HARANGUE
DE SAINT FRANÇOIS DE SALES
IXIMQU*IL PBIT POSSESSION DE LA PRÉVÔTÉ DE L*ÉGLI8B CATHÉDRALE DE 8. PIERBI
DE GENÈVE. (Aug. de Sales, pag. 42 du latin, et 48 du français.)
PrsBteritis festis, reverendi patres, cùm ipsa dierum solemnitasaniroum ad su! ipsius sollicitudinem revocaret, de reliquo morialis hujus vjtâB teropore christianè ac sanctè transigendocogitabundus, inter alia quse mare istud naviganli difficilia occurrebant, illud fuit omnium et gravitate et vicinitate primum , me praepositum ecclesiae sancti Petri Gebennensis ex placito summi pontificis fuisse renuntiatum.
Novum enim ac summoperè periculosum ▼idebatur, me rudem, inexpertum, ac nullius anteà nota militem christianum , in ipso tyrocinii limine praepositurà donatum, nt anteà ferè sim praspositus quàm positus, prafectus quàm fuctus, et ut in magnâ indignitate, veiuti carbunculus in cœno, magna dignitas illucescat. Quo toco subibat illud Bernardi mellitissimi Clarasvallensis praepo&ili : « Vse juveni qui antea fit pe- »ritusquàm novitius; » illudque simile, sed majoris momenti, Davidis régis : Fanum est vobis ante lucem sur gère; «tirgiie posiquàm sederitiSy qui manducatis panem doloris. Quod licet ex litterâ aliter intelligatur, ex spiritu tamen qui vivificat ad eos qui quaerunt anteà praesidere quàm sedere, traducendum rclinquitur; atque sa ne fructus prœcoces et vernales non diù asservari possunt , quin putrescant.
Non immérité ergô ea urgebat mentem meam increpatio : Siccine, ô Francisco, qui omnibus, meritis, ingenio ac moribus, postponendus eras, primoribus prœponendum ducis? An nescis honores periculis ac ODeribus esse pleoissimos? Hisce vocibus interiùs diù perterritus, propheticum illud iroivebam : Veus^ audivi auditiones tuas^ €i îimui. Cùm intérim ea mihi hodiè illuxit dies in quà et terrori multùm detrahit, et ncttt in Deum fiducia multùm addit milii ,
vestra omnium , venerandi patres, tam jucunda ac suavis prsesentia , qua me adeô refirit et recréât, ut si terrorcm jam anteà perceptum, cum eà voluptate quam sentie, conferatis, quid me magis afficiat, difficile sit ad judicandum ; ut in me etiam illud sentiam : Servias Domino cum timoré^ et exultes ei cum tremore : sic enim exu Italie est ad latitiam , timor autcm ad anxietatera.
Anxietatem faciebant qua jamjam desino receiisere, at verô nunc video me trépidasse timoré ubi non^erat timor.
Timendum enim erat ilii praposito qui iis prapositus est qui difficile in officie conlineri possunt; mihi autom iis praposito qui eàpolient modestiâ, fortitudine, prudentiâ, ac charitate qua in quolibet pralato desiderari potest, ut eorumquilibet prapositus esse mereatur, quid in hàc causa metuendum est ! quid enim memoretur in infantiâ , imperitia i^ mentis imbecillitas cùm nec raonitis, nec disciplina , nec correctione , in hoc muncre mihi futurum sit opusl nisi'quis velit, quod dixerunt veleres, Minervam docere, aut ut (more nostrorum dicam) sanctum Bemardum hortari , vel inter Chordigeros , ut jam sumus, conceplum tegere latinitale Non opusest pracoplore, cui nihil addiscendum est : facile , flantibiis veiitis secundis, gubernacuia à quolibet nauclero tenentur.
Illud quidem satis adverto, vos prapositis doctissimis, gravissimis, felicissinus hactenùs assuetos in tantà ejus, qua hujus concessûs prima est, dignitalis mutatione acdeclinatione, non posse quin aliquod sentiatis fastidium; illudque animo subibit quod dixitquispiam.
Qwtê no€Mê Me fMi«<rtf aueeuiit êêéUut kêêpesl Imtlytm qmit Pêkri l#eto tupêrhu MSi
OPUSCULES
Meritô sanft, paires, hœc omnia. Vcrùm et illud in solalium animo mcciim ro{u*lalis, qiiapso, Vetim eligere soliluin infiimn huju.s muvdi, ut confundal fortia^ et ex ore pIorum(|ue infantium et laclantivm perficere lauéem siiam ; ut ci faciliùs accepta reforautur bonçi, qu» nb co cUQCla procedunt.
Rév(^rends p^res , lorsque la solennité dos ferles passées nie rapjjcloit à la considération de moi'mcnie, et que je mo ré- \ soivois à passer chi étiennement et sainlemint le temps qui me reste de celte vie mortelle; entre plusieurs diOU'uités qui se présentèrent pour navij;uer sur lu merde ce monde, celle qui me frappa la première, et qui me parut la plus grande et la plus prochaine, fut ma nomination et ma promotion à la prévôté de S. Pierre de Genève, par le souverain pontife.
En effet, il me semble que c*é toit une chose bien extraordinaire et bien périlleuse, qu'étant aussi neuf que je le suis, et sans expbrience , et ne m'étant aucunement sii^nalé dans la milice chrétienne, je possédasse , tout à Teritréo de mon noviciat, la prévôté; en sorte que je fusse mis à votre tête avant que d'avoir eu place dans votre corps ; que je fusse élevé audessus de vous avant que delre formé et capable; en sorte, dis-je, qu*on vil une grande dignité reluire dans up sujet fort indigne, à peu près con>me une oscarboucle brilleroit au milieu d'un bourbier. Cette pensée me lit ressouvenir d'un pa»ga[;e de S. Bernard , abbé de Cluirvaux , dont les expressions sont douces comme le miel : a Malheur ou jeune bommo qui j» devient maitre avant que d rire no- » vice ; » et de cet autre du roi David , qui est d'une plus grande importance :
c C'est en vain que vous vous levez avant » le jour ; levez-vous après que vous aurez » été assis, vous qui munyez un pain de * douleur (1). » Ce que l'esprit qui vivifie permet d'a[)piiquer ù c^ux qui cherchent à présider et à gouverner avant do s'être atbis pour apprendre , quoique ù la lettre cela s'entende aulremeni. Et cerle* les fruits précoces et ceux du printemps ne
peuvent être longtemps sans se tourner en pourriture.
Ce nVst donc pas sans raison que je mo suis ropri • moi-même en cette sorte : Estce ainsi, ô François, que tu t'imagines devoir être préféré aux premiers, toi qui devroii ôlrc niis dans le dernier rang et après tous les autres, si Ton avoit é^ard à tes mérites, à ton esprit et à ta manière de vivre! Ne sais-tu pas que Ips honneuri? sont tous remplis de dangers et de charges? Je vous assure que cette réflexion m'a causé de Tétonnementdans mon intérieur; c*e$tpo^^ quoi j'ai ré{vété plusieurs fois ce mot du prophète ; « Seigneur, j'ai entendu lesora- » des que vous m'avez fait annoncer et j'en » ai élé siiisi d'effroi (1). » Cependant, ô vénérables pères, nous voici arrivés à un jour oh votre aimable présence, qui porte la juie dans mon cœur, m'ôle une grande partie Je ma crainte, et augmente beaucoup la juste confiance que je dois avoir en Dieu : cette même présence, dis-je, me rassure et mo fortifie »ant, que si vous faisiez comparaison de la crainte qui m'avoit sairi , avec le plaisir que je sens mam tenant , il vous scroit diflicile de jtiger laquelle de ces deux choses m'afi'ecte le plus ; en sorte que je sens encore reffel de celte parolle a Ser » vez le Seigneur avec crainte, et réjoui^- » scz-vous en lui avec tremblement (îj. » Le- transports de joie répondent au eontenlement, et la crainte répond à Tinquié^ lude.
Or, ce qui me donnoit de l'inquiétude, c'est ce que je viens de rapporter; \mi à i)résent je nriiperçois bien que /o»
tremblé où il ny avoit aucun s^jet de crainte (3). Il est vrai qu'il y auruit eu lieu d'appréhender pour un prévôt qui auroit élé a la tête de gens diflidii'sà contenir dans leur devoir; mais moi qui n'ai à régir que des personnes dont la nwdeslie, la force, la prudence et la charité sont lelUiS qu'on pourroit les désirer dans un prélat, et qui méritent chacun en particulier la dignité de prévôt , qu'ai-je a rtdouter en cette circonstance? A quoyboB m'arrêter à considérer mon âge, qui lient encore do l'enfance, et la foiblesse de nu» esi)rit ; puisque dans la charge dont oo m'honore, je n'aurai besoin d'avertissements, ni d'instruction, ni de correctioo?
DE S. FRANÇOIS DE SAIES. 619
à moins qu'on ne voulût, comme disoient » certain poote qui disoit: «Quel est ce
ïes anciens, enseigner Minerve, ou pour inesrr/irdii commun proverbe, prêcher S. Bernard , et parler latin devant tes eordeUers, parmi lesquels nous sommes.
Celui qui n'a rien à apprendre n a pas besoin de mnttre; et lori:que les venis sont favorables, le premier pilote qui so renccnlre peut tenir le gouvernail avec facilite.
Je comprends à merveille , messieurs , qu'étant accoutumés h avoir des prévôts très-savants , très-graves et très-licureux , il ne peut se faire que dans le chiin.i;cujcnt et le déclin de celte dignité , qui jest la première de ce chapitre , vous ne ressentiez quelque peine et qtielque dégoût; et ▼ous pourriez bien avoir la pensée d'un
B nouvel héto qui vient prendre séanoe » parmi nou^t Et quel wl co téméraire > qui ose s'in;];érer dans Tauguste miu'aon » de S. Pierre?» Oui certei, révérends pères, vous pourries dire tout cola. Mais pour votre consolation jo vous prie de ron';i(lérer que /)iêu a coutume do choisir ce qu'il y a de plus foibls dans le monde, povr confondre ee qui est fort (4); et qu'il tire sa louange la plus parfaite d§ la bouche des enfanttt (9) , et même de ceux gui sont encore à la mameUê; afin qu'on lui rapporte plus facilement tous les biens qu'on a reçus , et qui vionoenl tout do sa bonté.
(1) Cor. 1,17 — (t)Pf.Tiii,t.