S. Cyrille Hicrosol. : « C'est le signe
* des fidelles et la terreur des démons ; car » il a triomphé (il parle de Nostre-Seigneur) » d*iceux en ce signe : monstre-le hardi- » ment ; car voyant la croix , ils se ressou- » viennent du cruciGx , ils craignent celui » qui a froissé le chef du dragon. »
40. S. Augustin : « Si parfois Tennemy » veut dresser des embuscbes , que le ra- » cheté sçache qu'avec le mot du symbole, » et l'estendart de la croix, il luy faut aller » au devant. »
Voilà un accord remarquable des voix de ces irréprochables sectateurs de TEglise. Toicy maintenant des expériences asseuléesde leur dire:
c S. Hilarion oyoit un soir le brayement
V des petits en fans, lebeellementdesbre- » bis, le buglement des bœufs, avec des » bruits esmerveillables de voix diverses : » lors il entendit que c'estoient illusions » diaboliques, parquoy il s'agcnoiiilla et » se signa au front de la croix de Jesus- » Christ; de sorte qu*estant armé d*un » tel beaume do la foy, gisant malade, il > oombattoit plus vaillamment ; mais tout » incontinent qu il eut invoqué Jesus- » Christ, toute cette apparence fut devant » ses yeux engloutie en une soudaine ou- » TAriure de terre, i La croix le fortifia ;
et faire la croix s'appelle invoquer Jesua- Christ, ce qui est remarquable.
Lactance raconte que quelques chres* tiens assistant à leurs maislres qui sacrifioient aux idoles , faisant le signe de la croix , chassèrent leurs dieux , si qu'ils ne peurent figurer leurs devinations dans les entrailles de leurs victimes. Ce qu'cnlen<danl les devins, ils irritoient ces seigneurs, à la sollicitation dos démons, contre la religion chresliennc, et les induisoicnt à faire mille outrages aux églises : dont Luctance ayant conclu contre le paganisme |K)ur la religion chrestienne, il dit en cette sorte : « Mais les payons disent que ces dieux ne » fuyent pas devant la croix pur crainte, » mais par haine : ouy, comme si quel- » qu'un pouvoit hayr , sinon celuy qui » nuit, ou peut nuire. Ains il estoit séant » à la majesté de ces dieux de punir et » tourmenter ceux qui hayssoient plutost » que de fuyr : mais d'autant qu'ils ne » peuvent s'approcher de ceux esquels ils » voyent la marque céleste , ny nuire à » ceux que l'estendart immortel contre- » garde comme un rempart inexpugnable, » il les fascbent et afQigent par les hommes, » et les persécutent par les mains d'autruy. » Ce qu'à la vérité s'ils confessent nous » avons gain de cause. » C'est certes iresbien dit à ce grand personnage.
Julien Tapostat désirant sçavoir quel seroit le succez du dessein qu'il avoit de se rendre maistre absolu de l'empire , ayant rencontré certain sorcier et devin , entra avec luy en une profonde grotte, « Et en » la descente ouyt des bruits horribles, » sentit de grandes puanteurs, et vit des » fantosmes enflammez. Dont tout effrayé » il recourt à la croix et vieil remède, et se » signe d'icelle : prenant pour son proteo- V teur celuy duquel il estoit persécuteur. » Chose admirable ! ce signe eut vertu , les » diables sont surmontez et les frayeurs » cessent. Qu'advint-il de plus? Le mai re- Tn prend haleine, il poursuit outre, il est » animé à son entreprise, et les frayeurs » le pressent de plus fort. Il recourt d'au- » tre fois au signe de la croix , et les dia- » blés sont domptez. Julien apprentif en ce » mestier demeure tout esbahy de voir les » diables vaincus par la croix : le maistre » sorcier le tance , et contournant le fait à » son advantage, luy dit: Ne pensez pas,
L'ESTENbAnT DE lA SAtlf^fÈ AROOL
» je TOI» prie , qn*il8 ayent eti peur, ils ont | » trofois autour des oracles , le teainoî-
» pris en abomination co si<|;ne, non pas I Dgncnt; ci quand cela advient, dit Moyse
9 qu'ils en ayent esté «épouvantez , le pire ! » au treizie-nie du Deutcronome (4), par-
« l'en)|)ortc : il dit ce<*y, et le p rsuada , » l » lant des efTects prodigieux des faux-pro-
jÊbominatiovi illis fuimwt, von limoriy tihcil quod pejus est : hœc durit simul, et persua fi t. Oiëonl parollesdc S. Grégoire Nazianzcne, qui recite l'histoire de Theodoret, et rhistoireTripartilo.
S. Gregoire-le-Grand raconte qu'un Juif se trouvant une nuict en un temple d*Apollo, où plusieurs diables c<^toient assemblez , comme lenant conseil , s'estant signé de la croix , il ne peust jamais estre oflcnsé par iceux : d'autant, disoienl-ils, que c'est un vaisseau vide, mais il e.-t mar(|ii6. C'est ass('z îK)ur mon entreprise. Mais oyons ce que le traitteur dira à cecy ; car il parlera à qtiehjue prix que ce soit.
4 . H rcspond donc à ce dernier exemple « Que qui voudroil en un mot 8*en deve- » iopper, diroit que tels dialogues sont » rem()lis de récits frivoles. » De fol juge briefve sentence. S. Orcgoire-le-Grand, ancien cl vénérable père, fait ce récit. Le traitteur, qui au plus ne peut cstrc^quo quelque vain ministre, Taccusc de niaiserie cl mensonge. A qui croirons- nous? Grand cas, si tout ce qui no revient pas au goust de ces novateurs doit estre retenu pour fable ! Mais que peut-il col ter d'absurde en ce récit , pour le rejetter partant trun si bon lieu , comme est le tesmoignage de S. Grégoire? Sera-ce que les diables tiennent des assemblées et conseils? mais l'Escrituro (I) y est expresse ; et Jean Cassian raconte un pareil exemple. Sera-ce que lo signe de la croix cmpesclie les efforts du diable? mais tous les anciens et plus purs chrestiens l'ont creu et enseigné , et mille ex|)eriences en font foy . Qui a donc peu inciter ce traitleur à faire ce jugement contre S.Gregoire, sinon la rage dont il est animé pour soutenir ses opinions?
2. Mais ayant ainsi respondu à S. Grégoire en particulier, il baille des responses générales pour rabattre la jwincte de tous ces miracles alléguez, et de plusieurs autres.
4 . f Dieu a permis souvent que des cbo- » ses se lissent , lesquelles il n'appreuvoit » pas , comme infinis cfTects, advenus au-
(1] Ptnl. 0. iTiu, f. M , Il , u; m. iUf . uu , f . M ,
Dpheles, Dieu veut espreuver si on lo 9 craint , et si on l'aime tout seul ; car il » ne suffit pas de dire que quelque chose » soit advenu!^. Il faut savoir si Dieu es BCst Taulheur, si c*est chose qui tend » au salut des hommes et à la gloire de » Dieu. »
2. a II s'est peu faire que pour en grft- » ver au cœur des hommes une plus pro- » fonde pen<ée de la mort et passion de »No?tre-Seigfieur Jcsus-Christ , sur les » commencemens de la prédication evan- » geliijue , Dieu quelquesfois a voulu qu'il » se soit fait des choses extraordinaires. Et » pourtant si alors il a pieu à Dieu mons- » trer quelquesfois sa debonnaireté aux » siens , il le faut reconnoistrc pour le re- » mercier de son support. Mais s*il a voulil » que ceux qui estoienl desjâ peu voyans, » vissent encore inoins, ou que mcsmeiU «devinssent aveugles, reconnoissons stf » jugemens , et retenons pure sa vérité. >
3. « Que si ces cfifets sont faits par II » force deJesus-Christ.caesté movenna&t » rinvocalion du nom d'ic^luy , et non par » un signe ; que si c'a esté par mauvais » iuoycn , un charme aura esté chassé par » un contre-charme; Dieu donnant efficace » d'erreur à Satan i)our décevoir les hon- » mes; lequel Salan se voyant dechassé de B son fort par Jesus-Christ (2) , a basty bd » autre fort contre le mesme Jésus, et » employant à tel eflect la simplicité dei » chrestiens , et en fuyant devant la croii, » il a fait comme ceux qui reculent , pour » plus avancer. »
4. Et parlant do l'exemple de Julien IV poslat, il dit « Que l'exemple d'un tel mi- » serable ne doit estre avancé , pour esla- »blir une doctrine en l'Eglise; car tel «exemple n'est pas louable : tellemenl » qu'on peut bien faire cette conclusion: » Puisque Julien l'apostat , cl semblables » autres , ont fait ce signe , cl eu ont esté, » comme on dit, secourus, il est appiirent » que pour cela ne procède de Dieu : ains »il est venu de Satan, qui l'a de plusea » plus voulu troubler et enlacer par le juste » jugement de Ditu; car ce cas, advenu
(i; IMUU un, s. — (4 Loo, XI, M
tlTM «. «RAFTmK &
Ifl
MPdinairement , a seryy pourtant confondre cet abominable , tant en iscience que devant les hommes et t Dieu. » Voilà ea somme les resdu Irai lieu r.
leur oppose 4 . Leur contrariété, inle et doute ; il ne sçay t à qui bailler ur de ces evenemens. « Si c*est par *ce de Jesuâ-Chrisl , si c*est par ats moyen , il s*est peu fuire pour iver une plus profonde pensée de rt et passion de Jesus-T.hrist. Que esté Dieu , donnant efficace d'er- Satan pour décevoir les hommes ;»
mbarnissemcns? Monstre-t'il pas , s irrésolutions, qu'il est bien em- , et qu'il va sondant le guay , sayer 8*il pourra trouver quelque e?
leur oppose toute Tantiquilé , laavec un consentement nompareil , e que ces merveilles advenues sont ain de Dieu. Ces grands pères que ons citez , et en si grand nombre , iriteroienl-ils bien à faire te signe *oix , s*ils douloient que le diable Tautheur? et qui doutera que Jeist en soit Taulheur , s'il considère Lactante déduit, combien cela lend eur de Dieu , que le simple signe ission chasse ses ennemis, ppose que ces respon ses ressentent înt rheretique et désespéré : c'a rain ordinaire des anciens rebelles, lier les miracles aux charmes et à ion des diables. Tesmoins les Scri- 'harisiens (4), qui attribuoient les de Jesus-Christ à Beelzebub , les iens , au rapport de S. Hierosme , rricns , selon S. Ambroise. Le mot jllien est mémorable , persuadant me de ne se remarier point à un ina Te cacheras-tu, dit-il , lorsque tu ton lict et ton corps? ne semblera^ |ue tu fasses une action magique?»
ous comme Tertullien attribue aux le dire des huguenots, à savoir igné de la croix sert à la magie, ppose que la conséquence de tels tousjours esté à la gloire de Dieu, »il au salut des hommes ; tous les )nt ainsi remarqué. N'est-ce pas la î Dieu I et le bien des hommes que
la dIaMè soit domfKl «1 r^lét Ortea, entre les grands efibcts de la crucifixion du Fils de Dieu , il y compte luy-mesme celuy-cy : t (4) Maintenant le prince de œ » monde sera mis dehors. » Et c*est cela qui fait que le diable fbyt deyantia crohc, comme devant la riva représentation de cette crucifixion.
5. J'oppose que , puisqu'il 8*est peu MtB que les merveilles faites à la croix ayent esté faites par la force de Dieu pour en graver la pensée de la mort et passion de nostre Sauveur au cœur des hommes, comme le traitteur confesse , il a eu tort , et s'est monstre trop passionné d'aller re» chercher une autre cause de ces miracles ; car celles-cy est plus à l'honneur de Dieu , et au salut des hommes , que non pis de dire que le diable en a esté l'autheur, ' comme le mesme traitteur dit par après.
6. J'oppose que c'est ouvrir la porte à la mescreance , laquelle à tous les miracles des exorcismes , tant de Nostre-Seigneur que de ses disciples, respondra que le diable fait semblant de reculer pour mieux avancer. Et quant à ce que le traitteur dit que le diable a employé à cet effect la sim plicité des chrestiens, il y auroit de l'ap^ parence, si on luy produisoit le tesmoi gnage de quelques idiots. Mais quand on luy produit lès Martial , Ignace , Origene , Chrysostome » Augustin , comme oseH'Il les accuser d'une simplicité folle , ou plu*, tost de niaiserie?? a-t'il homme qui vive qui leur soit comparable , non plus en suf«^ fisance qu'en saincteté , parlant de la plu* part?
7. Et quant au fait de Julien l'apostat , lequel le traitteur dit ne devoir estre suivy , ains plutost rejette , je remonstre que c'est un traict de mauvaise foy au traitteur , de gauchir ainsi à la raison vive ; car qui produisit jamais ce faict comme de Julien l'apostat? On l'avance , pour mons* trer que le signe de la croix a tant de verta contre les malins , que non seulement ils le craignent en bonnes mains , mais encore es mains de qui que ce soit : de quoy le cas advenu à Julien fait une preuve manifeste.
Pour vray , S. Grégoire Nazianzene et Theodoret tiennent résolument que lesdia» blés fuyrent pour la crainte qu'ils eurent |
(i)iéMiiyiaii
L'ESTEUDART IMB LA SAHICTE CROIX.
voyant la croix. Permettes-nous , traitteur, que nous soyons de leur opinion , plutost que de la vostre , ou de celle du maistre charmeur. Le devin , au récit des anciens pores , pour ne confesser pas la honteuse fuite de ses moistres estre précédée de peur , dit à Julien qu*iU avoient eu la croix en abomination, non à crainte. Fincit quod deteriuê est , dit S. Grégoire Nuzian- 2cne, a Le pis remporte. » Mais s'il cust vcu le trailteur allribucr la fuite des malins à ruse et stratagème , comme s1is faisoicnt les fîns , feignant de fuyr pour surprendre leur homme, je crois qu'il eust dit : Fimcxt quod pessimum est , « Le pis » du pire l'emporte. » Et de vray , qu'y aurat'il de résolu au monde , s'il est loisible de bailler ces sens aux miracles et actions extraordinaires? Sera-t'il pas aysé à l'obstination d'attribuer la résurrection des morts mesme aux illusions diaboliques?
8. Mais qu'estoit-il besoin au diable de faire le Gn avec Julien l'apostat, non plus quavcc le Juif, duquel S. Gregoire-le- Grand fait le récit? Qu'eust-il prétendu avec cette simulation envers des gens qui luy estoicntdesjà tout voliez? quepouvoitil acquérir davantage sur Julien qui l'adoroit, et descendoit pour se rendre à luy? Notez , je vous prie ^ le motdeS. Grégoire Nazianzene , quand il dit que Julien eut recours au vieil remède , c'est à sçavoir , à la croix , remède qu'il avoit appris du temps qu'il estoit catholique. Ah 1 traitteur, vous rendrez un jour compte de ces vaines subtilitez, par lesquelles vous destournez toutes choses à vostre impieté.
9. Non , traittçur , vos finesses sontcou- Bucfs de fil blanc , le diable en tient la maistrise sur vous. Quelle finesse seroit-ce au diable de fuyr devant la croix , puisque par celte fuite les siens entrent en défiance de son pouvoir, et les bons sont consolez, comme font foy tant de pères , qui tous reprochent au malin , et à ceux de son party, cette sienne fuite , et Julien qui en fut tout esbranlé, et le Juif converty?
40. Mais, dit le traitteur, Moyseadvise qu'il ne faut croire aux cffects prodigieux des faux prophètes, cela va bien loin ; mais la croix n'est pas faux prophète ; c'est un signe sainct, signe du christianisme, comme a confessé le trailteur mesme : de
Forte qu'en quelque main qu*ll fie treore, le diable le craint. Et tant de sainctsqid ont employé ce signe en œuvres miraco* leuses , les oscra-t'on bien infamer du nom defauxprophet^M»?
4 4 . Or quand de ces merveilles quelqu'un a uroit pris occasion de superstitioi, si ne faudroit-il pas attribuer ces merveilles au diable : les merveilles advenuè'rt par le serpent d'airain furent divines, quojr que le peuple en prist occasion d'idob»trer. Il faudroit donc corriger l'abus, et retenir l'usage, comme on fait, non seul^ ment des choses bonnes et sainctes , telle que la croix, mais des nuisibles et venimeuses.
42. Enfin tant d'autres miracles se sont faits par le signe de la croix, outre la fuitr des malins, qui ne se peuvent rapporttrà auGvne simulation ou stratagème d'iccluy, qu on ne doit pas non plus le croire de ceux-cy.