SOS
OPUSCULES
parer oi défaire des anciennes compagnies , conversations et récréalions.
Doncques réponse , c*esl-à-dire Tune déjà en grâce , voulant entendre à la vie spirituelle par les baisers de son divin époux, qui sont les consolations spirituelles, a une grande peine à se déprendre du cœur des dames, coiiversations anciennes qui lui offrent des vins et parfums, qui sont les plaisirs temporels : donc Tame languissante pour Tabsencede son époux, désirant s'unir à lui par Toraison , le chœur des dames la veut conforter avec vins et parfums , lui remettant en mémoire les plaisirs passés , nonobstant lesquels elle demande :
Otcaletar me oscalo oris lai.
Qu'il me baise d'un baber de sa boocbe.
Aat. U. Remède an premier empéchemenl : Tame désire et demande les biens spirituels.
Premièrement , elle considère que les biens et plaisirs mondains , auprès des di- Tins , ne sont que vanité. Secondement , que Dieu est doux et souhaitable en luiinéme. Troisièmement, que plusieurs âmes saintes ont frayé le chemin , n'ayant trouvé aucun plaisir qu'en Dieu. Elle demande à Dieu qu'il lui ôto toutes ses affections terrestres.
El quant au premier elle dit:
Quia meliora sunt ubera tua vino, fragranUa liDguentis opiimis.
Tes amours sont meilleurs que le vin, et plus odorans que les parfums.
Quant au second :
Oleum effusum nomen tuum.
Ton nom est le raéme parfum répandu.
Pour le troisième :
Idée adolescentuie diUxerunt te.
Les Jeunes filles t'ont aimé.
Et pour le quatrième:
Trabe me post le ; curremus in odorem onguentorum luorum.
Tire-moi après ioi« nous le suivrons et courrons i l'odeur de les parfums.
Et tout incontinent, portée par une grande confiance d'obtenir ee qu'elle demande , comme si déjà c'étoit fait , elle igoute :
Introduxit me rex in cellaria lua : cxultabimus •C Itttabimur in te, memores uberuro tuorum taper vîBoa, recii diliguni te.
Mon roi m'a menée en tes cabinets, nous sau*
terons de Joie, et nous noua réiooiron» en Itd d avec lui de la soutenance de tea amoars , qui tent meilleurs que le vin: les bon» t'aiment et ta prisent.
Les scrupules néanmoins surviennent par la mémoire des péchés passés , dont elle dit :
Nigra sum , sed formosa , flliae Jerasalem , tabemacula Cedar , sicut pelles Salomoois.
Je suis noire ; (mais riniégriié de sa eonacieiiet présente fait qu'elle ajoute : ) mais je rais belle, 6 filles de Jérusalem, comme les ubemaclci de Cédar et comme les peaux de Salomon.
Le foyer de la concupiscence y apporte du déchet , mais sans qu'il lui puisse être reproché ni imputé à péché.
Noii me considerare qudd fosea sim, qiia decoloravit me sol.
Ne prenez donc pas garde à ce que Je suis brune, car mon soleil m'a voulu ainsi laisser en cette guerre, le soleil m'a donné le leiot qne J'ai ;
et ce n'est pas advenu par ma faute , mais par celle des premiers enfans de la nature humaine ma mère.
Filii matris mes pugnavemnt contra me.
Les fils de ma mère ont combaua contre moi.
Ce fut par leur péché que je fus mise en nécessité de prendre tant de soins et garde à moi-même , comme si j'étois à garder une vigne.
Posuerunt me custodem in vineis.
Ils m'ont mise à garder les vignes
contre les assauts de la concupiscence ; et tout cela , hélas ! non par ma faute propre et actuelle, mais par celle d'autrui, dont je puis dire :
Vineam meam non cuslodivi.
La vigne que j'ai gardée n'étoit pas A moi.
Et partanl que la confiance revienne en moi , et que je commence à cherchcT mon époux , où il est plus aisément trouvé par Foraison.
Indica mihi, quem diligit anima mea, abi pascas, ubi cubes in meridie, ne vagari incipiam posl grèges sodalium luorum.
0 vous que mon ame aime, enseignez-moi oé vous paissez et où vous coucbez à l'ombre de midi ; alin que je ne coure çà et là égaré:uentaoz troupeaux de vos compagnons;
c'csl-à-dirc après les créatures. Enseignezmoi où je pourrai vous trouver en Toraison avec vos lumières et consolations , sans m'arrèter à la créature.
D£ S. FRANÇOIS DE SALES
Ait. m. Premier degré d'oraison. Gonsldértllon da Dieu dans les choses corporelles.
Vois- tu bien ce soleil , ô mon épouse^ cas étoiles, cescieux, cette terre, ces rochers? ce sont autant de voies et chemins pour me trouver : elles ne se sont pas faites d'elles-mêmes , elles ne sont pas sans quelque principe qui les a faites , et qui est leur fin dernière, qui les conserve, qui les garde. Mais qui est ce principe et cette fin ? C'est Dieu : les mères de toutes choses sont les idées qui en sont en moi , en ma puissance et bonté. Mais les agneaux , aussitôt que Thuis de la bergerie est ouvert, courent droit à leur mère : ainsi rhomme voyant les créatures monte petit à petit à Dieu; c*est un moyen de me ^trouver.
Si ignoras te, 6 pulcherrima inter mulieres, egredere et abl post vestigia gregum.
Si to n'as pas encore ane eniiére connolssance, d la plos belle des femmes , parce que tu es encore commençante, sors de la soutenance des plaisirs passés , et fa suivant le pas de ces troupeaux.
Cherche mes sentiers en toutes créatures , laisse-toi guider et mener là par où ellesmêmes retournent, et tu trouveras qu'elles iront reposer aux pâturages de leur premier berger.
Et pasce bœdos tnos Juxta labemacala paslomm.
Fais paître tes cbevreanx prés lei loges des faiteurs.
Tu seras conduite a trois paissans et un pasteur, à trois créans et un créateur. Toutes les créatures sensibles te mèneront là , et les plus nobles encore mieux.
Surtout la nature humaine , en tes premières méditations t'y sera profitable. Tu verras les biens surnaturels qui sont en elle , comme qu'elle est Thabitation de Dieu , son trône , et quasi son chariot , dont il lui peut dire :
Equitatui meo in cnrribus Pbaraonis asslmllavite, amica mea.
O ma bien-aimée, je t'ai faite semblable à ma fénisse attelée au chariot de Pharaon.
Tu y verras les biens naturels; car elle eat aussi belle eu elle-même , comme si elle avoit tous les orncmens du monde.
Pnlcbrs sunt gense lu» sicut lurluris, collum taum sicut monilia.
Tes Joues sont belles comme si elles étoiant de quelques beaux ornemens, ton eoa est
beau comme s'il étoit paré de quelque beM carcan.
Tu verras ces biens accidentels , comme quoi tout le monde a été fait pour ton usage , ornement et service.
Murenulas aureas faciemus tibi fermiculalas argento.
Nous te ferons des bagnes d'or qui serwit émailiées d'argent
qui sont des bienfaits si grands, que Tame les méditant s'enflamme d*amour, et est contrainte de s'écrier : Puisque je ne puis autre chose , au moins t*aimerai-je , ô mon époux ! et serai moi-môme ta salle royale , laquelle je parfumerai de nard ; c'est-à-dire je m'emplirai d'amour.
Dùm esseï rex in acubitu suo, nardus met dedll odorem suuro.
Tandis que mon roi sera en sa salle, bob parfum, qui est composé de nard, embaumera tout ce lieu de la suavité de son odeur,
et de plus je m'unirai tellement avec lui , que je le porterai comme un bouquet dedans mon sein.
Fasciculus myrrb» dilectus meus mlhi: inter ubera mea commorabitur.
Mon bien-aimé est le bouquet de myrrhe que je porterai toujours entre mes mamelles.
Il sera toujours mon cher baume , et mon plus grand trésor.
Botrus Cypri dilectus meus mlhl In viaeis
Engaddi.
Mon bien-aimé m'est une grappe de baume cueillie aux vignes d'Ëngaddi.
Ces affections font que Tépoux aime Tame
et la loue , disant:
Ecce tu pulchra es, amina mea,ecGe tu pvichra es : oculi lui columbarum.
0 que tu es belle, ma bien-aiméel Voici que l« es belle; les yeux sont comme ceux de la colombe.
L'ame de son côté , reconnoissant que toute sa lumière dépend de son soleil; qui est Dieu , confesse que lui seul est beau par essence.
Eoce tu pulcher es, dilecte ml, et deeorus: leciuius noster floribus.
0 mon bien-aimé, tu es beau et de bonne grâce, et lu embellis tellement notre essence quand II le plan, que mémo notre lit, qui est notre corps, en est beau.
Voiiù notre lieu fleurissant , et même ce monde notre habitation.
Tigna domorum nostrarum eedrioa , Iftqaêark nostra vypressina.
OPUSCULES
Les chef rons de nos maisons sont de cèdres y fli nos solives sont de cyprès.
Doncques quelle merveille !
Ego flos campi , et llliam convalliam*
Je sais la (leur du cbamp , et le lis des fallèet.
Ce qu*avoimnl Tépoux, il montre que plusieurs âmes sont bien de contraire condilion, parla malice de leurs volontés; car elles sont comme des épines.
Bleui liliom inter spinas , sic arnica mea inter ailaa.
CeiQRie un lis entre lesèpinet, ainsi est ma bi«n-aiaièo «Ptre les ûlles.
Chères louanges que l'ame n'accepte ni ne refuse ; mais , éprise de son époux , retourne à le considérer es mêmes choses icnpible^ i non plus en méditant pour Paimer, mais en contemplant pour se réjouir, (•confessant très -haut entre toutes les choses créées.
Sicqt malqs inter ligna sylTarvm, dilecio* meus Inter fliios.
Comme est an pommier entre les arbres des forêts , ainsi est mon bien-aimè entre les enfans dçs bommei.
Dont ayant trouvé un bien si émfnent audessus de tout autre . çlle s'y repose sans en plus rechercher.
Suborabrâ illius quem desideraveram , sedl.
Je me sois reposée à Tombre de celui qoe Je déairois,
Et en ce rçpoa spirituel se fait le goût de la dévotion.
Ma fruçUlf ejni dqlcis gttttori moo« Et son fruit est doux à mon goûL
Et si doux qu'il engondre de saintes manies et fureurs en mon âme , comme si elle étoit enivrée d'amour, dont elle s'écrie :
Introduxit me in cellam vinariam , ordina? U in me cbariiatem.
Il m'a menée aa cellier de son Tin, il a dèpleyé lor mol l'étendard de son ebaritable •«our.
Mais particulièrement avec leur fréquente communication Us engendrent l'habitude de Tallégresse spirituelle , en laquelle languissant doucement , elle se sent défaillir et évanouir; et pour ce» dit^lle :
Fulcile me floribus, stipate me mails, quia amore langueo.
Hé, reconforiez-moi avec des fleurs, mettes des pommes autoor de moi» car c'est d'amour qoe
Quoi plus? le ravissement mystiqnenicst signifié par le sommeil , l'âme le sentant survenir, et ne voulant dormir ^iUfnn qu*entre les bras de son époux , dit :
L9ta ejas sab capila meo» tl daxtera illta amplexabitor me.
Que aa main gaqche soil soim mon abef» H que de sa main droite il m'embrasBe élriÂlf ment.
Lors Dieu a soin que les choses
nous empèchçnt cette divine consdatioii
dont il dit au chc^ur des dame« *
idjaro ¥os , filla Jemsalem , per capreas eth f osqae camporaaa , ne sosciieUs , neqoe evigilais faciatis dilectam , qaoadvsque ipaa veliL
Je vous adjure, A filles de Jérqsalem, partai chèvres fi par les cerfs des champs, que vois n'èfeilliez ei ne fassies éTellIer ma bien^ioiîi jusqu'à ce qu'elle le Touille.
Lors rame commence à éprpuver et ooonoltre qu'il n'y a douceur qui égale dUe* qui se trouve en roraison mentale.
DISCOURS n.
Alt. I. 8econ4 empêchement, la 4iitiMe« #
rimaginaUon.
Plus un chemin nous est connu , pYoi nous le hantons; plus nous y connoissom de gens, et plus volontiers aussi nous y cheminons, et plus facilement : mais aussi par tels chemins nous arrivons plus tard au gtte , parce qu'ayant beaucoup de coqnoi<sances , ici nous parlons à Tun, là i l'autre; ici nous entrons en la boutique de l'un , là nous nous arrêtons avec un ami Pour la considération do Dieu , nul chemia ne nousost plus battu , connu et familier quo celui des choses corporelles , entre lesquelles nous vivons ; nul n'a en sel plus de facilité , mais nul au^si n'a plus de dutractions. Quund je médite Dieu en l'angei qui est une chose invisible , et qui ne m'asi nullement familière, il n'engendre en moi que peu de faptôoiesetdiptraotiOBa ; ipais si je considère Dieu en Thomme , mon ima* gination descend de l'universel au particulier, et sous le nom d'homme me représente Pierre , Paul , ou chacun d*eux , lorsque nous faisons telle ou telle chose, ii bien que tandis qu'en ce chemin qui nous est familier, nous nous arrêtons à toutes les boutiques de notre connoissance , nqm arrivons tard à notre but , ou Jamai»^
DE S. FRANÇOIS DE SALES
Quéme que la multitude des songes Bse dormir paisiblement , mais fait le veiller en dormant ; ainsi l'oraison » au sommeil de Tixtaso , qui est 3 son gîte, elle peut être appelée $me sommeil : mais quand elle est )mpue de distractions fantastiques , :n sommeil plein de songes ; et lors ^poux nous parle , et vient à nous , on oas pour y demeurer et reposer, 1 vient par sauts et élancemens.
lilecU mei ; ecce iste Tenil saliens in monraniUiens eoUes.
la voii de mon blen-almé, le voilà qui 9% moRUgnef » itilUnt et iravefMBt Im
ble que tantôt il vianne , que tantôt
Is Mt dllwtos mêst oapm hlmaloqM
ilen-alraé ett semblablo à qb ebovrtvtl et m de cerf t
inant il »e montre , maintenant il se
le 9ttt pof t parietaiQ potimnif
)Uà qui se Mfni (t«bo«t derrière no9
semble qu'il se fosse voir,
Rsperfenestras, Ht par les renéirci,
oins la vision n*é^nt ni bien claire arrêtée , on peut dire que les fenêt des barreaux , et que ,
nn P«r cancelloiy lep9rletreiUi»t
Remède au saoond empèchemeol* Atl«n«' Mon k l'iQspiraUon.
l ne faut pas s'ennuyer démeswém ces distractions ; car elles sont tes à notre nature , et nous n'en s être repris , si elles ne viennent e faute : néanmoins il faut user de 18, qui est de se recueillir souvent, >r roreilie pour écouter les inspira^
eetas meos loqaltur mlhl t Svrge, pro-
nlea mea • formesa , el Tonl.
mon bien-airoé qal m'appelle et Me dit:
, mu bit R-aimèe , nu colomlM t m* 1)«11«,
iens.
liiant outre cela resaouvenir de Tio- I en laquelle elle peut pieuaemeni
croire être arrivée, no ?e sentant chargée d*aueun péché mortel. 0 combien éloit triste l'hiver du péché I *
laiq enim hleras transiit, Iraber ablit et recessit.
Car 4éjà Phiver est passé, la pluie iVn est
allée.
II se réjouit de ce que les fleurs de dévotion commencent à «ortir et pousser t
Flores apparuerunt in terrA noilrA.
D^à les fleurs paroissent en notre terre*
De ce qu'elle a commencé à rotraneher le& superiluités vicieuses :
Tempns amputallonis adf enit.
Le leinpt d'émonder et nettoyer les arbres est venu.
De ce qu'ainsi qu'une tourterelle elle fait o\ifr sa plainte et son gémisàcmant aveo l'oraison :
VoiK tnrtarU aqditt est in ^rrâ nostrà. On a oui la voix de la tourterelle en notre eeBtfée.
Mais de plus il se réjouit de ce que déjà elle a produit des fleurs de bonnes œuvres et dos odeurs de bon exemple.
FIrus proinlit grosses suos: vines florenies dederunt odorem squm.
Déjà le flguier produit son fruit i les vifKes senl fleuries et jettent leur bonne odeur.
Il admoneste outre ce, de passer plus avant } et de commençante , qu'elle se fasse profitante, lui disant!
Burge , amlet mea, speeiosa mee , et ?tni.
Lévt'tei, ma bien-aimée» m« l>ei|e, el t'en Tiens.
Parce qu'ôs commencemens il semble à Tame qu*elle soit entre plusieurs difficultés 9 GotQme entre des pierres ou dçs
épines.
Coluin|>e mee In foramlnibns petra , In eavemâ macerlai.
Ma colombe qui est dans les trous de la pierre,
et sa ereax 4« i« morailie*
Pour cette cause , il assure qu'elle no laisse pourtant de lui être bien agréable.
Oslende ralbl fselem Ham. Senet voi*toa in auribas mels; fox eolm lua duleit, et faeiei tua décora.
Héi montre-moi ta fece. Que le son de ta voix vienne à mes oreilles ; car te voix est douce, et u face très-belle.
Ce discours est si doux , qu'il devroit chasser toatts autres paoséas t toulalMisi
OPUSCULES
ces pensées reviennent , elle dira comme eil songeant :
Capite nobis valpes parvulas qae demoliuntar yineas; nam vinea nostra floruit.
Prenez ces petits renardeaux qui fouillent et gAieni les vignes; car notre vigne est en fleur.
Et se réunissant avec son objet , elle dira :
Dilectusmeusmibi, et ego illi, qui pascilur inter lilia, donec aspiret dies, et inclinentur umbf». Revertere; similis esio, dilecte mt, caprea binnu toque cervorum super montes Betber.
Mon bien-aimé est A moi , et moi à lui : il se nourrit parmi les lis tant que le Jour dure et Jusqu'à ce que les ombres s'abaissent. Reviens, mon bien-aimé, et sois semblable à an cbevreuil ou à un faon de cerf sur les monlagnet d« Bélber.
Et ainsi elle surmontera ce second empêchement. ,
Art. III. Second degré. L'ame considère Diea dans les cboses spirituelles bors d'elle>méme.
Cette voie des considérations est moins connue , mais aussi moins sujette aux distractions. Au précédent degré , il semble qu'on ne trouve pas Dieu , encore qu*on Tait trouvé.
In leclulo meo per noctes qusslvi quem diligit anima mea : quœsivi illum, et non inveni. Surgam, el circuibo civitatem.
La nuit en mon lit (c'est-À-dire es corps bumains qui sont les lits des âmes) J'ai cbercbé celui que mon ame aime, et Je ne l'ai point trouvé.
Je me lèverai , ei tournerai la cité de ce monde.
Et courant tan lot par les corps terrestres, tantôt par les célestes , je Tai cherché, et ne Tai point trouvé; au moins les distractions ont été si grandes , qu*à peine me semble-t-il de l'avoir rencontré.
Per vieos et plateas qusram quem diligit anima mea: qucsivi illum, et non inveni.
Je cbercberai par les rues et par les places celui que mon ame aime : Je l'ai cbercbé , et Je ne l'ai point trouvé.
Mon bonheur a voulu que je me sois souvenue des anges , qui sont comme des sentinelles du monde.
Invenerunt me vigiles qui custodiuntcivitatem. Les sentinelles qui gardent la cité m'ont trouvée.
Et je me suis résolue de voir si en eux je trouverois la considération de Dieu plus formée.
Num quem diligit anima mea, vidislis?
M'avei-vous point vu le bien-aimé de mon ame?
Âu-dessusde la nature angélique j'ai ttooé immédiatement la divine.
Paululùm cùm pertraDsisiem aoSyiovcBiqiHi diligit anima mea.
Un peu après les avoir paisét» j'ai troof é eiW que mon ame aime.
Et ce sans distractions sensibles , si \nm qu'il semble que je ne le dois janyfe perdre.
Tenui eam , née dimittaB,
Je le tiens, et ne le laisserai poini
jusqu'à ce que j'entre en la gloire céleste, vraie maison de la nature humaine ma mère , et en sa chambre, c'est-à-dîre, ai siège des anges qui m'est préparé : lors i cette vision énigmatique succédera uaB vision claire :
donec introdacam illnm in domum matrie et in cubieuium genitricis meae.
quand Je rintroduirai (mais plutôt quand ilaV trodulra) en la maison de ma mère, en la chMakf de celle qui m'a engendrée.
Sainte considération de Dieu es choses spirituelles , laquelle comme de sa natinv elle n'engendre point des fantômes, ausn n'engendre-t-elle point de songes. La considération du premier degré est plus interrompue ; celle-ci plus stable et plus haute. Donc elle produit tousses effets avec plos d'excellence , à savoir , l'amour plus vif, et l'allégresse spirituelle : à quoi Dieu ajoutant sa grâce , défend avec un soin plus particulier qu'on ne réveille, disant:
Idju'ro vos, fili» Hierusalem , per caprcts cervosque camporum, ne susciteiis, neqoe eiigiiare faciaUs dilectam , donec ipsa velit.
Je vous adjure, ù filles de Jérusalem, par les cbévres et par les cerfs des champs, que vns n'éveilliez ni ne fassiea éveiller ma bien-aiaée, Jusqu'i ce qu'elle le veuille.
DISCOURS m,
AaT. L Troisième empêchement, les louaaiM
humaines.
L'âme s'acheminant de degré en degré en la sainte oraison , se rend si resplendissante, qu'il est impossible qu'elle ne soit admirée, et que le monde même la voyant au milieu du désert, empêtrée do tant de péchés, cheminer droit, ainsi qu'une colonne de parfum odoriférant qoi s'élève vers le ciel , ne s'écrie :
Quœ est ista que ascendit per desertam , siesl virgule fumi exaromatibus myrrbttei Uiarii.fl aniveni pulverit pigmentarii?
DE S. FRÀl!IÇaiS DE SALES.
le-rl qiii marebe par le désert, tinsi de parfbms, de eompositlons aroe myrrhe, d'encens, et de toutes iidre à embellir ?
audissement est un venin caché IX , qui fait bien souvent que les et dévots perdent leur justice et on.
roéde an troisième empêchement, ■ter toutes les louanges à Dieu.
ue entend ses propres louanges, urne vers celles de Dieu : qu'il celui qui le loue de ne vouloir chose de si petit mérite ; mais les louanges de Dieu de notre petitesse. Que s*il ne peut si tôt i yeux sur la Divinité, qu'au ne Jésus-Christ homme, notre on ; et ce principalement en trois hair , la croix , la gloire , disant:
bien est digne sa chair , lit do et de son ame , entourée de plus va illans soldats qui la défendent conque, de nuit, pourroit lui ; cette chair qui n*est point inéché comme la nôtre , mais par 'postalique, et par l'empire nt sur les anges, est du tout inpeccable.
m Salomonis sexiginta fortes amissimis Israël, omnes lenentes glaeila dociissimi : oniuscujusque en»is suum , propler timorés noctamos.
soixante hommes des plus forts urent le lit de Salomon , tous tenant
et bien dnils è la guerre; chacun it son épée droite sur sa cuisse, pour le la nuit.
la croix, ô qu'elle est sainte I bois , mais de bois du Liban , ) incorruptible.
fecit sibi rex Salomon de llgnis lomon s'est fait une litière du bois
e et la miséricorde sont les deux ui soutiennent cette croix.
ejus fecit argenteas, recllnatorium
!t colonnes d'argent; l'appui on retd'or:
ue tout s'est fait pour conduire la gloire.
purpureum.
r tst de pourpre.
Car il ne nous conduit à la gloire que par son sanp:, et tout cola pour les amos de l'Église , dont il est dit : '
Medié charitate constrarit propter fliias Hle* rusalem.
Orné de charité au milieu pour les filles de Jérusalem.
De là s'ensuit pour ce Soigneur la couronne d^ la gloire de sa réf^urrection et ascension , laquelle doit ravir tout le monde à sa louange.
Egredimiiii,etTide(e,fllia Sion, regemSalomonem in diademale quo coronavit eum mater sua in die desponsationis illius, et in die latiii» eordis ejus.
Sortes, filles de Sion, et voyei le roi Snlomtfn avec le diadème duquel se mère l'a couronné le Jour de ses épousailles, et le Jour de la Joie de son cœur.
AaT. IlL Troisième degré. L'âme considère Dlea
en elle-même.
Donc l'ame rejetant ses louanges en celles de Dieu , prend soin de se parer en toutes ses parties pour plaire à celui que seul elle estime digne de toutes louanges. Or ses parties mystiques sont les yeux , c'est-à-dire , les intentions qui les meuvent; les cheveux, c'est-à-dire les affections, amours, haine, désir, et autres qui, comme les cheveux , ne sont ni bonnes ni mauvaises, sinon en tant qu'elles sont em« ployées au bien ou au mal ; les dents , c'est-à-dire les sens qui mâchent toutes les viandes qui doivent entrer en l'estomac de l'entendement; les lèvres et le parler, c'est-à-dire les pensées, qui en façon de paroles intérieures produisent des discours insensibles ; les joues sont les deux puissances raisonnables, qui sont l'entendement et la volonté ; le cou , la force irascible qui rechasse et repousse les empêchements ; les mamelles sont les deux actions de la concupiscible , suivre le bien , fuir le mal.
Tout cela doit être orné et embelli , afm que Dieu aime l'ame, et qu'il puisse dire :
Quàm pulehra et , amica mea , quèm pnichra et!
Que tu es belle, ma bien>aimèe, que ta es belle!
Les intentions doivent être simples, pures et intérieures , sans qu'on puisse dire que l'une soit au dehors, et l'autre au dedans, et qu'elles soient louches et ditersas.
ni ■t
omscutts
Oeall fol eoldmbtram , sbtqae m qaod Inlrtû- 9ttts litef.
Tes yf ux sont de ooloiiibe, tadb ce q«i «tt eàthé au d«dails.
Les affections ne doivent être éparses, mais serrées et unies comme un troupeau 0OUS la houlette du souverain pasteur.
Capilli toi sicut grèges oaprinini « qaa isceDd6runt de monte Galaad. *
Tes chetéui sont comme des troupeaax de chèvres qui Tiennent du mont Galaad.
Mes sens doivent être {zordés comme en prison, ainsi que les dents sous les lèvreSf ou comme brebis nouvellement lavéos et leurs jumeaux ; c'esl-à-diro Tappréhensivc et Tappétilive se doivent tenir rangées et réglées.
Dentés tui sicut grèges tonsarum , qun ascendertitit de latacro : omnes gemêllis fosUbus, et steriiis non est inler eas.
Tes dénia sont comme des troupeaux de brebis fraîchement tondues qui retournent du laToir, ehaciine arec deux Jumeaux, et pai une d'elles M^titérile.
Les pensées doivent être si bien accommodées, que toutes les conceptions soient teintes au san^s: du Sauveur, et les paroles et discours pleins de douceur et profit pour le prochain.
Sicut Yilta coocinta, labit lai; tt «loquism luumduice»
Tes lèvres sont comme une bande de couleur pourprine, et ton jtarler est bien doux.
L*cntendcment et la volonté montreront d'entendre le bien , et le vouloir faire; et comme en une grande ouverture, tout y sera découvert, rien n'y perottra laid et désagréable; et ces deux puissances seront toujours humbles et assujetties.
8icut Tragmen maU puniei, lia gtna tiuB| abaque eo quod intrinsecùs lalet.
Tes Joues sont comme une grenade entamée, tans ce qui est caché au dedans.
L'irascible sera si vaillant contre les tentations, qu'on pourra dire :
Sicut turris David eollum toum , qua sdifleata est cum propugnaculis : mille clypei pendent tx •A; omnis armalura foriium.
Ton cou est comme la tour de David, bâtie evee des boulevards : mille boucliers sont pendus en IttWe, et toutes sortes d'armes pour les hommes forts.
St quant à la concupiscible, elle aui*a son désir du bien , et sa fuite du mal « si &imjdea qu'on pourra dire ;
1H|« ibera toi , sleat âné blmiali ekpni g»melli, qui pascantor In llllii.
Tes deux roamellea iooi eotooM itoui faenali
chèvres que l'on fait paître entre les lis.
Enfin l'époux, qui dès son ascension eslallé à la montagne de la myrrhe et à la coilinede l'encens au ciel à la dextre du Père, comitte il l'avoit prédit.
l^ôhèe èBptret dleé, «I Inellhendir ambns, ?idam id ibontem myrriilB. et ad eôWttû tharts.
Devant que le Jour déellno ot qoo loo oMfcrcs s'abaissent «j'irai A la montagne do la oiyntoil
A la colline de Tencens.
Il louera famé» disant t
Toia pulchra es , attlea tnei ; et raoenti hm m in te.
Tu est toute belle» 6 bien-aimée; •! il n'y a pai une peUie tache en toi.
Et rinvitern de passer de la lémaftlem wàlitante à la triotnpliante« diiont :
Yçni dé Libfflo, «^Hsi mei ; r«itl ^o LUmm, venii
Vient da Liban» mon épovft} Tioni dv UbH, viens.
Et promettra les couronnes et sièges dont furent rhassës les démons.
Crtfohftbefll de cnplie AiHAnè, de vertfteâiDlr et Hermoh, de cubilibus leonam, de monUkai pardorum.
Tu seras couronnée du haut du rooni Amani do cottpeau dp Saniret d ffermon , dei sièges da llohs, des montagne» des léopards.
Tou8cwornmnensgontapr(i|iblesADf«i; mais surioiît In netleté et In pureté d'inioolion,qui dolt/\tro si grande, que toutes m» fins se réduisent a une fin, toutes nos intentions à une intention , tous nos désirs à tifl désir d*aimor et servir Dieu, en sorte qu'il n*y ait plus qu'un œiL
Vulnerasti cor meom « sôror meo , iponsa , foK nerasli cor meum in une oculorum tucrum.
Vous avez navré mon cœur, ma sœur, omb épouse ; vous avez navré mon cœur avec no de
vos yeux.
fit qu*il n'y ait plus qu'un cheveu dont il s'ensuit.
Et in unocrinecolli tui.
l)e l'un des cheveux de votre cotl.
L'Intention étant bien dressée avetf le désir, les mamelles de la concupiscefiCd seront bien ordonnées.
Quâm pulchrs sunt mamm# tue , oofor sponsa ! pulcbriora sunt ubera tua vino.
Que tes mamelles sont beUet, ma aœar. ^wipooso ! tes mamelles adni pins belleo qae le fin.
DE & PnANÇOlS OË SALES.
Sis
Led etdttipleB en serotit de bonne odeur.
Et odor unguenloram taoram saper omnia aromata.
L'odevr de tes parfviiit est par-dtMus toute composition aromaiique.
Les pensées et paroles très-dévotes et douces.
PflTus distiUana Itbia luai sponta t mtl M Itc •ob linguâ tuA.
Tes léf res sont an rayon de miel qui distiUe : oe qui est deiioas ta langue, Mt lait at inltK
Les actions soront très exemplaireâ.
Bt odor Testimentorum taôtum slcnt odor Ihuris.
L'odeor de tes ▼étements aatoomdta l'odear de Tencens.
Disons ainsi : les actions appartenantes à une ame sont intérieures ou estérieures. Les extérieures se font parle commandement des intérieures; et quant aux inté* rieures, il faut qu'elles soient serrées on Dieu , sans que le monde les voie. C'est pourquoi il dit :
Bonus conclusas, sorarmaa, sponta i hartus eoDcIusus, fons signatus.
tJn jardin clos est ma sœaf, mon épouse; elle est un jardin clos at fermé; ella est ana fontaine
scellée.
Et quant aux extérieures, il faut qu*elles soient comme un beau paradis.
Emissionôs tuœ pafadisus mslorum panlcorum cum potiiorum frucUbus, Cypri cum nardo.
Ce que tu etivoies ai mets dehors est comme un paradis auquel on voit toutes vertus de grenades, de fruits, de pommiers, de baume.
Kardus et crocus, flslula et cinnamomum cum nniversis lignis Libani, myrrba et aloe cum omnibus primis ungueniis.
Da nard et safran, sucre et canette, de toutes aortes de fruits des arbres du Liban , myrrhe et alois, avec toutes sortes des plus excellens parftamt.
En somme, Tame est une fontaine de bonnes œuvres qui saillent jusqu'au ciel avec Impétuosité, pareille à celle des eaux qui viennent du Liban.
Fons hortorum, puteus aqaarnm TiTantium qum fluunt impetu de Libano. '
La fontaine des jardins , le puits des aaax vives qai fluent impétueusement du Liban.
Mais en tout ceci deux choses sont requises : de la part de Dieu ; qu'il chasse la bise des tentations , et qu il envoie le vent du midi de sa grâce prévenante, disant :
Sorge, aquilo; et veni, auster 2 perfla bortam nanm, ai Quant aromaia Uliua.
Puis, âquUon; èl vle&i, t ttildl! iouflla en mon jardin , et les odeurs dMcelui s*épandrOnL
De la part de Tame, qu*elle accepte Cutte grâce , et coopère , disant :
Yeniat dilactas meus In hortun soam, et a»medai fruaturo pomorum saorum.
Que mon bien-aimé vienne an son Jardin « at qu'il mange du frall de ses pommiers.
Ainsi , après la myrrhe de pénitence , Dieu tirera Tame par le moyen des saints exercices aux odeurs aromatiques de Toraison , avec du miel , du lait , et du vin de méditation , d*amour et de contemplation , mais contetnpiation telle qu'elle produira des goûts, allégresses et extases, qui non-seulement étancheront la soif, mais enivreront; etKotre-Seigneur pourra dire :
Veni in bortam meami sorar maa, apoasa
Messui myrrham meam cum aromatibus mais comedi favum cum nielle meo^ bibi vinum meum num laoïe meo. Comedila, amlcl, ai biblta; al inebrianiini, cbarissimi.
Voici coque j'attends. Viens an non Jardin, ma sœur , mon épouse. J'ai cueilli at moissonné ma myrrhe avec mes fleurs et odeurs trés-suaves; j*ai mangé un rajon de miel avec du miel même, et bu mon vin avec mon lait. Mangei , maa amlâ, buves ( enivres-vous » mes tréa-chata«