LITRE IV, CHAPITRE III
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qui oseroit appeller ces mal-heuays adorateurs , et non pas plutost locqueurs? Les choses portent aufit le nom de ce dont elles ont les ices , sans pour cela laisser d*estre s de le porter ; comme quand les de ce monde sont appelez prudens, use ou finesse , sage<^se , quoy que >it que folie devant Dieu , et en rca- 18Î j'appelle les impertinences du r , raison , quoy qu'elles soient inje ce nom.
derons donc un peu quelles raisons eur produit pour monstrcr qu*adoli s'incliner, faire encensement, e genoliil : « Cela , dit-il , se voit façon de parler de l'Escriture, qui e ûiBchissement de genoui^ dodignc istrie , comme il appert par la resfeite àHelie {^) ; où les vrays sers de Dieu opposez aux idolaslres, lesignez parce qu'ils n'avoient point le gcnouil devant Baal , ny baisé bouche d'iceluy : aussi use î'Escriie ces mots pour descrire les idos; qu'ils se sont courbez, qu'ils it encensement , ont baisé la main, livres , ce que font ceux de l'Eglise ne à leurs images, reliques e( ,dont la conclusion est manifeste, rils ne sont idolastres , si font-ils 5 font les idolastres. »
possible que ce Iraitteur aye escrit ses, veilUint? Si le fléchissement )Uii estoit idolaslrie , on ne sçau- T sans idolastrer ; ciir , pour aller, fléchir le genoliil. Fléchir le gevoire se prosterner en terre, est on indifférente, et n'a aucun bien, n mal , que par l'objet auquel on e : c'est de rintentionVIcnt elle pro- 'elle a sa diffçrence de bonté ou de Pour faire que tlechir le genouil astrie , il y faut deux parties : l'une soit à une idole ; car qui flechiroit lil au nom de Jésus , comme il est jble que chacun fasse , ou devant re, seroit-i! idolaslre? l'autre, que lement le genouil flocliissc à l'idole, je ce soit volontairement , il faut cœur plie à mesme que le corps ; lastrie, comme tout autre péché, i rame et à rinlention : que si l'ex-
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teneur a quelquemal , il sort de là , comme de sa source.
Qui est affectionné aux idoles, quand il n'auroit ny genoliil , ny jambe , et seroit plus immobile qu'une pierre , il est neantmoins vray idolastre. Et au contraire , qui auroit tousjours les genoux plantez en terre, ne seroit pour tout cela idolastre, sans ces deux conditions : l'une , qu'il fust ainsi volontairement ; fautre , que ce fust à l'honneur d'une idole. Ainsi jamais il ne fut dit que fléchir les genoux soit idolastrer ; maib ouy bien de les fléchir à Baalim , Astaroth , Dagon , et semblables abominations ; autant en dis-je de baiser la main , voire le pied , faire encensement et se courber.
Quand done le traitteur dit que les catholiques font ces actions extérieures aux reliques, images et croix, il dit vray en certaine façon ; mais pour conclure par là que les catholiques sont idolastres , il luy reste à preuver que les images , reliques et croix, sont des idoles, ce qu'il ne sçauroit faire , ny luy , ny ses partisans , je les en defle. Il ne suffit pas pour estre mauvais idolastre et sorcier , de faire ce que telles gens font , si on ne les fait à mesme intention , et avec mesmes circonstances.
Les idolastres plient les genoux , font des encenseroens , des temples , des autels, desfestes, des sacrifices : autant en font les catholiques , donc ils sont idolastres ; la conséquence est sotte ; car encore que ces actions soient pareilles es uns et es autres, d'estoffe et de matière , si ne le sonl^lles pas de forme , de façon et intention. Or Dieu ne regarde pas tant ce qui se fait, comme la manière avec laquelle il se fait. L'idolastre dresse toutes ses actions à l'idole , c'est cela qui le fait idolastre. Aa contraire, l'intention du catholique en toutes ses actions est toute portée à son Dieu, c'est cela qui le fait catholique.
Le tyran et le prince font mourir : à l'un c'e-t crime, à l'autre justice. Le brigand et le chirurgien coupent les membres , et tirent du sang ; l'un pour tuer , l'autre pour guérir. Nous faisons quelque chose do et que font les idolastres , mais nous ne faisons rien comme eux. L'objet de nostre religion est Dieu vivant , qui la rend toute saincte et sacrée.
U fautdono oondiire iadobltabieiDfloI
L^ESTEHDAm B£ LA SABWrrK CROIX.
qualité pour fendre uhe chose adorable. [ rons la croix et les images se bahle beiu Le second princiiw est qu'entre toutes les jeu sur nous, dit « Que la réplique est fri-
princii)e est qu adorations , celle qui appartient à Dieu est incomparablement plus grande et précieuse; elle est le suc de toute adoration , ou comme Anastase , evesque de Theopolis, dit, l'emphase et excellence de tout honneur.
Ce qu'estant ainsi , puisque le mot d*adoration signiOe la reconnoissance qu*on fait de quelque supérieure et emincnte excellence, il convient beaucoup mieux à rhonneur deu à Dieu qu'à celuy des créatures ; car il y trenve toute rpsteiidue et perfection de son objet ; ce qu'il ne trouve pas ailleurs. Bref , l'adoration n'appartient pas esgalement à Dieu et aux créatures : il y a à dire do l'inOnité ; celle qui est deuè* à Dieu est si excellente , en comparaison de toute autre faite aux créatures , que n*y ayant presque aucune proportion , les autres adorations ne sont presque pas adoration , au prix de celle qui appartient à Dieu. Si que l'adoration estant la supresme sorte d'honneur, elle est particulièrement propre à la supresme excellence de Dieu. Et si bien elle peut estre attribuée aux créatures , c'est par une tant esloignéc proportion et analogie , que par quelque évidente circonstance , si on ne réduit la signification du mot d'adoration à l'honneur des créatures, elle penchera tousjours à Thommage deu à Dieu. Suivant la maxime des logiciens , le mot équivoque , ou qui signifle deux diverses clioses , estant mis tout seul à part soy , sans autre cfeclaration , est tousjours pris en sa signification plus digne et fameuse : j4nalogumper se sumptum statpro famosiori significalo.
Ainsi au devis qui se passa entre Nostre- Seigneur et la Samaritaine (i), le mot d'adorer qui est mis tout court, sans autre addition, signifie non seulement l'adoration deuë à Dieu seul, mais la plus excellente de toutes celles qui se font à Dieu , qui est le sacrifice, cx)mme prouvent plusieurs grands personnages par raisons ine- Yitables.
J'ay ditcecy, tant parce qu'en cet aage si fascheux et chicaneur, il est expédient qu'on sçaclie parfaitement ce (jue valent les mots: qu'aussi pour respondre au traittour qui , nous reprochant que nous ado*
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» vole de dire qu'on ne les adore pas, puis- 9 qu'on ne met pas sa fiance en elle;i car je dy au contraire que le traitteur est exlresmement frivole , de s'imaginer cette réplique pour nous ; laquelle nous n'advolions pas ainsi creuc*, comme elle est couchée. Ains nous tenant sur la démarche de l'Escriture Saincte, et de nos devarn ciers, nous confessons qu'on peut loisiblement adorer les sainctes créatures, jiotamment la croix , et disons tout haut avec S. Athanase : a Nous adorons la fio^urede la » croix. » Et avecLactance : a Fléchissez B le genoUil, et adorez le bois vénérable de » la croix. »
Vray est que le catholique discret , et sçacliant que le mot d'adorer penche plus à rhonneur deu à Dieu qu*à celuy des créatures, et que le simple vulgaire le prend ordinairement à cet usage , le discret catholique, dis-je, nVmployera pas ce mot sans y joindre une bonne déclaration, ny parmy les schismatiques , hérétiques , réformateurs et bijarres, pour leur lever tout subjet de calomnier, ny devant les menus et débiles esprits, pour ne leur donner aucunes occasions de se mesprendre ; caries anciens ont fait ainsi. Quand on dit donc qu'on ne met pas sa fiance en la croix, c'est pour monstrer qu'on ne l'adore pas en qualité de Dieu , et non pour dire qu'on ne l'adore pas en aucune façon ; mais le traitteur traite la croix, nostrc cause et la sienne, selon son humeur.