‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 179 sur 356 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Force da signe de la croix en d'autres oeeasioBL

La croix , pour deux raisons , a grande vigueur contre l'ennemy : l'une , d'autant qu'elle luy repreiente la mort du Sauveur, qui le dompta et subjugua, ce que la superbe obstinée hayt et craint extresme* ment; Tautre, parce que le signe de b croix est une courte et preignante invocation du Rédempteur. Et en cette demien considération il peut estre employé ei toutes occasions où peut estre employée la prière et oraison : or quelle occasion peut* on penser où la prière ne soit utile? soit pour chasser les venins , rendre la veol aux aveugles , guérir les maladies, estrB garanty de ses ennemis? Tel est l'usafS du sainct signe.

Certes, Porcherus, autheur non vulgaire, recite que S. Jean EvangelistegMritun malade febricitant, faisant le signe do la croix , et invoquant le nom de Jesos, et que le mesme sainct signa du signe delà croix un boiteux des deux jambes, luy commandant de se lever, et tout soudain il se leva.

L'histoire deCyrola , evesque arrien,et de son aveugle , est illustre. Cyrola voyant Eugène avec Vindemialis et Longinus, evesques catholiques, faire plusieurs miracles pour confirmation du jparlj aUbo-

LITRE n , CHAPITRE IX.

If que, estima faire un grand coup pour sa secte, s'il pouvoit tant faire qu*on creust qu'il a voit la mesmc vertu ; et prend un misérable , Tapaste et le manie, en sorte qu'il le fait contre- faire Paveugie, et se mettre en pleine assemblée , pour l'attendre, quand il passeroit, et luy demander guerison.

Ce pauvre abusé se met en posture , et joue son personnage. Cyrola pense jouer le sien , retire , met la main sur cet aveugle , et avec certaines parolles luy commande d*ouvrir les yeux et voir. Mais ce fut un vray miracle hérétique ; car ce pauvre homme , qui feignoit d^estre aveugle, se treuva réellement aveugle, avec une si véhémente douleur d'yeux , qu1l luy sembloit qu'on les luy crevast. Il accusa sa feinte et simulation, et son séducteur tout ensemble , avec la somme d'argent qu*il avoil rcceuè' pour ce jeu , auquel il perdit la veuè', et demanda ayde et remède à nos evesques aitholiques, lesquels ayant soudé sa foy, eurent pitié de luy.

< Et se prévenant l'un l'autre d*un mu- » tuel honneur (ce sont les parolles de 3iS. Grégoire de Tours, qui est mon au- » Ibcur) , une saincte contention s'csmeut » entr'cux , qui seroit celuy-là qui feroit le » signe de la bien-heureuse croix sur ses n yeux, f^indemialis et Longinus prioient » Eugène. Eugène au contraire les prioit » de luy imposer la main. Co qu ayant fait, »et la luy tenant sur la leste, S. Eugène » faisant le signe de la croix sur les yeux • deTaveugle, dit: Au nom du Père, et »du Fils, et du Sainct-Esprit, vrai Dieu, 9 lequel nous confessons trine en une esga- » lité et toute-puissance , que tes yeux 9 soient ouverts ; et tout aussi-tost la dou- 9 Icurostée, il revint à sa première santé.» Avez-vous vou , trailteur, le signe de la croix employé à la restitution de la veuè' do ce misérable, et comme les saincts evesques s'entre-presentcnt rhonnour de le faire? Direz-vous que le diable fit ce jeu en faveur des catholiques contre les Arliens? Quelle échappatoire pourrez- vous trouver?

Les Arriens de Nicée obtinrent de Valens, empereur hérétique, l'église des ealboliques. S. Basile, adverty de cela,reeourt à l'empereur mesme , et luy remons- Ira tî vivameot le tort qu'il faisoit aux ca«

tholiques que l'empereur laissa au pouvoir de S. Basile de décider ce différend , avec cette seule condition qu'il ne se Inisseroît point transporter an zele de son party, c'est-à-dire des catholiques , au préjudice des Arriens. S. Basile reçoit celte charge et Gt cette ordonnance, inspiré sans doute du ciel , que l'église fust bien fermée et cachetée , ou scellée, tant fiar les Arriens que par les catholiques. Puis les Arriens employent trois jours et trois nuicts en prières, et viennent par après à l'église; que si elle s'ouvroit pour eux , ils en demeureroient maistres pour jamais. Si moins les catholiques veiileroient une nuict, après laquelle ils iroient A Teglise psalmodiant avec la litanie, et si elle s'ouvroit peureux , ils en dcmeureroientposf^esseurs perpétuels ; si elle ne s'ouvroit, qu'elle fust aux Arriens.

Les Arriens eurent la sentence pour agréable : mais les catholiques murniuroient qu'elle estoit trop favorable aux Arriens, et qu'elle avoit esté proférée par la crainte de l'empereur. Cepi>ndant elle s'exécute : les Arriens prient trois jours et trois nuicts , viennent aux portes de l'église, cxtresmement bien fermées (car l'un et l'autre party en avoit esté fort curietix), y arrcstent dès le matin jusqucs à sexte, criant leur Kyrie et eUon. Mais |)our néant; si qu'enfin , ennuyez do l'attente , ils s'en vont.

Apres cela S. Basile convoquant généralement tout le peuple fidello, le conduit hors la ville en l'cgliso de S. Diomede martyr, où il employé toute la nuict en prières, et le matin Tameno vers l'église, chantant ce verset : « Dieu sainct,Sainct » fort, Sainct et immortel, ayez miseri- » corde de nous. » Puis arrivé au parvis du temple , où les Arriens s' estoientarrestez précédemment , il dit au peuple : Dressez les mains en haut au ciel vers le Seigneur, et criez Kyrie eleison : ce que faisant le peuple, S. Basile les signant et bénissant , il commande que l'on fasse silence , et signant par trois fois les portes de l'église, dit : Beny soit le Dieu des chresliens es siècles des siècles^ Jmen. Le peuple répliquant : Amen. En vertu de l'oraison, les verroux et serrures se défont, et les portes, comme poussées par quelque vent impétueux, s'ouvrent Mudaioèmient.

L*ESTEIU>ART PE

Lors ce grand evesque chanta : « (4) 0 » princes , levez vos portes , et vous , por- » les éternelles , elevez-vous , et le Roy de » gloire entrera! » et entrant dedans le temple avec le sainct peuple, il y fil le divin

mystère.

Il y a en cette histoire trois ou quatre points de mauvaise digestion pour votre eslomach, ô traitleur, si vous n estes guery depuis vostre trailté. Les églises des saincts , où l'on va prier Dieu ; les saincles psalmodies, avec les litanies en forme de processions ; la bénédiction episcopale sur ]b peuple , avec le signe de la croix (Sa^iuê episcopui illos consignant , dit S. Amphilochius qui est mon autheur) le signe de la croix employé pour faire ce miracle , et ce qui est dit que S. Basile estant entré, fit le divin mystère, Fecit divinummys^ terium , car c'est une phrase qui n'est pa^ sortable : ny à la prière, laquelle ils avoient desjà faicte toute la nuict; ny au sermon, car prescher ne s'appelle pas faire , mais publier le divin mystère ; ny certes à vostre cène , en laquelle il ne se fait rien de divin, mais s'administre seulement un pain desjà faitet préparé.

Je ne voy pas que vous puissiez respondre à ce tesmoignage de la vertu de la croix ; car si vous dites que le diable fit cela pour faire le matois , S. Amphiloche vous remonstre que par ce miracle les catholiques furent consolez , et plusieurs Arriens se convertirent. Quel avantage donc eust recherché le diable en cette affaire? et je vous remonstre que vous n'avez pas assez d'honneur pour rendre su^pect S. Basile de magie, ou sorcellerie, ny S. Amphiloche de mensonge ou fadaise.

Si vous dites que S. Amphiloche attribue le miracle à la vcrlu de l'oraison , c'est ce que je veux ; car le ^igne de la croix est une partie de l'oraison que fit S. Basile , tant sur le peuple le bénissant, que sur les portes, les en signant; et à quel autre effect l*eust-il employé?

Une dame carthaginoise avoit un chancre au tetin , mal , selon Tadvis d'Hippocrate , du tout incurable ; elle se recommande à Dieu , et s'approchanl Pasques , elle est advertie en sommeil d'aller au bap> Ustere , et se faire signer de la croix , par la première femme baptia^e qu'elle r^o-

hk skuun cRon.

f contreroit:eUel6(iit, âl Boudam eUe eit

guérie.

Le traitteur à ce coup est bien erapesché; il chancelle, et ayant fait le récit de l'histoire tre8-im|>ertinemment, tasche de se dérober à cette pointe , que lui avdt jettée le plaquart. Quant au récit , il le faict ainsi : « Une certaine dame de Carthage • fut guérie d'un chancre à la mamelle, » ayant esté advertie en dormant de i** > marquer avec le signe de la croix la pr^ 9 micre femme baptizée qui viendroit « 9 devant d'elle.» Cela n'est aucunemeat ny vray, ny à propos; car elle ne fut poiat advertie de remarquer Tautre aveclesifiie de la croix, mais de se faire signer elle> mesme du signa de la croix, sur le lieu do mal» La désir de reprendre offusque m pauvres réformateurs.

Quant à la rosponse , il la faict à son a^ Qouatumée , sans jugement ny candeur; i sçavoir que cette dame s'estoit adressée auparavant au seul Dieu , auquel elle rapporta sa guerison , et non à aucun signe. C'est estre insensé ; car qui dit jamais qu'aucune guerison ou miracle, faict os par le signe de la croix , ou autrement, doive estre rapporté à autre qu'à Dieu seal, qui est le Dieu de toute consolation?

Nostre différend gist à sçavoir si Diea employé le signe de ta croix à faire de^ miracles par les hommes, puisque c'est chose hors do doute qu'il employé bien souvent plusieurs choses aux effects surnaturels. Le traitteur dit que non , et ne sçayt pour^ quoy ; nous disons qu'ouy, et le preuvons par expérience : est il pas inepte de répliquer que c'est Dieu qui faict ces miracles, puisqu'on ne demimde pas qui les faict, mais comment , et par quels instrument et moyens? C'est Dieu qui la guérit, el pouvoit la guérir, sans la renvoyer à l'autre femme qui la signa : il ne veut pas; mais la renvoyé à ces moyens , desquels il se veut se^ vir. Voulons-nous estre plus sages que loy, et dire que ces moyens ne sont pas sortables? il liiy playst que nous les employiooi, les voulons-nous rejetter?

0 c'est S. Augustin qui est aulheurda ce récit, et l'estime tellement propre à la loiiange de Dieu, qu'il dit ensuite qa'il avoit fort tancé cette dame guérie de ei qu'elle n'avoit pas asaez publié ce miraaie Ua bon huguMol au oootrttn i'Mailallii

UTRE IV, CHAPITRE I.

flil

•rrer bien avant, et ce par xele de la pureté reformée : mais ces grandes nmes anciennes ■e contentoient de hi piin^lé formée.

Au demt'*4runt, l'oraisun du signe de la croix estoiten si grand crédit on l'ancienne et primitive Eglise, qu'on l'cmployoità toutes rencontres; on s en servoit comme d*un gênerai préservatif de tous mal-heurs; en mer, en terre, comme dit S. Clirysostome, èe corps des bestes malades, et en ceux qui estoient possédez du diable. S. Martin protesloitde percer tous les esquadrons des ennemis et les outre- passer, |K)urveu qu1l fust armé du signe de la croix. S. Lairent gucrissoit les aveugles par iceluy. Paula mourante se signa la buuche de la croix. S. Gordius martyr , devant qu*aller au tounnent en la ville de Cesarée, se munit du signe de la croix, dit S. Basile. Ainsi le grand S. Anthoine rcnconlranl ce monstre sylvestre Faune , ou Ilypoccntaure, qui le ?int trouver lorsqu'il alloit voir S. Paul , premier hermile, il fit incontinent le signe de ia croix pour s'usieurer.

ky je ne [^s oublier le livre de Mathias Flaccusillyricus, augmenté à Genève, intitulé : Catalogus tealium reritalis. Lequel par une authenti(]uo impudence , citant S. Anthoine contre nous, en son rang , dit qu'il a Icusa vie, et n'a pas treuvé qu'il

aye employé le signe de la croix. Josqu» à quand trompera-l'on ainsi les peuples? Certes les tcsmoignages que j'oy citez an chapitre procèdent sont pris dans S. Alhanase, et cclni-cy dans S. liierosme.

Or j'ay dit qu'en ces occasions la croix avoit vertu comme une oraison fort vigoureuse, dont il s'ensuit que les choses signées ont une particulière saincteté, comme bénites et sanctifiées par cesainct signe, et par celte célèbre oraison extresmement preignantc, pourestre instituée, approuvée et confirmée par Jesus-Christ, et par toute son Eglise : si que les anciens faisoiont grande profession de prier Dieu , levant les bras haut en forme de croix , comme il appert en mille tesmoignages ; mais sur-tout de celuy que j'ay produit de l'ancien Origone cy- dessus; par où non seulement ils faisoicnt comme un perpétuel signe de croix , mais mortifioient encore la chair, imitant Moy»e (4) qui surmonta Amaloch lorsqu'il prioit IJieu en cette sorte , figurant et presiigoant la croix de Nostre-Soigneur, qui est la source de toutes les faveurs que peuvent recevoirnos prières. S. Cy|)rien, S. Grégoire Nazianzene, et mille autres tres-andens nous enseignent ainsi.

(I) Biod., ITU, 11.

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