‹ Œuvres complètes; nouvelle édition collationnée et augmentée des lettres de Sainte Chartal, des lettres inédites de l'auteur, du portrait de lui et d'autographes (volume 2)Chapitre 312 sur 356 · ÉLÉVATIONS A DIEU · texte numérisé non relu

ÉLÉVATIONS A DIEU

8or le bonbeor de si conversion , par forme de reconnoissance.

(CmI poorra être aotti aUleroent pratiqué après chaqoa eODfoMion , renooTelant •«• bonnes résolutions.)

Si j'ai projeté , ô mon Dieu , de quitter, rejeter, délester, et renoncer pour jamais tout péché mortel , est-ce pas vous, ô mon Dieu , qui avez par votre immense miséricorde formé et jeté dedans mon cœur de si belles, si justes, si dignes et si généreuses résolutions? Aussi est-ce à vous, 6 mon Dieu, que j'ai fait cette protestation , que j*ai donné ma parole. Ah ! Seigneur, c'est à vous à qui mon cœur l'u dit : non jamais je ne Toublierai; et maintenant que je la réitère, toute la cour céleste, qui fut témoin et se réjouit pour lors de ma résolulion, s'en réjouira, et y donnera son appit>bationde nouveau.

Ah ! combien doux et gracieux vous me fûtes en ce temps-là, ô mon Dieu ! Ah ! que les cordes avec lesquelles vous tirâtes ma petite barque à ce port salutaire de la grâce , furent pleines d'amour et de charité I Que le souffle de votre divin Esprit me fut favorable! Que furent doux les attraits par lesquels vous amorçâtes mou ame ! 0 1 que votre sucre divin fut savoureux , par lequel vous charmâtes mon cœur en la participation de vos divins sacremens ! Hélas 1 Seigneur, je d^rmois, vous veilliez sur moi , et pensiez sur mon misérable cœur des pensées de paix ; vous méditiez sur moi des méditations d'amour.

Si je eonsidère, ô mon Dieu , que ce fut à la (leur de mon âge, ah! quel bonheur me fut-ce d'apprendre tôt ce que je ne pou vois savoir que trop tard 1 G ancienne beauté 1 comment vous ai-je si tard con-

nue? Hélas! je vous voyois, et ne vous considérois point. 0 douceur ancienne I pourquoi ne vous ai-je plus tôt savourée? mais, hélas! encore ne le méritois-je pas pour lors. Quelle reconnoissance donc, 6 mon Dieu, pour cette grâce I car c'est vous qui m'avez éclairé et touché dès ma jeunesse ; c'est pourquoi jusqu'à jamais j'annoncerai vos miséricordes.

Mai-; qiioique vous Fayez fait plus tard, ô mon Dieu , c'a toujours été de bonne heure pour moi , puisque cela a été devant ma mort, et que vous avez arrêté le cours de mes misères au temps auquel , si elles eussent continué , j'étois éternellement misérable. Mais quel bonheur de m'avoir appris à vous parler par l'oraison, de m'avoir donné rafTection et le désir de vous aimer, de m'avoir fait connoitre les moyens d'accoiser et de purifier mes passions rebelles qui m'inquiétoient et me précipitoient au péché! et enfin quelles grâces d'avoir si souvent communiqué avec vous par vos divins sacrcmens, ô souveraine source de grâces éternelles ! Hé , que ces faveurs sont grandes ! C'est votre dextre, ô mon Dieu , qui a fait tout cela ; c'est votre bonne main qui a fait vertu ; c'est elle qui m'a réveillé. Ah! je ne mourrai pas, mais je vivrai , et raconterai de cœur, de bouche, et par mes œuvres les merveilles

de votre bonté (4).

Sar rexcelleoce et la dignité de notre âme.

0 ma chère ame, reconnoissez votre excellence et votre diî^nilé : vous pouvez enten(Jre et vouloir Dieu très-souverain, trèsbon et ineffable. Ah 1 quelle grâce 1 vous [mouvez être associée aux anges dans le paradis; vous pouvez prétendre à réternité bienheureuse, pourquoi vous amuserezvous aux mpmens périssables? CefutTun des regrets'du pauvre prodigue, qu'ayant pu vivre délicieusement à la table de son père, il maiigeoit vilainement avec les bêtes. 0 mon ame, tu es capable de Dieu ; malheur ù toi si tu te contentes de moins que de Dieu : ton cœur est fait pour lui, et jamais il n'aura repos qu'il ne se soit réuni à lui (2).

Tu ny arriveras jamais que par le mépris et horreur des vices, et par l'amour

(l)PhU.,part. v.ab.u.

(i}PhU.,|^irt.V,«k.i.

OPUSCULES

et la pratique des vertus. 0 charité , 0 : humilité , 0 douceur et bénignité , que vous laissez de suavité et de satisfaction à Tame qui vous possède 1 0 vie dévote qui faites profession de ces exercices , que vous êtes belle, douce, agréable et souève I Hé I qui vous connottroit , peut-il souhaiter d'avoir autre chose que vous en partage? Hé! Seigneur, donnez-moi cette eau vive, et que toutes autres délices de ce monde se tournent pour moi en amertume (4).

Hé pourquoi non, ô belle et sainte vertu l N'est-ce pas pour vous que tous ces braves mortels se sont rendus invincibles en leurs résolu tions, et ont souffert tant de tourmens pour les maintenir? N'est-ce pas pour vous que ces belles et fleurissantes âmes , plus blanches que les lys en pureté, plus vermeilles que la rose en charité, ont souflert mille sortes de martyre , plutôt que de manquer à la résolution de vous aimer?

0 mon ame I n'étoient-ils pas ce que nous sommes? no le faisoient-ils pas pour le même Dieu et pour les mêmes vertus? Hé I pourquoi n'en ferois-tu pas autant eo ta condition et en ta vocation pour tes chères résolutions (2)?

&ar rettime 6t Pamonr qu'on doit à tes réto-

lotioni.

Ah ! mon Dieu ! je veux vous aimer et vous être fidèle, vous le savez : et quand je n'aurois que l'exemple de votre cher Fils, si voudrois-je chérir mes résolutions, et persévérer au dessein que j'ai pris de vous servir. Quand je vois tout ce que vous avez souffert en ce monde, 6 Jésus mon andbur, et particulièrement au Jardin des Olives et sur le mont du Calvaire, puis -je n'avoir point d'amour pour vous ; et pour les résohiUons que m'a méritées votre amour? Cet amour vous regardoit , ô mon ame : c'est par ses peines et travaux que Jésus obte* noit de Dieu son père des bonnes résolutions à votre cœur, et tout ce qui lui étoit nécessaire pour maintenir, nourrir, fortifier et consommer ses résolutions.

0 résolutions, que vous êtes précieuses, étant filles d'une telle mère, comme est la passion de mon Sauveur 1 0 combien , mon ame, vous dois -je chérir, puisque vous evez été si chère à mon Jésus l Hélas l Sau-

(S)Phll.,part. V.oh. u.

(1^ Fiai., p«rt. V» eh. ▼, su.

veur de mon ame , vous mourûtes poor m'acquérir mes résolutions; hé! faitesmoi la grâce que je meure plutôt que de les perdre. Ah ! mon Dieu , que ceci demeure profondément gravé dedans mon cœur, et qu'il ne sorte jamais de ma mé> moire.

Sur Tamoar que D!eo porte à notre aoie, el de II reeonnoiMiDce qoe noas lui defons.

Hé ! Seigneur, est-il possible que j'ate été aimée , et si doucement aimée de vous, qu'avant que je fusse , vous me regardin et m'appeliez de mon nom , et que du haut de la croix vous me prépariez tous les moyens particuliers de mon salut , et sur* tout mes résolutions!

O ma chère ame , que ceci est doux I Ce cœur de mon Dieu pensoit à Philothée, c'est-à-dire à toi , ô mon ame 1 il t'aimoit, et te procuroit mille moyens de salut, et autant que s*il n*y eût point eu d'autres âmes auxquelles il eût pensé dans le monde* 11 m'a aimée , puis-je dire avec l'apôtre, et s'est donné pour moi seul , tout autant que s'il n'eût rien fait pour le reste (4).

Mais, mon Dieu , quand commençâtes* vous à m'aimer?Ahl vous commençâtes quand vous commençâtes à être Dieu. Mail quand commençâtes-vous à être Dieu? jamais; car vous l'avez toujours été, sans commencement et sans fin ; c'est pourquoi vous m'avez aimé dès l'éternité. Et comme vousm'avezaiméd'une charité perpétuelle, et m'avez attiré à vous, vous m'avez aussi donné le désir et la résolution de vous servir. 0 Dieu 1 quelles résolutions sont-ce ci, que Dieu a pensées, méditées et projetées dès son éternité? Et combien m'ètes-vous chères et précieuses? Que devrois-je souffrir, ô mon Dieu , plutôt que d'en quitter un brin? Non pas certes, si tout le monde de voit périr ; car aussi tout le monde ensemble ne vaut pas une ame, et une ame ne vaut rien sans résolutions (2)«

Sar la persévérance et fidélité à tes résoIatteUL

0 chères résolutions! vous êtes le bel arbre de vie que mon Dieu a planté de sa main au milieu de mon cœur, que mon Sauveur veut arroser de son sang poor le faire fructifier. Plutôt mille morts, que de permettre qu'aucun vent vous arrache»

(l)PhU.,ptrt.V,eh.xjii.

ç^ fUln «art» T» cà. im

DE S. FRANÇOIS DE SALES

Non 9 ni la vanité , ni les délices , ni lea richesses, ni les tribulations ne m*arracheront jamais mon dessein .

Hélas 1 Seigneur, mais vous Tavez planté^ et avez dans votre sein paternel gardé éternellement ce bel arbre pour mon jardin.

Bêlas 1 combien y a-t-il d'ames qui n*ont point été favorisées de cette grâce? Et comment donc pourrois-je assez m*humilier sous votre miséricorde?

O belles et samtes résolutions! si je vous conserve , vous mo conserverez ; si vous vivez en mon ame, mon ame vivra en vous.

Vivez donc à jamais , ô résolutions , qui êtes éternelles en la miséricorde de Dieu ! soyez et vivez éternellement en moi; que jamais je ne vous abandonne.

0 Dieu, père irès-piloyable et tout bon, puisque c'est par Tinspiration de volro divine grâce , que mon cœur a reçu de nouveau le désir, et formé la résolution de vous servir, recevez- le, ce chétif et misérable ccBur, en sacrifice de bonne odeur et snavité; c'est tout de nouveau que je vous le dédie , le consacre , le sacrifie et l'imiBole à votre divine Majesté , pour suivre

en tout et partout, plus fidèlement que ^ jamais, vos souveraines ordonnances. Qu*il soit donc, ô mon Dieu, par cette consécration et protestation, tout rcnottv«lé : fortifiez-le de votre sainte grâce , à ce que j'y sois fidèle.

Très-sainte Vierge, mère très- pitoyable de mon Rédempteur, et vous , mon bon ange et fidèle gardien, et tous les saints du paradis, impétrez-moi cette grâce que j'y sois à jamais fidèle (1).

Protestation solennelle d'être toat à I>iei«

C'est maintenant, 6 mon Dieu, que je* puis dire que je ne suis plus mienne : soit que je vive, ou que je meure, Je suis à mon Sauveur* Non je n*ai plus de moi ni do mien : mon moi c'est Jésus, mon mien c'est d'être sienne. 0 monde 1 vous êtes toujours vous-même, et moi jusqu'ici j'ai toujours été moi-même; mais dorénavant je ne serai plus moi-même , mais à Jésus* Christ, à qui je suis, et pour lequel je veux vivre et souffrir en cetto vie, pour le posséder dans Tétcrnité bien- heureuse.

Amen (2).

(1) PkU. part. V. ch. zt.

(1) PliU., part. V, eb. xti.

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