CHAPITRE m
De radoraUon, que c'est.
Voyons l'opinion du traitteur, et considérons la valeur de sesargumens ; son opinion est en un mot : c Adorer, c'est s'incli- 9 ner, faire encensement , ployer les ge- 9 noux. > Mon Dieu , que cela est grossier. Mettons en avant la vérité , elle renversera assez d'elle-mesme le mensonge.
L'adoration est une spéciale manière et sorte d'honneur; car l'excellente bonté pour laquelle on honore un autre peut estre de deux façons : ou elle est eminente , supérieure et avantageuse sur celuy qui honore, ou non ; si elle ne l'est pas„ il n'y a lieu que pour le simple honneur, tel qu'il peut estre mesme de pair à pair, Toire do soperiour à ioferiouri o( duf uol pario 1*1-
L'ESTENDART DE U SAITfCTE OROIX.
postre, qnaird il dit : (4) Honore invieem prœrenievfêê^ Vous prevonent en honneur; et S. Pierre disant : (2) Omnes honorate. Honorez un chacun ; dont il est dit mesmcment qu'Assuerus honora Mardochie. Eustralius met pour exemple l'honneur que s*cntre-porloienlS. Grégoire Nazianzene et S. Basile. Si au contraire l'excellence de la bonté pour laquelle on honore se treuve supérieure et avantageuse sur rhonorant, lors il y va , non d'un simple honneur, mais de l'honneur d'adoration : et partant , comme l'honneur n'est que la profession ou reconnoissance de roxcellence de la bonté de quelqu'un , aussi l'adoration et la reconnoissance de rcxcellcnce de la bonté eminente et supérieure , à Tendroict de celuy qui honore. Une simple excellence de bonté sufiQt au simple honneur : mais , à l'honneur d'adoration, il faut une excellence supérieure, au regard de l'honorant.
Or à bien honorer, comme j'ay dit cidevant, il y va trois actions : il y en va bien autant , et à plus forte raison, à bien adorer, puisqu'adorer n'est autre chose qu'une excellente sorte d'honorer. 4 . Il faut connoistre et appréhender la supériorité de l'excellence adorable ; c'est la première action , laquelle appartient à l'entendement. 2. Il faut se sousmettre , reconnoistre et faire profession d'infériorité ; ce qui touche à la volonté. Et pour la troisicsme , il faut faire au dehors des signes et démonstrations de la sousmission qui est en la volonté.
Mais en laquelle de ces actions consiste la vraye et propre substance de Tadoralion? Ce n'est pas en la première ; car les diables et ceux desquels parle S. Paul, (3) oonnoissant Dieu, ne l'ont pas glorifié comme Dieu , mais S6coUant le joug , ont dit ! Nous ne servirons |)oint; ils l'ont connu, mais non pas reconnu : cette première action n'est que le fondement et principe de tout l'édifice mesme. Sera-ce point donc la troisicsme action du tout extérieure et corporelle, en laquelle gist la vraye essence de l'adoration? Le Iraitleur le dit , comme vous avec veu : « Àdo- » rcr c'est s'incliner, faire encensement, » ployer les genoux. » Je dy que non , et le preuve indubidabiement , fiourveu que
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j*aye protesté que je parle de ItTraye m^
sence de l'adoration.
4 . Si l'adomtion gist en ces actions ext^ rieurcs , les an<2;os et bien-heureux esprits ne pourroient pas adorer , car ils n*ont nf genoux ny teste pour les déployer et incliner : ncantmoins ils ontcommandemeol de l'adorer : t (4) Adorez-le, ô tous vom » anges d'iceluy! » Je necroy pas qu'an» cun entende que les encenscmens qalls jettent à Dieu (2) soient matériels; car S. Jean déclare ou contraire que ce sont les oraisons des saincts. Que s'il est dit qu'ils jettent leurs couronnes (3) aux pieds deccluy qui sied au thro8ne,bien quelear adoration soit exprimée par une action extérieure ; si ne se doit-elle pas entendre que do l'esprit ; car comme leurs couronnes et félicitez sont spirituelles, aussi l'Iiomniage , reconnoissance et soumission qu'ils en font n'est que purement spirituelle.
2. Mais pour Dieu , les paralytiques et perclus qui n'ont aucim encens , ny genoux, ny mouvement à leur disposition , .peuvent-ils pas adorer Dieëf ou s'ils sont exempts de la loy qui dit : (4) c Tu ado- » reras le Seigneur ton Dieu? »
3. 0 chrcstiens de genoux et matériels! vous savez bien alléguer hors de propos et saison , quand vous combattez les sacrées cérémonies : (5) « Que les vrays adorateurs » adorent en esprit et en vérité. » Certes, ces sainctcs paroUes no bannissent poiat les actions extérieures quand elles procèdent de l'esprit de vérité; mais ne voyezvous pas tout ouvertement qu'elles decei^ nent contre vous que la vraye et essentielle adoration gist en la volonté et action intérieure.
&. Et de fait » qui diroit jamais que les actions extérieures des hypocrites , voire les genu-flexionsdeceux qui baffoiient neutre Sauveur au jour de sa passion, luy mettant la couronne d'épines en teste, et le roseau en main, pliant les genoux devant luy, fussent des vrayes adorations, et non pas plutost des vrays vitupères et affronts? L'Ëscriture appelle bien aHa adorer et saliier; mais elle déclare tout sur-le-champ, quelle l^ntend, non selon la réalité et substance , mais selon l'extérieure apparence et feinte, disant qu'ils se moequoioot
(I) Prtl. xof 1 , 8. - (t) Apoc. Tia. % —(ii Afocir r It* «.(4)HêU.nr,H.'rW#ou.lT,M. ^^
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