VI. Remède contre les sécfaereuet
Sixièmement , s'il vous arrive , comme il vous arrivera souventefois indubitablement, de n'avoir aucun goût aux considérations , usez de l'un de ces trois remèdes :
Premier remède.
Le premier, c'est d'ouvrir la porte aux paroles , vous lamentant de vous-même à notre Seigneur, confessant votre indignité, le priant qu'il vous soit en aide , baisant le crucifix si vous l'avez devant vous , et disant même de bouche au Sauveur : Si ne vous laisserai-je pas ; je me tiendrai ici auprès de vous , et n'en partirai point que je n'aie eu votre bénédiction (4).
Quelquefois il sera bon de vous ressouvenir de la Cananée, laquelle, étant rejetée par Notre-Seigneur, qui l'appela chienne , le prit au mot, lui disant : c Oui vraiment, » je le veux bien ; mais les chiens man-
> gent au moins quelques miettes de la
> table de leur maître (2). »
Ainsi , reconnoissant par la tristesse et engourdissement de votre esprit que vous êtes fort misérable , servez-vous de cette
(1) Noa dinltUB U, nUI benedixerls mibl. Gin. sixxii. 16.
(t) Jetât ait ( ad Chananeaii) : Non est bonom somere ptnem fliionim , et mitiere caolbof. At llla dixit : Etiam , Domine , nam et calelll edant de aiicU qua cadont de ■eMi domUionNB avorvai. lUrra. siv. M, fj.
occasion ; et , {^eine de confiance , vous devant Dieu : Oui , Seigneur, je misérable ; mais pour qui la misérioorda estrolle , sinon pour les misérables ? Et par ce moyen vous passerez de la méditatioa que vous aviez préparée , à la méditatkm de votre propre misère , de laquelle vov tirerez des affections d'humilité , de coof fiance , et telles semblables qui vous senM très-utiles.
Second remède contre les téobei
Le second remède sera de prendre m livre en main , et de le lire avec attentioD jusqu'à ce que votre esprit sôit réveillé*
Troisième remède eontre les sécherestet.
Le troisième , c'est de piquer votre esprit par quelque contenance de dévotion, comme se prosterner en terre, étendant les bras en croix , tenant les mains jointes et élevées au ciel.
Que si après tout cela vous demeura encore en sécheresse et sans consolation , et même en telle sorte que vous ne puissiez proférer aucune parole , ni intérieurement ni extérieurement; ne laissez pu pour cela de vous contenir en une contenance dévote , sans vous inquiéter ni troubler, vous ressouvenant qu*il y a deux fini principales pour lesquelles on se met en la présence de Dieu et en oraison , Tune est pour exciter son affection en l'amour de Dieu , et lorsque notre affection n'y est point vivement excitée , nous disons qae notre ame est en sécheresse ; l'autre est de rendre hommage à Dieu , prolestant qaH est notre souverain Créateur et Seigneor; et cette fin est extrêmement noble , parce qu'il y a moins de notre intérêt.
Que si , venant à l'oraison , nous ne pouvons pas faire le premier, il faut se cob> tenter du second, qui est toujours beaucoup , encore que nous ne puissions parler à Dieu , et qu'il semble qu'il ne nous parle point. Combien y a-t-il de courtisansqQi vont cent fois l'année en la chambre de roi et en sa présence, non pour lui parier ni pour l'ouïr, mais simplement pour être vus de lui , et témoigner, par celte assiduité , qu'ils sont ses serviteurs ? Ainsi devons-nous venir en l'oraison comme à It chambre du roi , pour lui parler et l'ooiSr en ses inspirations et mouveoiew iai^
DE 8. FRANÇOIS DE SALES
ffieon ; ce qui arrivant, ce ^fius est un plaimr très-délicieux. Mais si, ne pouvant lui parler ni Touïr, nous demeurons là en dé- TOtieuse contenance, il agréera noire patience et favorisera notre assiduité, et sans doute qu'une autre fois il nous prendra par la main , s'entretiendra avec nous , et nous fera voir toutes les allées du saint jardin de Toraison. Mais quand il ne le feroit jamais, oontentons-nous que ce nous est un honneur trop plus grand d'être auprès de lui et à sa vue.
yn« Sar let distraetiont.
Quand vous serez distraite , ce vous sera un grand soulagement de vous imaginer la dévotion et ferveur des anges et des saints , à l'oraison desquels vous joindrez
la vôtre, quoique indigne. U sera bon mémement de vous imagineaque vous êtes en la compagnie de plusieurs personnes dévotes avec qui vous voulez faire oraison ; et même si vous en connoissez, vous pourrez vous les imaginer en l'acte de ferveur et de prière.
Tous les remèdes contre la sécheresse sont bons contre les distractions ; au demeurant , quoi qu'il arrive , il ne faut ja* mais se laisser surprendre de la tristesse et inquiétude. Mais soit que notre oraison ait été douce et savoureuse , ou qu'elle ait été sèche et sans goût, il faut s'en retirer toujours en paix , avec intention de servir Dieu toujours fidèlement tout le reste delà journée.
AVIS