs et rabbins l'eussent changé , en haine de la croix, laquelle ils détestent tant, qu'ils ne la veulent pas mesme nonuner, comme a remarqué le docteur Genebrard , et je Tay dit ailleurs.

i. Le traitteur oppose encore « Que si 9 la diction Thau a esté décrite avec set » consonnantes , et une voyelle , oomme 9 aujourd'huy elle se lit au texte hébreu | 9 en cette manière m , il y a encore moins 9 d'apparence. »

Là où je dy que Thau veut dire un signe et une lettre particulière ressemblante à la croix : si la prophétie s'entend d'un signe absolument, il faudra tousjours le rapporter à celuy de la croix, à cause de l'excellence d'iceluy, comme j'ay dit cy-devaot, et de plus , ce signe estant exprimé par un mot qui a en teste et en sa première lettre la figure de la croix, et non seulement cela, mais signifie encore un certain seul charactere qui a semblance de croix, nous sommes tousjours plus contraints , par la consi ieration de tant de circonstances, à prendre ce signe de la prophétie pour celuy de la croix. Mais si la parole Thau ne signifie pas seulement une borne et signe, mais encore une croiX , comme l'asseure Genebrard , homme extresmement ou incroyablement versé en la langue hébraïque , quelle plus grande lumière voudroiton en confirmation de nostre dire?

5. a Mais , se dit le traitteur , après les » mots il faut venir au sens. 4 . Il appert par » ce qui est recité au H" et 9* chapitre d'E- 9 ze'chiel , que tout ce qui est là dit a esté » représenté en vision mentale , tellement » que la chose n'a es(é réellement faite. •

îcy je consens volontiers , et dy que cette visioor estant spirituelle, elle a d'autant plus de rapport à l'Esprit de l'Evangile, que non pas au corps de la loy ancienne, en sorte que la chose n'ayant point esté réellement faite sur la vieille et matérielle Hierusalem, elle a deu estre réellement vérifiée en la Hierusalem nouvelle elchrestienne.

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